«Ça ira bien pour notre pays, a dit le président Trump. Mais ça n’ira pas bien pour le Canada.»

Trump et Trudeau pourraient tourner le dos à l’ALÉNA

WASHINGTON — Donald Trump et Justin Trudeau ont porté à un autre niveau leur stratégie du tout pour le tout en matière de négociation commerciale, mercredi, en laissant tous deux entendre qu’ils seraient prêts à tourner le dos à l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent.

Le premier ministre canadien a qualifié le président américain de « briseur de règles » en plaidant pour le maintien du chapitre sur le règlement des différends que M. Trump veut éliminer de l’ALÉNA. Le président Trump, de son côté, a affirmé que le Canada avait bien plus à perdre que les États-Unis si les deux pays n’arrivaient pas à s’entendre pour sauver l’ALÉNA.

« Ça ira bien pour notre pays », a dit M. Trump. « Mais ça n’ira pas bien pour le Canada. »

La grandiloquence dont les deux dirigeants ont fait preuve mercredi contrastait avec le ton modéré de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, qui a repris les pourparlers de l’ALÉNA à Washington avec le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer.

Au cours d’un entretien téléphonique avec une station de radio d’Edmonton, M. Trudeau a présenté certaines de ses critiques les plus acerbes à l’endroit de l’imprévisible président américain. À la station de radio CHED, il a déclaré que le Canada ne céderait pas un pouce à la volonté de M. Trump de supprimer les comités de règlement des différends du chapitre 19 de l’ALÉNA. Ce chapitre permet aux entreprises de soumettre leurs différends à des arbitres indépendants, ce que M. Trump considère comme une violation de la souveraineté américaine.

« Nous devons conserver le règlement des différends du chapitre 19 parce que cela garantit que les règles sont vraiment respectées. Et nous savons que nous avons un président qui ne suit pas toujours les règles telles qu’elles sont présentées », a affirmé M. Trudeau.

Bien que Mme Freeland se soit dite d’accord avec l’évaluation de M. Trump faite par M. Trudeau, elle a insisté pour souligner la « bonne foi » et la « bonne volonté » de M. Lighthizer, tandis que les négociations entrent dans une phase que plusieurs jugent critique.

Alors qu’elle émergeait dans l’humidité étouffante de Washington après deux heures de pourparlers avec M. Lighthizer, la ministre Freeland a répété qu’elle ne négocierait pas en public, comme convenu avec M. Lighthizer. Mais elle a ajouté : « Je suis d’accord avec le premier ministre en public tout le temps, et en privé 99,99 % du temps (...) Il a fait des commentaires importants. »

Mercredi soir, Mme Freeland a affirmé que l’« atmosphère demeure productive et constructive », ajoutant que les responsables des deux pays poursuivraient les discussions jusqu’à tard dans la soirée.

Pas de faveur pour Trump
La Maison-Blanche doit présenter un texte au Congrès américain avant le 1er octobre afin que le Canada se joigne à l’accord que l’administration Trump a signé avec le Mexique la semaine dernière, en apportant ses conditions, selon des analystes en matière de commerce.

Le président Trump aimerait obtenir une victoire sur le front du commerce avant les élections de mi-mandat des États-Unis en novembre, qui mettront à l’épreuve sa capacité à garder le contrôle du Congrès.

Mais M. Trudeau a laissé entendre mercredi qu’il n’allait pas se presser pour faire de faveur à quiconque.

« Nous n’accepterons pas de signer un mauvais accord simplement parce que le président le désire », a déclaré le premier ministre.