SNC-Lavalin a reçu une gifle du Service des poursuites pénales du Canada, qui refuse, pour le moment, de négocier un accord de réparation, ce qui est possible depuis peu grâce à une nouvelle loi fédérale.

SNC-Lavalin: une vente d’actifs provoquée par les accusations criminelles?

MONTRÉAL - Pendant que SNC-Lavalin évalue la possibilité d’en appeler du refus des procureurs fédéraux à négocier un accord de réparation, des analystes se demandent si les accusations criminelles qui pèsent depuis 2015 sur la firme d’ingénierie pourraient paver la voie à un délestage de certaines de ses activités.

Vente de l’unité de construction et d’ingénierie, fermeture du capital de l’entreprise et retrait complet du marché canadien figurent parmi des scénarios évoqués dans deux rapports récemment publiés par les analystes Devin Dodge, de BMO Marchés des capitaux, et Benoit Poirier, de Desjardins Marchés des capitaux.

«Cependant, avant d’envisager (la vente d’actifs), nous croyons que la société devra épuiser toutes ses options pour tenter de mettre derrière elle ses problèmes judiciaires du passé», a souligné M. Dodge.

SNC-Lavalin a reçu une gifle du Service des poursuites pénales du Canada, qui refuse, pour le moment, de négocier un accord de réparation, ce qui est possible depuis peu grâce à une nouvelle loi fédérale. Ces ententes prévoient généralement le paiement d’une amende et une série de conditions à respecter en échange d’un abandon des procédures judiciaires.

Annoncée mercredi dernier, cette nouvelle a fait plonger le titre de la multinationale québécoise, qui a abandonné environ 13,5 pour cent à la Bourse de Toronto pour clôturer à 44,86 $. Ce mercredi, l’action a terminé la séance à 47,96 $, en recul de 46 cents.

Selon la Gendarmerie royale du Canada, la firme aurait versé 47,7 millions $ à des titulaires de charges publiques en Libye dans le but d’influencer les décisions gouvernementales. De plus, deux divisions auraient privé diverses organisations locales d’environ 129,8 millions $.

La multinationale, qui dit n’avoir rien à se reprocher, a plaidé non coupable. Le dossier doit revenir devant le tribunal le 29 octobre. Si SNC-Lavalin était reconnue coupable, elle pourrait être écartée des appels d’offres fédéraux pour une période pouvant s’étirer jusqu’à 10 ans.

En réflexion?

Lorsque les accusations avaient été déposées, en 2015, l’entreprise avait demandé à une équipe afin d’étudier diverses options afin de générer de la valeur pour les actionnaires, a rappelé M. Poirier dans un rapport envoyé à ses clients.

«SNC a de nouveau mandaté cette équipe la semaine dernière en plus de retenir les services d’intervenants externes pour évaluer un «plan B»», a fait valoir l’analyste.

Invité à commenter, un porte-parole de SNC-Lavalin, Nicolas Ryan, a indiqué que l’entreprise ne se prononçait pas sur les scénarios évoqués par les analystes, reconnaissant toutefois que «toutes les options étaient sur la table».

D’après l’analyste de BMO Marchés des capitaux, les activités d’ingénierie et de construction pourraient générer une valeur oscillant entre 28 $ et 40 $ par action. En ajoutant l’unité chargée des investissements et de la gestion des actifs, qui pourrait valoir environ 28 $ par action, M. Dodge estime qu’une vente d’actifs soit en mesure de générer jusqu’à 68 $ par action, soit une prime d’au moins 40 pour cent.

Pour sa part, M. Poirier estime qu’un partenaire stratégique intéressé à la division de construction et d’ingénierie ainsi que la participation de SNC-Lavalin dans l’autoroute à péage 407 en Ontario pourrait être tenté par le dépôt d’une offre visant à acquérir la multinationale.

Sans évoquer de noms, l’analyste croit qu’un tel partenaire pourrait par exemple être un gestionnaire de régimes de retraite aux reins solides.

«Nous croyons qu’un partenaire pourrait offrir jusqu’à 69 $ par action, ce qui constitue une prime intéressante de 44 pour cent comparativement au cours de clôture de l’action en date du 15 octobre», fait valoir M. Poirier.

Quant à un éventuel retrait du Canada, l’analyste de Desjardins rappelle que l’empreinte géographique de SNC-Lavalin s’est considérablement diversifiée depuis 2012, notamment grâce aux acquisitions des multinationales britanniques Kentz et Atkins.

Il écrit que la direction de la firme a déjà indiqué qu’il faudrait environ trois ans pour accentuer sa diversification advenant que SNC soit écartée du marché canadien. De 2013 à 2017, la proportion des revenus générés au Canada par la multinationale est passée de 66 pour cent à seulement 31 pour cent, souligne M. Poirier.

SNC-Lavalin compte plus de 50 000 employés répartis dans 50 pays, dont environ 8760 salariés au Canada.