Le gouvernement du Québec a remis 8 millions à Fortress afin de permettre la survie de l’usine de Thurso en attendant l’arrivée d’un investisseur.

Québec accorde un prêt de 8 M$ pour l'usine Fortress de Thurso

La relance de l’usine Fortress, à Thurso, passera par l’intervention d’un « investisseur stratégique ». Québec a annoncé mardi un prêt maximal de 8 millions de dollars à la compagnie afin que celle-ci puisse survivre en attendant de dénicher un repreneur pour garantir sa pérennité sur le long terme.

Ce prêt injecté par le biais d’Investissement Québec permettra à l’entreprise de « conserver ses actifs pendant la fermeture temporaire de l’usine » et donnera le temps à Fortress Global de mettre en place une stratégie dans le but d’identifier un investisseur potentiel d’ici le 30 novembre, a précisé le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui était à Thurso, mardi matin, en compagnie de son collègue responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, pour annoncer cette mesure d’aide exceptionnelle. 

Il s’agit d’une deuxième bouée de sauvetage que le gouvernement Legault lance en un mois à la papetière. Au début septembre, 5 millions de dollars avaient été consentis à Fortress Global par le provincial. Victime collatérale du conflit commercial qui sévit entre les États-Unis et la Chine, l’entreprise, qui est coincée avec des surplus d’inventaires de cellulose spécialisée, a annoncé lundi qu’elle cesserait ses activités dès cette semaine, et ce pour une période indéterminée qui pourrait s’étirer de trois à quatre mois. Le prix à la tonne de la pâte cellulosique, qui sert notamment à produire de la rayonne, a chuté de 25 % depuis août 2018 sur le marché international. Pour Fortress, qui produit 150 000 tonnes de pâte dissolvante par an, ça représente entre 45 et 60 millions $ en manque à gagner. 

À peine une cinquantaine des 323 employés de l’endroit continueront à travailler durant cette fermeture temporaire afin de maintenir le système de cogénération en fonction et d’assurer la gestion des effluents et des eaux usées de la Ville de Thurso.

Un « risque financier calculé »

« L’objectif est très clair pour le gouvernement. On veut trouver un acheteur stratégique pour relancer l’usine, sauver les emplois et aussi pour protéger, dans la mesure du possible, les investissements faits par Investissement Québec, en 2010, qui étaient de l’ordre de 106 millions de dollars et qui avaient été accordés quand la conversion (de la pâte kraft vers la pâte cellulosique) avait eu lieu pour relancer l’usine », a lancé le ministre Fitzgibbon en conférence de presse.

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Du soutien pour les travailleurs de l'usine Fortress de Thurso

Ce dernier a parlé d’un « risque financier calculé » de la part de son gouvernement. « Si ça marche, et on pense que ça va marcher, toute la région de l’Outaouais va en bénéficier. Il est clair pour nous que dans l’écosystème forestier de l’Outaouais, l’usine Fortress est un élément important qu’il faut absolument protéger. Ce sont des travailleurs, des fournisseurs et les autres usines de la région qui vont bénéficier de la relance de cette usine-là », a affirmé le ministre de l’Économie et de l’Innovation.

M. Fitzgibbon estime que stopper de façon définitive les opérations de Fortress, dont les installations remontent à 1958, n’est tout simplement pas une option puisque cela « affaiblirait considérablement la viabilité de plusieurs entreprises de la région, notamment les scieries ». 

« Cette usine est trop importante pour l’écosystème de notre région. Ça entraînerait des répercussions significatives sur l’économie locale et régionale. Des usines devraient trouver ailleurs au Québec d’autres acheteurs pour les copeaux qu’elles génèrent. Ça engendrerait un déséquilibre dans le marché », a renchéri Mathieu Lacombe, lors de l’annonce.

Optimiste de trouver preneur

M. Fitzgibbon, qui dit avoir reçu le dossier de Fortress Global sur son bureau il y a six mois, s’est dit optimiste qu’un investisseur se manifestera d’ici la fin novembre. 

Le processus pour trouver un repreneur est entamé et « des gens » de l’industrie ont déjà manifesté un intérêt, a laissé entendre le ministre. 

Malgré les aléas du marché guidé par le différend entre les États-Unis et la Chine, Fortress Global est bien positionnée et son « environnement industriel » ne lui est pas défavorable, a souligné ce dernier. L’écart entre le prix de vente et le coût de la production de la tonne de pâte dissolvante est environ de 100 $, en ce moment.

« Quand on regarde l’écart entre le prix de vente et le cashcost, c’est 100 $. Ce n’est pas beaucoup. On regarde l’écosystème mondial de la rayonne. Les gens pensent qu’il y a une croissance de 3 % à 4 % qui s’en vient dans le monde. On regarde les fermetures d’usine qui sont à plus haut coût que Fortress, si on met tout ça ensemble, je pense qu’on peut être relativement confortable (et dire) qu’il s’agit d’une situation temporaire. Ce ne sont pas des financiers qui vont acheter ça. Ça prend des (investisseurs) stratégiques qui vont comprendre l’écosystème et je pense qu’il y a un bon prix auquel l’usine peut être achetée. Le prix payé est moins important pour moi que la qualité du repreneur qui assure une pérennité. Je ne veux pas faire de promesse, mais je suis confiant qu’on va trouver quelqu’un. »

Le président et directeur général de l’entreprise, Giovanni Iadeluca, a déclaré que sa « confiance » de voir la compagnie être relancée dépassait celle du ministre Fitzgibbon. 

Une relance rapidement sera toujours possible si le marché rebondit, a-t-il assuré.

« C’est le marché qui va dicter si on sera capable de relancer (l’usine), mais nous sommes confiants qu’à l’intérieur de quatre mois, nous serions capables. [...] Une fois que les conditions sont réunies, nous sommes capables de repartir rapidement. », a fait savoir M. Iadeluca.