Les restaurateurs de la région s’inquiètent d’être témoins d’une baisse d’achalandage lorsque la saison des terrasses prendra fin.
Les restaurateurs de la région s’inquiètent d’être témoins d’une baisse d’achalandage lorsque la saison des terrasses prendra fin.

Réouverture des salles à manger: espoir et inquiétude dans les restos

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Quelques semaines se sont écoulées depuis la réouverture des salles à manger des restaurants, et ce des deux côtés de la rivière des Outaouais. Si les temps restent sans aucun doute durs et que personne n’est prêt à dire qu’un retour à la normale est imminent, les restaurateurs voient cependant poindre une lueur d’espoir.

Une grande question leur brûle aussi les lèvres à moyen terme : une fois que l’automne s’installera et que la saison des terrasses s’achèvera, les clients seront-ils toujours au rendez-vous ?

Copropriétaire des Vilains Garçons, dans le Vieux-Hull, Cyril Lauer est au nombre de ceux qui s’interrogent.

« Avec la rentrée qui s’en vient, ça m’inquiète un peu. Je me pose des questions. On ne sait pas ce qui va se passer. Nous, c’est quand même pas mal, les gens reviennent. C’est l’été et ils travaillent davantage à la maison, alors ils ont le goût de sortir. Par contre, on a décidé de rester fermé le midi, car c’est mort. On offre des repas pour emporter, mais ce n’est pas la folie avec les fonctionnaires qui sont absents. Ce ne sont pas les chiffres de l’été dernier, on parle de 50 % de moins, mais on arrive à maintenir des chiffres raisonnables et à rester en vie. C’est déjà correct », affirme-t-il.

Le jeune homme d’affaires soutient avoir l’impression que les clients sont de plus en plus «confortables » pour une sortie au restaurant.

« Souvent, les gens ont tendance à davantage faire une réservation sur la terrasse, mais ils ont pris une certaine habitude. On dirait que les gens ont moins peur », renchérit M. Lauer.

De son côté, Gerry Daoust, propriétaire du resto-bar Chez Lucien, dans le Marché By à Ottawa, ne se fait pas d’illusions, mais demeure optimiste.

« Oui, il y a des gens, mais pour être parfaitement honnête, on perd probablement plus d’argent en étant ouvert qu’en étant fermé. Avant la pandémie, on venait de vivre des mois record, de novembre jusqu’à la mi-mars. Puis, tout s’est arrêté soudainement et on a fermé pour quatre mois. Mais on est heureux d’avoir pu rouvrir, on va persévérer », dit-il, mentionnant que le chiffre d’affaires représente environ 20 % de celui de la même période en 2019.

Plus de commandes pour emporter

Au restaurant Milan, sis sur le boulevard Maloney Ouest à Gatineau, on indique bien tirer son épingle du jeu dans le contexte actuel.

« On a un loyer à payer, mais ça va quand même mieux qu’à plusieurs endroits dans la région. Il y a plus de commandes pour emporter qu’avant la COVID et en restaurant, c’est certain que les vendredis et samedis soirs ne sont pas à pleine capacité, surtout qu’on a des restrictions à suivre. Avant, il y avait deux services, l’un vers 17 h et l’autre vers 19 h ou 20 h, alors que maintenant on en a un seul. Je connais des gens dans cette business que si ça se poursuit encore pendant trois mois, ils se demandent s’ils vont survivre. Moi, je ne suis pas dans cette situation-là pour l’instant », lance Steven Abou Assi.

Recul de 10% chez St-Hubert

Le vice-président directeur général de six rôtisseries de la chaîne St-Hubert à Gatineau et Ottawa, Jean-Claude Boucher, affirme que les affaires vont relativement bien même si « on y va au jour le jour et qu’il y a plein de choses totalement hors de notre contrôle ». 

« C’est sûr que nous ne sommes pas revenus à la normale, ne serait-ce que par le simple fait qu’on ne peut avoir une capacité maximale dans restaurants. Et il y a des coûts supplémentaires engendrés par les normes sanitaires à respecter, l’équipement à installer. En ce moment, pour une raison que j’ignore, l’achalandage en salle à manger est beaucoup moins important en Ontario que sur la rive québécoise. Pourtant, on fait la même publicité. Chez nous, on parle de ventes qui ont reculé de 30 ou 40 % en salle à manger, mais une partie de cette baisse est compensée par les livraisons, le comptoir pour emporter et le service à l’auto. Pour nos six restaurants, ça va peut-être se traduire par un recul de 10 %, mais en restauration, c’est énorme », s’exclame-t-il.

Le vice-président directeur général de six rôtisseries de la chaîne St-Hubert à Gatineau et Ottawa, Jean-Claude Boucher

Disant que les perceptions sont dures à changer, M. Boucher avoue s’interroger sur la réaction des gens lorsque le temps plus frais arrivera, même si une portion de la clientèle s’est habituée à manger ce poulet bien connu à la maison.

« J’ai hâte de voir l’effet que ça aura sur le moral des gens, en janvier à -30. J’espère qu’on pourra réembaucher des gens. Les salles à manger, c’est la portion la plus payante dans l’industrie. Tu peux ajouter un dessert, une entrée, un verre de vin. Les serveurs sont bons pour ça. En ce moment, ça affecte la rentabilité », dit-il.

Pour Guy St-Laurent, propriétaire du Bistro L’Entre-Deux, dans le secteur Orléans, il n’y a pas de doute que la crise a fait mal. Sa conjointe et lui sont en affaires depuis à peine neuf mois. 

« On apprend encore sur le tas et on s’est toujours fait dire que pour être rentable, ça prend de six mois à un an, le temps que les gens apprennent que tu existes. Et là, on a dû fermer le 13 mars. Ça nous a frappés, on a pensé être obligé de mettre la clef dans la porte, il n’y avait pas un chat. On a eu les commandes pour emporter, puis l’ouverture de la terrasse. Il y a eu un petit boom dans les dernières semaines, on a fait beaucoup de publicité. On dirait que la pandémie a créé une sympathie envers les petits commerces. Ça roule, mais pas encore comme avant», explique-t-il.

Sentant que bon nombre de gens ont encore des craintes, il se questionne sur l’automne et la possible deuxième vague, même s’il croit pouvoir se sortir la tête de l’eau.