Le gouvernement Couillard a porté le salaire minimum de 10,75 $ à 11,25 $ le 1er mai dernier.

Salaire minimum en Outaouais: pas de départs de travailleurs

Même si le salaire minimum est maintenant de 14 $ l’heure du côté ontarien, il ne faut pas en conclure automatiquement que les entreprises du côté québécois de l’Outaouais, où le salaire minimum est de 11,25 $ l’heure, éprouveront des difficultés à retenir leurs employés.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, lundi, Simon Gaudreault, directeur des affaires économiques à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), a expliqué que la situation est plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord.

À la mi-décembre, la FCEI a commencé à mener un sondage auprès de ses membres, en Ontario, pour savoir comment ces petites et moyennes entreprises s’adapteraient à la hausse du salaire minimum le 1er janvier. Or, environ une sur deux a affirmé qu’elle reporterait ses projets d’embauche d’étudiants, par exemple.

Ces PME ontariennes envisagent donc de réduire globalement le nombre d’heures de travail pour compenser la hausse de leurs coûts de main-d’œuvre, a rapporté M. Gaudreault.

« Les entreprises s’ajustent. Elles s’ajustent de différentes façons : elles peuvent couper certains avantages (des employés). On l’a vu avec le Tim Horton en Ontario. Mais elles peuvent aussi couper les heures », a résumé M. Gaudreault.

« Souvent, elles vont aller couper les heures de certains employés en particulier : les moins expérimentés, les étudiants. Donc, ce qui risque d’arriver, c’est que oui, si on arrête l’analyse juste au salaire minimum à 15 $, on peut être porté à penser que les PME d’Ottawa vont voler des employés à Gatineau. Mais il faut qu’elles aient des heures à offrir. Et parce qu’on a augmenté de 30 % leurs coûts de main-d’œuvre, elles vont peut-être être tentées de réduire les heures et de garder les employés qu’elles ont déjà », a estimé M. Gaudreault.

Il ajoute qu’il faudra attendre un peu avant de voir les effets réels de cette disparité du salaire minimum entre le Québec et l’Ontario dans la région de l’Outaouais.

Le gouvernement de Kathleen Wynne a porté le salaire minimum de 11,60 $ à 14 $ le 1er janvier dernier et il doit le porter à 15 $ le 1er janvier 2019.

Au Québec, le gouvernement Couillard l’a porté de 10,75 $ à 11,25 $ le 1er mai dernier.

Selon un rapport publié sur le site web du ministère du Travail, 216 100 travailleurs au Québec sont rémunérés au salaire minimum, soit 6,1 % des salariés. Contrairement à ce que plusieurs pensent, 61 % d’entre eux ne sont pas des étudiants. De même, 56 % sont des femmes et 62 % des jeunes de 15 à 24 ans.

La FTQ ne lâchera pas

Lors de sa conférence annuelle pour exposer ses plans pour l’année 2018, le 3 janvier dernier, la FTQ a fait savoir qu’elle se battrait sans relâche pour cette cause du salaire minimum à 15 $.

C’est la FTQ qui avait lancé le bal le 1er mai 2016, puis une coalition et tout un mouvement ont emboîté le pas, appuyés même par des gens d’affaires comme Alexandre Taillefer.

Et le président de la FTQ, Daniel Boyer, compte profiter de la campagne électorale au Québec en 2018 pour talonner le gouvernement Couillard à ce sujet, d’autant plus qu’il y a embellie économique et un très bas taux de chômage.

La FTQ compte plus de 600 000 membres. Plusieurs de ses syndicats ont depuis réussi à obtenir le fameux salaire minimum à 15 $, notamment des préposés aux bénéficiaires dans les résidences privées pour personnes âgées, membres de la section locale 298 du Syndicat québécois des employés de service, et 4000 étudiants de l’Université de Montréal qui travaillent à l’admission ou lors des journées « portes ouvertes ».