Le président du conseil et chef de la direction de Saputo, Lino A. Saputo fils, n'est pas d'accord avec Brian Mulroney qui prône la fin du système de gestion de l’offre.

Saputo en désaccord avec Mulroney

MONTRÉAL - Le grand transformateur laitier Saputo n’est pas d’accord avec l’ancien premier ministre Brian Mulroney, qui prône la fin du système de gestion de l’offre.

«Je ne suis pas d’accord avec M. Mulroney. Lui, il veut abandonner tout le système. Moi, je ne crois pas qu’il faut arriver à ça», a répliqué le président du conseil et chef de la direction de Saputo, Lino A. Saputo fils, à l’issue de l’assemblée annuelle des actionnaires, mardi à Laval.

La Presse indiquait, dans son édition de mardi, que M. Mulroney, qui conseille le gouvernement Trudeau dans ses relations avec les États-Unis, prônait la fin du système de gestion de l’offre, en retour de compensations financières aux agriculteurs canadiens.

Mais M. Saputo adopte une position plus nuancée, lui dont l’entreprise exploite des usines à la fois aux États-Unis et au Canada - entre autres. «Je ne suis pas contre le système canadien; ça fonctionne pour le Canada», a-t-il dit.

C’est le système mixte qu’a adopté le Canada qui pose davantage problème, selon lui. Selon le système de classification, la classe 1 est le lait de consommation, plus dispendieux, puis la classe 2 le yogourt, la classe 3 le fromage et la classe 4 les poudres. Les prix de chaque classe sont déterminés par la Commission canadienne du lait, a-t-il expliqué.

Or, «depuis deux ans, le Canada a voulu avoir plus de parts du marché mondial, donc ils ont sorti une classe 7 - des solides du lait qui sont disponibles au prix international. Donc, la classe 7 donne au Canada l’avantage de la protection des classes 1 à 4 dans le prix, et donne un accès au prix international avec les surplus dans la classe 7. Donc, ils peuvent compétitionner avec le monde entier (avec les surplus). Et, d’après moi, ce n’est pas juste. Soit qu’on veut avoir un système avec la gestion de l’offre, soit qu’on veut être ouvert au marché international. Mais on ne peut pas avoir les deux systèmes», a objecté M. Saputo.

D’après lui, ce système mixte n’existe pas ailleurs. «Il faut abandonner la classe 7. Et je pense que les Américains - pas le président, mais les producteurs américains - ils ont raison quand ils disent que le système canadien n’est pas juste», a opiné M. Saputo.

Syndicats et droits

Par ailleurs, une proposition sur les droits de la personne, déposée par BC Union et un groupe appelé SomeofUs, appuyée par le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MÉDAC), a été battue à 74 pour cent, après un vote secret durant l’assemblée.

Cette proposition visait à demander à Saputo de déclarer le processus qu’il utilise pour «identifier et analyser en profondeur les risques réels et éventuels de violation des droits de la personne dans l’ensemble de ses activités et de sa chaîne d’approvisionnement». La question de la liberté d’association (syndicalisation) a été évoquée.

Le conseil d’administration s’y opposait, affirmant qu’il s’est déjà doté d’un code d’éthique en la matière. «On ne s’oppose pas à ça; ce n’est pas juste une question de relations publiques. Il faut faire une réflexion. Nous avons un code d’éthique qui est très robuste. Est-ce qu’il y a une amélioration que l’on peut apporter à notre code d’éthique? Potentiellement, mais il faut prendre le temps pour bien évaluer les situations et voir comment on peut s’améliorer d’année en année», a répliqué M. Saputo, après l’assemblée.

«On s’entend très bien avec notre staff; on s’entend très bien avec les gestionnaires», a-t-il ajouté.

«S’ils décident d’avoir un syndicat; c’est leur décision. Nous avons de très bonnes relations avec nos employés. On va leur parler, être ouverts, être transparents», a-t-il promis.

Il est d’ailleurs mentionné dans la circulaire que 72 pour cent des employés de Saputo à l’international, principalement en Australie et en Argentine, sont syndiqués, 32 pour cent au Canada et 29 pour cent aux États-Unis.

Ouvert aux acquisitions

Par ailleurs, l’entreprise est toujours ouverte aux acquisitions. «Avec la situation globale difficile économiquement pour plusieurs entreprises, il y a beaucoup de potentiel d’acquisitions. Notre bilan est très propre. Nous avons la flexibilité financière pour faire des acquisitions», a dit M. Saputo.

Il ne s’impose pas de limites. «Nous sommes à la recherche d’autres acquisitions, aux États-Unis, en Europe, en Australie, en Nouvelle-Zélande. Mais il faut être sélectif. Nous avons l’embarras du choix.»

Résultats

Saputo a affiché un bénéfice, au premier trimestre, en baisse de 37 pour cent par rapport à l’an dernier, attribuable à un certain nombre de facteurs négatifs incluant les coûts d’acquisition, coûts d’exploitation, la fluctuation des devises et les prix de certains de ses produits.

La société montréalaise a fait état d’un bénéfice net de 126 millions $, soit 32 cents par action, pour le trimestre clos le 30 juin, comparativement à celui de 200,3 millions $, ou 51 cents par action, pour le même trimestre un an plus tôt.

Le bénéfice ajusté a retraité à 160,3 millions $, ou 41 cents par action, par rapport à celui de 51 cents par action de l’an dernier.

Les revenus ont progressé à 3,27 milliards $, alors qu’ils étaient de 2,89 milliards $ l’an dernier. Une partie de cette croissance était attribuable à l’acquisition de la société laitière australienne Murray Goulburn et à d’autres acquisitions.

L’entreprise a en outre annoncé une augmentation de 3,1 pour cent de son dividende trimestriel, qui passera à 16,5 cents par action à compter du 14 septembre.