Yves Laflamme, le président de Résolu, craint que les tarifs américains n’achèvent l’industrie des journaux papier.

Résolu plaide pour sauver l'industrie du papier

Produits forestiers Résolu, le plus important producteur de papier journal en Amérique du Nord, souhaite qu’un rare ralliement de politiciens démocrates et républicains permette de convaincre la Commission du commerce international des États-Unis d’infirmer la décision finale rendue jeudi sur les droits compensatoires et antidumping.

Le gouvernement américain a confirmé l’imposition de tarifs, tout en accordant un sursis à la plupart des producteurs canadiens de papier journal en abaissant les droits définitifs dans sa décision.

Cette décision intervient après que plusieurs entreprises américaines se sont plaintes que la taxe sur le papier journal canadien menacerait l’industrie de la presse américaine, déjà en difficulté.

Le chef de la direction de Résolu, Yves Laflamme, dit espérer que la commission rejette la décision du département américain du Commerce, de la même manière qu’elle l’a faite en janvier en prenant parti pour Bombardier dans son conflit avec Boeing dans le dossier de la C Series.

Bon nombre de politiciens ont fait pression sur l’agence indépendante pour qu’elle élimine les tarifs afin de sauver les papetières et les emplois de l’industrie, selon M. Laflamme.

« Il ne s’agit pas d’aider l’industrie canadienne, il s’agit de sauver l’industrie des journaux », ajoute le grand patron de Résolu en précisant que les papetières n’ont pas le choix de refiler la facture aux éditeurs.

Yves Laflamme conclut que ces tarifs n’auront pour effet que d’achever plus rapidement une industrie, celle des journaux, qui est déjà en train de mourir.

La Commission du commerce international des États-Unis devrait décider à la mi-septembre si le plaignant américain, l’entreprise de Washington North Pacific Paper Co., a subi un préjudice.

En vertu de l’annonce du département américain du Commerce, jeudi, Résolu n’aurait pas à payer de droits antidumping, mais verrait une augmentation des tarifs compensatoires par rapport à ceux décrétés au début de l’année durant la phase préliminaire.

Les droits compensatoires de Kruger, établi à Montréal, ont été légèrement abaissés à 9,53 %, mais les taux définitifs pour Résolu, Papiers White Birch et d’autres producteurs canadiens ont augmenté.

Le tarif compensateur de Résolu est passé de 4,42 % à 9,81 %, celui de White Birch à 0,82 % par rapport à 0,65 % et celui de tous les autres à 8,54 %, comparativement à 6,53 % durant la phase préliminaire.

Le titre de Résolu bondit

Par ailleurs, les actions de Produits forestiers Résolu ont atteint un sommet jamais vu depuis plus de trois ans, jeudi, après que la société a annoncé un bénéfice au deuxième trimestre.

Le titre de la compagnie montréalaise a augmenté de plus de 20 %, à 16,45 $, jeudi matin à la Bourse de Toronto ; il s’agit de son plus haut niveau depuis mai 2015. Résolu venait de déclarer un bénéfice net de 72 millions $, soit 77 cents par action diluée, pour le deuxième trimestre de l’année, comparativement à une perte de 74 millions $, soit 82 cents par action, un an plus tôt.

Un peu après 14 h, l’action se situait à 16,13 $, en hausse de 18,78 % par rapport au cours de la veille.

La compagnie attribue ce bénéfice net à des hausses de prix et à des expéditions plus élevées grâce à la résolution de certains problèmes de transport. Les ventes du trimestre ont atteint 976 millions $, en hausse de 13,8 % comparativement à la période correspondante de l’exercice précédent. En excluant les éléments non récurrents, la société a enregistré un bénéfice ajusté de 66 millions $, soit 71 cents par action, contrairement à une perte de 3 millions $, ou trois cents par action, pour le deuxième trimestre de 2017.

Selon les analystes interrogés par la firme Thomson Reuters Eikon, on s’attendait à ce que Résolu réalise un bénéfice ajusté de 72 cents par action, et des revenus de 982,5 millions $.

Résolu s’attend par ailleurs à recevoir au cours des prochains mois un remboursement de 60 millions $ en dépôts, avec intérêts, depuis que les États-Unis ont révoqué les droits compensateurs sur le papier surcalandré. Bien que satisfait de la décision du département américain du Commerce, Résolu a quand même dû verser 73 millions $ supplémentaires en dépôts — 67 millions $ pour le bois d’œuvre résineux et 6,0 millions $ pour les papiers de pâte mécanique non couchés.