Justin Trudeau en compagnie du président mexicain Pena Nieto à Lima, en avril dernier, en pleines négociations de l'ALENA.

Sans ALENA, la croissance de l'économie chuterait de 0,4%

OTTAWA — L’abrogation de l’Accord de libre-échange nord-américain pourrait réduire de 0,4% la croissance de l’économie canadienne, a estimé lundi le Fonds monétaire international (FMI), alors que les discussions en cours depuis neuf mois entre Canada, États-Unis et Mexique sont dans l’impasse.

«Un échec pour parvenir à un accord dans un délai raisonnable pourrait avoir un impact sur les investissements et la croissance pendant une période prolongée», avertit le FMI au terme de sa visite annuelle au Canada.

«Dans l’éventualité d’un échec des négociations et de la réimposition de tarifs satisfaisant les règles de l’OMC, le produit intérieur brut du Canada pourrait être réduit de 0,4% par rapport à la prévision de base, et peut-être davantage», estime  l’organisation économique au terme de sa visite annuelle.

Le FMI prévoit sinon que la croissance de l’économie canadienne ralentira à 2,1% en 2018 et à 2% en 2019, après 3% en 2017, «la plus élevée» des pays du G7.

Le président américain Donald Trump a promis de résilier l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) en vigueur depuis 1994 si son pays n’obtient pas davantage de concessions de ses partenaires, notamment dans le secteur automobile.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a révélé que les trois pays étaient presque parvenus la semaine dernière à un nouvel accord, mais que l’insistance des Américains pour inclure une clause forçant la réouverture du pacte commercial tous les cinq ans l’avait fait avorter.

Compliquant davantage les discussions, le Canada et le Mexique ont promis jeudi de riposter aux taxes imposées par le président Trump sur les importations américaines d’aluminium et d’acier.

La croissance de l’économie canadienne a été «solide», note le FMI, en se réjouissant que le marché immobilier, objet de préoccupation des économistes, «montre enfin des signes de refroidissement» avec l’imposition de règles plus strictes aux acheteurs.

«Néanmoins, l’anxiété économique est grande en raison des tensions commerciales, de l’issue incertaine de la renégociation de l’ALENA et de l’impact de la baisse des impôts aux États-Unis [...] sur la compétitivité du Canada à moyen terme».

Les exportations et les investissements des entreprises ralentissent aussi, s’inquiète le FMI.

À moyen terme, le FMI prédit que le potentiel de croissance de l’économie devrait être «limité à environ 1,75%, nettement sous sa moyenne historique» en raison d’un secteur des exportations peu concurrentiel, de la faible productivité de la main-d’oeuvre, ainsi que du vieillissement de la population.