L'entreprise Globalité aide les travailleurs à reprendre le travail après une longue absence.

Santé mentale : Préparer le retour d'un employé dès son départ

Chaque semaine, 500 000 Canadiens s'absentent du travail pour des troubles de santé mentale. Coût de ces absences pour les compagnies : 16 milliards de dollars par année.
Raison de plus pour bien planifier leur retour au travail et éviter une rechute.
«Un retour au travail, ça se planifie dès le départ de l'employé», affirme Carl Brouillette, président de Globalité, la seule compagnie de la région qui aide les travailleurs à réintégrer leur poste après une longue absence.
«J'ai vu des cas où le gestionnaire n'était pas présent lorsque l'employé est revenu au travail après six mois d'absence. La personne ne se sent pas vraiment bienvenue!», déplore-t-il.
Globalité et son équipe d'ergothérapeutes ont pour mission de favoriser le retour au travail des gens qui, pour la majorité, ont quitté leur poste en raison de problèmes psychologiques (dépression, burn-out, etc). «Nous intervenons d'abord chez l'individu, pour l'aider à reprendre ses activités (loisirs, sorties...), l'aider dans sa confiance. Puis nous organisons son retour en emploi.»
Préparer le retour
Est-ce que l'employé veut parler à ses collègues dès son arrivée, préfère-t-il un retour en douceur, son horaire est-il adapté à ses capacités, son bureau est-il prêt ? Son supérieur sera-t-il présent pour voir à ce que tout se passe bien ? Les conflits internes qui ont mené à la détresse psychologique de l'employé ont-ils été écartés ? Voilà comment se prépare un retour au travail pour augmenter les chances de réussite.
Tiers des absences liées au travail
Simple, pensez-vous ?  Les entreprises, qu'elles soient publiques ou privées, ont encore beaucoup de chemin à parcourir dans ce domaine. La moitié des compagnies canadiennes n'ont pas de programme pour valoriser le bien-être au travail, a découvert le Conference Board du Canada dans une étude réalisée l'an dernier. Pourtant, au moins le tiers des absences au pays pour causes de santé mentale est directement lié au travail, selon la chercheure Louise St-Arnaud, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l'intégration professionnelle et l'environnement psychosocial de l'Université Laval.
Investir dans la prévention
«Si vous dépensez un dollar en santé mentale, vous allez récupérer deux dollars en bout de piste, les études l'ont prouvé, tranche le président de Globalité. Pourtant, les compagnies tardent à le faire. La prévention, ce n'est pas une pratique courante encore aujourd'hui.»
Les milieux de travail sont aussi devenus plus toxiques depuis 25 ans.
«Nous sommes dans un monde où il faut faire plus avec moins, ça laisse des traces. Et le travailleur est constamment dans un état d'urgence, avec des échéanciers serrés. En plus, nos technologies modernes font que le travail nous suit partout. Sans compter le manque de reconnaissance. La tape dans le dos, elle n'est pas fréquente.»
Des exemples de bonnes pratiques ? Ici, à Ottawa, la Banque du Canada offre un centre de conditionnement physique aux employés et à leur famille. L'Autorité canadienne des enregistrements Internet encourage son personnel à adopter un mode de vie actif et sain avec une subvention de 500 $ par année.
Les gens les plus touchés par les problèmes mentaux ont entre 37 et 55 ans et proviennent de milieux syndiqués.  Mais Carl  Brouillette a vu sa clientèle rajeunir depuis qu'il a lancé son entreprise il y a sept ans. «Les jeunes ont moins d'habiletés de résilience et la maladie mentale est moins tabou qu'il y a 25 ans», explique‑t‑il.
Heureusement, dit-il, les compagnies d'assurances et les gestionnaires d'entreprises comprennent mieux aujourd'hui le phénomène de la détresse psychologique. Il est temps car on estime qu'en 2020, la dépression se classera au deuxième rang des principales causes d'absentéisme à l'échelle mondiale, juste derrière les maladies cardiaques.