Le propriétaire du Centre jardin Lauzon, Jonathan Lauzon
Le propriétaire du Centre jardin Lauzon, Jonathan Lauzon

Soulagement et stress pour des commerçants de l’Outaouais

C’est avec un mélange d’espoir et de soulagement mais également de stress ainsi que d’étonnement que certains commerçants de l’Outaouais ayant obtenu le feu vert du gouvernement Legault ont rouvert leurs portes mercredi, des centres jardin aux garages en passant par les magasins de piscines.

Après avoir dû fermer boutique il y a trois semaines en raison de la crise de la COVID-19, ces types de commerces ont eu l’autorisation de Québec pour recommencer à accueillir des clients en magasin, le gouvernement provincial ayant élargi un peu la liste des services considérés essentiels.

C’est le cas du Centre jardin Lauzon, entreprise familiale dans le secteur Masson-Angers, où plusieurs clients attendaient en ligne à l’ouverture des portes mercredi.

«Nous sommes contents et soulagés, mais également un peu stressés car nous ne sommes pas dans notre zone de confort, sauf qu’en tant qu’entrepreneur, on se débrouille souvent bien quand nous ne sommes pas dans notre zone de confort. D’abord et avant tout, on va veiller à la sécurité et à la santé des employés et du public. [...] On a mis des mesures en place. Les gens devront faire un parcours préétabli en se promenant dans le centre jardin, il n’y aura maintenant qu’une seule entrée au lieu de plusieurs. On a installé un lavabo à l’entrée pour le lavage des mains. Il y aura une distanciation à respecter. On demandera à ce qu’on évite toute manipulation non nécessaire des produits. Les clients ouvriront eux-mêmes le coffre de leur véhicule pour le chargement, etc. On avait une bonne idée de ce qu’il fallait faire, un peu comme les épiceries», explique le propriétaire, Jonathan Lauzon.

Désormais, les clients ne pourront également plus apporter leurs propres pots de jardin pour faire des emplettes.

Une liste de mesures de précaution a été acheminée par les autorités de la santé publique aux commerçants concernés dans les dernières heures.

L’entreprise, qui a réduit ses heures d’ouverture, affirme qu’elle a été proactive en investissant dans sa boutique en ligne, ce qui a permis de sauver une partie des meubles.

«On favorise l’achat en ligne, notre but c’est que 90% de nos produits soient sur le web d’ici mai. On veut faciliter la vie des clients. Oui, les circonstances auront un impact sur les ventes, on ne se le cachera pas, car dans un centre jardin, il s’agit d’achats coups de cœur (en personne, sur place) dans 90% des cas. Sauf qu’on sait que les gens sont prêts à faire des essais et comprennent la situation. On fait même des ventes record en ce moment, mais je sais qu’en mai, comme on ne pourra pas avoir le même volume de gens qu’à l’habitude, ça va diminuer drastiquement», note M. Lauzon, spécifiant que les mois de mai et juin représentent de 80 à 90% du chiffre d’affaires annuel d’un centre jardin.

Carnet de rendez-vous rempli pour trois semaines

​Visiblement, alors qu’il est légal de changer les pneus des véhicules depuis la mi-mars au Québec, la réouverture des garages et ateliers mécaniques était aussi attendue par plusieurs.

Les copropriétaires du Garage Tremblay, Valérie et Marc-André Tremblay

​«Ça déborde, les gens débarquent ici ou appellent. Le carnet de rendez-vous est plein pour les deux, si ce n’est pas les trois prochaines semaines. Oui, il y a des changements de pneus, mais il y a aussi toutes sortes d’autres raisons, comme des remplacements de freins. On s’y attendait, oui, mais je pensais aussi que les gens auraient eu peur de sortir. [...] Côté chiffre d’affaires, on va se rattraper, si je regarde tout ce qu’on a commandé et les rendez-vous. S’il faut travailler une heure de plus par jour, on va le faire», souligne Valérie Tremblay, copropriétaire du Garage Tremblay, dans le secteur Hull.

​Sur place, il ne pourra par exemple y avoir qu’un seul client à la fois dans la salle d’attente et un panneau de plexiglas a été installé à l’accueil. De plus, les mécaniciens désinfecteront les véhicules de la clientèle (portières et volant, par exemple), à la fois au début et à la fin de leurs tâches.

Piscines et spas

Alors que le temps plus doux tarde à s’installer plus concrètement, les commerces comme Aqua-Pro Piscines & Spas ont aussi pu redémarrer leurs opérations. Mais dans les faits, ce magasin a choisi d’attendre à jeudi avant de rouvrir officiellement, le temps de se préparer convenablement à cette situation exceptionnelle.

Le propriétaire d'Aqua-Pro Piscines & Spas, François Lyons

«On attend quelques consignes de notre regroupement [de détaillants du milieu], pour que tout soit bien préparé. Mais c’est quand même le festival de la livraison et on a été bombardés de demandes, car si on ne pouvait pas faire de service en magasin, on pouvait quand même livrer des produits et préparer des commandes. Maintenant, il va falloir s’adapter à tout cela. Quand un client veut acheter un spa, par exemple, c’est une dépense de 5000, voire 10 000$, alors c’est normal qu’il aime toucher, vienne voir en magasin et s’assoie dedans pour voir si c’est confortable. Il y a aussi toute la question des installations chez les gens. Ce sera tout un défi», lance le propriétaire François Lyons.

L’homme d’affaires ne cache pas que pour les ventes, la pandémie aura des conséquences «catastrophiques».

«En mars, on parle d’une baisse de 70% et en avril, ça va se compter sur deux mains le nombre de ventes, alors qu’habituellement c’est par centaines. C’est normalement à ce moment-là que les clients achètent, car une fois que nous sommes en juin, les gens sont passés à autre chose. On ne rattrapera pas tout ça, mais au moins avec ce qui a déjà été vendu, on pourra procéder aux installations», note-t-il.

«La priorité, c’est la santé de notre monde»

Le propriétaire du centre jardin Bio-Horticentre Méristème, Jean-Pierre Martel, a choisi de ne pas ouvrir ses portes immédiatement, le temps de se faire une tête sur les nouvelles normes à respecter.

«La priorité, c’est la santé de notre monde. On a beau avoir le droit d’opérer, nous n’avons pas une équipe de 300 employés. On en a une quinzaine et en plus on travaille déjà à effectifs réduits au minimum», dit-il, ajoutant être en attente d’autres indications quant à la capacité maximale de clients dans son commerce, surtout lorsque la haute saison sera véritablement entamée.

Ce dernier souligne que malgré tout, grâce à la boutique en ligne, à l’absence de neige et au fait qu’il n’y a pas d’inondations, les ventes sont «énormément» plus élevées qu’à la même période l’an dernier, et ce, «aussi drôle que cela puisse paraître».

«Les potagers, c’est ce qui se vend. Les semenciers nous ont même offert de racheter nos commandes», lance-t-il, spécifiant toutefois qu’il est encore trop tôt pour planter puisque les températures nocturnes avoisinent toujours le point de congélation.

M. Martel estime que cette crise sanitaire «va permettre de changer les modèles d’affaires et être bénéfique de A à Z». Il garde cependant un certain goût amer par rapport au fait que les magasins à grande surface comme Walmart et RONA ont pu continuer à écouler leurs produits de jardinage et d’aménagement paysager pendant que les plus petits commerces comme le sien étaient fermés.

«L’association dont je fais partie [Québec Vert] a beaucoup milité en ce sens-là. Nous étions fermés, mais pendant ce temps, certains rayons des compagnies américaines demeuraient ouverts. Ces départements-là auraient dû être fermés et ce que je dis, ça vaut aussi pour un commerçant qui vend des souliers, par exemple. Les ventes qui ont été réalisées dans ces secteurs-là pendant la fermeture devraient être redistribuées aux entreprises qui ont perdu [des revenus] pendant ce temps», dit-il.

Deux jours d’avis

De son côté, le propriétaire d’Emery Centre Jardin, Frédéric Boivin, avait déjà bon espoir de pouvoir rouvrir son magasin avant le début mai car des pressions étaient effectuées par l’industrie sur le gouvernement.

«On ne savait juste pas quand ce serait annoncé. On a eu à peine deux jours d’avis alors j’ai dû accélérer les procédures en cours, par exemple en installant des panneaux de plexiglas, de l’affichage au sujet des consignes à respecter, un lavabo à l’entrée. Il a aussi fallu réorganiser le magasin car on reçoit beaucoup de stock, donc il fallait aérer les allées. On fait notre gros possible pour s’adapter et de jour en jour on va corriger le tir s’il le faut. [...] On est habitués d’être dans le rush, notre saison se passe en deux mois. Le reste de l’année, on ne se le cachera pas, on paie pour être sur place», avoue-t-il.

Ce dernier affirme que malgré les trois semaines de fermeture du commerce, les affaires roulaient sur le web puisque quelque 400 livraisons ont été effectuées au cours de la dernière semaine.

Difficile de prédire l’achalandage pour les prochaines semaines, par contre.

«On ne sait pas si les gens vont réagir de manière frileuse ou s’ils vont fréquenter les commerces. Mais aujourd’hui, je peux vous dire que c’est la folie ici. Je n’ai jamais vécu des journées d’avril de ce niveau-là», s’exclame M. Boivin.

Quant au propriétaire du magasin Club Piscine Super Fitness à Gatineau, Jean Ravenda, il a indiqué que c'est «le branle-bas-de-combat», précisant avoir pris la décision de ne pas rouvrir les portes de son commerce avant mardi prochain. 

«C'est clair qu'on ne s'attendait pas à rouvrir aussi rapidement. On croyait que ça allait être au début mai, on ne pensait pas qu'on allait être considéré essentiel. Mais dans le fond, ce qui a été annoncé, ce sont les travailleurs à l'extérieurOn rappelle donc les équipes au travail, mais ce n'est pas facile, car plusieurs ont de jeunes enfants et les écoles ou garderies sont toujours fermées. L'objectif sera de satisfaire la clientèle, oui, mais aussi de ne mettre personne en péril. Il faudra apprendre à travailler avec cette réalité. On s'aperçoit aussi que le comportement varie beaucoup d'un individu à l'autre», note-t-il, ajoutant que le défi de la pénurie de main-d'oeuvre dans le commerce de détail n'est pas disparu avec la COVID-19.

À sa réouverture, l'entreprise fonctionnera entre autres avec une prise de rendez-vous pour accueillir les clients intéressés à acheter un spa, une piscine ou du mobilier de jardin, par exemple. Également, les gens qui souhaitent obtenir une analyse de leur eau devront laisser leurs contenants à l'extérieur du magasin et revenir le récupérer plus tard, question de limiter les contacts entre les gens.