Selon une méthode de calcul mise de l’avant par l’ISIS, une famille de deux adultes et deux enfants a besoin d’un revenu d’au moins 53 000 $ pour vivre dignement.

Repenser le seuil de pauvreté

Le revenu annuel nécessaire pour vivre dignement est de 53 278 $ pour une famille gatinoise de deux adultes et deux enfants, selon une méthode de calcul élaborée par un chercheur de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Gatineau se trouve en troisième place parmi sept grandes villes québécoises en ce qui a trait au revenu viable pour une famille de quatre personnes, selon les travaux de Philippe Hurteau, politologue associé à l’IRIS. Des municipalités étudiées par le chercheur, les familles de Saguenay (55 485 $) et de Sept-Îles (57 186 $) sont les seules à nécessiter un revenu plus élevé qu’à Gatineau afin d’être en mesure d’adopter un mode de vie digne.

Parmi les sept villes qui ont fait l’objet de l’analyse — Montréal, Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke ont aussi été ciblées —, le revenu viable est le 5e plus important à Gatineau pour une personne monoparentale avec un enfant (33 638 $) et en 4e position pour une personne seule (24 258 $).

Depuis 2015, l’IRIS publie son calcul sur le revenu viable, une méthode alternative aux calculs employés, notamment, par le gouvernement du Québec.

Plutôt que de se fier uniquement au pourcentage du revenu disponible alloué à des besoins comme le logement, l’Institut évalue le prix d’un panier de consommation dans lequel on retrouve des éléments comme les vacances en famille, les frais de garde en CPE et une connexion Internet à la maison.

« Un téléphone cellulaire, en 2018, on n’est plus dans l’univers du luxe », soutient M. Hurteau.

Le politologue ajoute que les méthodes les plus fréquemment utilisées pour déterminer le seuil de pauvreté sont intéressantes, mais inexactes. Les mesures relatives, par exemple, ne permettent que de déterminer où se situe un ménage par rapport à la médiane.

« Ça ne nous dit pas si la personne est pauvre ou non. Ça ne nous dit pas si elle manque d’argent pour vivre. »

La mesure du panier de consommation se rapproche du calcul de l’IRIS. Cependant, il ne tient généralement compte que d’une poignée de dépenses récurrentes pour toute famille.

« Ce que la mesure du panier de consommation fait, c’est que ça nous dit combien ça coûte dans des types de localités [...] pour se payer le minimum. Donc, se loger, se nourrir, se vêtir. C’est vraiment la base et, quand on atteint ce seuil-là, on n’est pas nécessairement sorti de la pauvreté », explique le chercheur.

Comment expliquer les différences?
Pour la plupart des dépenses identifiées par l’IRIS, le prix évalué ne change pas ou très peu dans les sept villes à l’étude.

La variation d’une ville à l’autre se manifeste notamment dans le loyer — le coût annuel passe de 7128 $ à 9840 $ —, dans les frais rattachés à la possession d’un véhicule — de 6281 $ à 11 671 $ — et dans le transport en commun - de 0 $ à 1164 $).

Selon Philippe Hurteau, ces deux dernières catégories sont liées en quelque sorte. Plus le service de transport en commun est efficace, moins un ménage a besoin de se servir d’une voiture.

Même si c’est à Gatineau que les coûts associés au transport en commun sont les plus élevés, la présence de la Société de transport de l’Outaouais permet tout de même aux familles d’économiser en comparaison avec celles d’une ville comme Sept-Îles où l’offre pour ce service public est moins élaborée.

Plus répandue qu’on le pense ?

Pour le chercheur Philippe Hurteau, ce qui devrait définir la sortie de pauvreté, c’est le fait d’avoir du choix dans la façon de dépenser son argent.

Par exemple, pour un ménage de deux adultes et deux enfants, l’étude de l’IRIS prévoit un montant de 2032 $ pour deux semaines de vacances familiales. Ce n’est évidemment pas une dépense obligatoire, précise M. Hurteau. Une famille pourrait plutôt choisir d’investir ce montant en épargne.

Pour le coordonnateur de Logemen’occupe, François Roy, l’étude de l’IRIS permet de démontrer à quel point les besoins sont grands en matière de lutte à la pauvreté. Plusieurs familles qui vivent sous le seuil de pauvreté établi par nos gouvernements sont toujours en attente de logement social, par exemple.

Bien d’autres n’ont pas accès à cette forme d’aide gouvernementale et doivent tout de même faire des choix difficiles pour joindre les deux bouts.

« Quand on revendique auprès des autorités gouvernementales la mise en place ou l’amélioration des programmes sociaux, ce n’est pas par pure idéologie qu’on le fait. C’est en s’appuyant sur des données objectives, comme les données du recensement. On est bien heureux d’entendre des organismes dédiés à des recherches scientifiques qui confirment les revendications qu’on porte », souligne M. Roy.

Pour sa part, Philippe Hurteau identifie trois champs d’action qui permettraient de sortir un grand nombre de personnes de la pauvreté : les transferts gouvernementaux (aide sociale, crédit d’impôt à la solidarité), les services publics (logements sociaux, transport en commun) et l’augmentation du salaire minimum.

Le chercheur estime que le salaire horaire de base devrait être de 15,23 $ afin d’atteindre le revenu viable établi par son étude.

« On pourrait avoir une majoration du salaire minimum pour que les gens en emploi puissent atteindre un niveau viable de vie en comptant sur leurs propres moyens, sans devoir compter sur les transferts gouvernementaux. »