En 2016, il y a eu dans l’industrie de la construction au Québec, 61 décès et 6207 lésions.

Santé et sécurité au travail: des syndicats veulent mettre la loi à jour

MONTRÉAL — À l’aube de la campagne électorale et à l’occasion du Jour de deuil national pour les personnes blessées ou mortes au travail, le 28 avril, des syndicats de la construction demandent aux partis politiques des engagements fermes en matière de santé-sécurité.

Selon les chiffres fournis par la Commission des normes, de l’équité et de la santé et sécurité du travail (CNESST), il y a eu dans l’industrie de la construction au Québec, en 2016, 61 décès et 6207 lésions.

Le Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International) — la deuxième plus grande organisation syndicale de la construction, avec 24 pour cent des ouvriers — veut que les choses changent.

Au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, le président du Conseil provincial, Michel Trépanier, a plaidé pour une modernisation de la Loi sur la santé et la sécurité, adoptée en 1979.

Entre autres, il demande à tous les partis politiques en présence de s’engager à créer une sorte de « dossier santé du travailleur » avec, comme pierre angulaire de l’information, la CNESST.

« Présentement, on a une grosse problématique d’avoir un certain suivi sur toutes les maladies professionnelles actuelles, ou qui pourraient arriver dans le futur, comme les troubles musculo-squelettiques, les problèmes reliés à l’amiante ou la surdité professionnelle. Présentement c’est impossible pour un travailleur d’avoir un suivi, parce qu’il n’a pas de place où aller ou il n’a pas d’encadrement », a déploré M. Trépanier.

« Dans l’Ouest canadien, je sais que ça se fait. Il y a certains travailleurs de la construction qui doivent passer un test annuel pour avoir un suivi. Avec un suivi, le médecin peut détecter plus tôt les symptômes de maladie professionnelle » et intervenir plus précocément et plus efficacement, avance M. Trépanier.

Le CPQMC-I voudrait aussi que soit instauré un genre de norme ISO pour la santé-sécurité au travail, afin de récompenser les employeurs méritoires et de punir plus sévèrement les employeurs négligents.

« C’est pour s’attaquer aux contrevenants récidivistes. On veut soit augmenter les amendes ou être capables de publier leur registre de performance. Si on est un citoyen, un donneur d’ouvrage ou une société d’état qui engage un entrepreneur, malheureusement, on n’est pas capable de quantifier les clauses de santé-sécurité, à savoir si c’est un bon entrepreneur. On veut que ça devienne un facteur de choix » pour les entrepreneurs, a proposé M. Trépanier.

Il veut aussi que l’on rende obligatoire la présence d’un représentant des travailleurs en santé-sécurité dans tous les chantiers de plus de 300 travailleurs — un représentant qui ne serait pas à l’emploi du « donneur d’ouvrage ».

Il souhaite aussi mieux encadrer le droit de refus d’un travailleur — ce droit qu’a un travailleur de ne plus exécuter ses tâches s’il est face à une situation qui compromet sa sécurité ou sa santé.

« La réalité dans l’industrie de la construction, c’est que si un travailleur fait un droit de refus, souvent, ce qui va arriver, c’est que la semaine suivante, le travailleur perd son emploi. Il faut protéger nos lanceurs d’alerte », a lancé M. Trépanier.