L’ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton, a affirmé que les droits compensatoires préliminaires et antidumping suggérés de 300 % sur les avions C Series importés aux États-Unis sont illégitimes pour plusieurs raisons.

Un tribunal américain entend Boeing et Bombardier

WASHINGTON — Dans une cause mettant à l’épreuve l’usage agressif de pénalités commerciales par l’administration Trump, les gouvernements du Canada et du Royaume-Uni ont exhorté un tribunal américain, lundi, à refuser l’imposition de droits sur les avions de Bombardier.

Le gouvernement canadien a plaidé devant la Commission internationale du commerce des États-Unis (USITC) contre l’imposition de tarifs punitifs sur les avions C Series de Bombardier (TSX : BBD.B) exportés au sud de la frontière.

L’ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton, a notamment affirmé que les droits compensatoires préliminaires et antidumping suggérés de 300 % sont illégitimes pour plusieurs raisons.

Selon lui, l’argument selon lequel l’importation de C Series aux États-Unis pourrait porter préjudice à Boeing (NYSE : BA) relève de la pure spéculation.

M. MacNaughton a également affirmé devant la USITC qu’il n’y a aucune preuve que des appareils de cette famille d’avions seront envoyés aux États-Unis.

L’ambassadeur a ajouté que rien ne prouvait que la famille d’avions C Series constituait une rivale pour les différents modèles d’avions de Boeing, ajoutant que le carnet de commandes de l’avionneur américain était garni pour environ sept ans.

À son avis, cela déboulonne les affirmations de Boeing voulant que les C Series puissent lui porter préjudice et que des emplois américains sont en jeu, puisque Bombardier compte plus de 23 000 salariés dans neuf États.

Ramifications plus larges

M. MacNaughton a également affirmé, à l’extérieur de la salle d’audience, que le litige commercial entre Boeing et Bombardier avait des ramifications plus larges.

«Ce que nous voyons peut être attribué, en grande partie, au discours qui a cours aux États-Unis actuellement — et je ne fais pas seulement référence à une source de ce discours —, je parle plus largement de la rhétorique anticommerce qui a donné la permission aux entreprises des États-Unis de prendre des mesures qu’elles n’auraient pas prises auparavant», a déclaré M. MacNaughton.

«Le véritable danger de cette situation est l’impact négatif qu’elle aura sur les emplois aux États-Unis», a-t-il ajouté.

L’ambassadeur britannique aux États-Unis a exposé un argumentaire similaire, et a ajouté un coup de plus à l’endroit de Boeing. Kim Darroch a argué que Boeing avait bénéficié de milliards de dollars d’aide du gouvernement par l’entremise de divers mécanismes américains tout en décriant les subventions obtenues par des concurrents à l’étranger.


« La rhétorique anticommerce […] a donné la permission aux entreprises des États-Unis de prendre des mesures qu’elles n’auraient pas prises auparavant »
L’ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton

Boeing allègue que des aides gouvernementales indues ont permis à Bombardier de percer certains marchés et que les C Series nuisent aux ventes de certains de ses appareils. De plus, ajoute le géant américain, Bombardier pourrait abandonner son intention de construire une ligne d’assemblage de C Series aux installations d’Airbus en Alabama si des mesures punitives ne sont pas décrétées.

Il est difficile de compétitionner lorsque votre rival bénéficie d’une source inépuisable de financement de la part de contribuables étrangers, a affirmé lundi le président et chef de la direction de Boeing Commercial Airplanes, Kevin McAllister.

«Dans une concurrence saine, je miserais sur Boeing, sur les employés aux États-Unis, sur l’industrie américaine à tous les coups. Mais nous devrions avoir à nous mesurer seulement aux entreprises privées — pas aux gouvernements et aux avions qu’ils créent et produisent par l’entremise de subventions sans fin», a-t-il soutenu.