Lorsqu’il neige, comme ici à New York, cela peut avoir un impact sur les marchés boursiers, selon une étude.

Quand Dame Nature joue dans vos poches

Il neige, il pleut. Et si Dame Nature influençait les rendements de votre portefeuille, que diriez-vous?

Car il semble bien que cela soit le cas, selon une étude réalisée par la professeure de l’Université Laval Andréanne Tremblay-Simard et le chercheur Ming Dong, de l’Université York à Toronto.

Selon ces deux experts de la finance, un gestionnaire de portefeuille qui aurait tenu compte des différents facteurs météorologiques - vent, température, neige, pluie et ensoleillement - dans ses stratégies de placements entre 1993 et 2012 aurait pu réaliser des profits substantiels jusqu’à 20,5 % (avant les frais de transaction) par année. De quoi faire sourire! À titre de comparaison, la croissance de l’indice mondial durant cette même période a été de l’ordre de 3,75 %.

«Il y a effectivement un lien —comportemental plutôt qu’économique — entre la météo et la bourse. On aurait pu en faire une stratégie d’investissement», tranche aujourd’hui Mme Tremblay-Simard, dont plusieurs investisseurs s’intéressent à son étude. «Par exemple, la neige au sol a une relation négative avec les rendements d’un pays, mais tous les facteurs météo ont leur importance», poursuit-elle.

Cette dernière souhaitait pousser plus loin des recherches qui avaient été réalisées sur ce sujet dans les années 1990 et 2000.

Afin d’arriver à ces conclusions, les professeurs ont constitué un portefeuille à partir de l’indice boursier de 49 pays d’Amérique, d’Asie, d’Europe et d’Afrique. Et force est de constater que Dame Nature peut jouer les trouble-fêtes et que l’humeur des investisseurs influence les performances boursières.

«En général, plus la température est confortable dans un pays, plus on risque d’observer des rendements positifs», indique au Soleil la professeure adjointe à la Faculté des sciences de l’administration.

«Il faut insister sur le mot confortable, car cela change par rapport à l’époque de l’année et le pays. Par exemple, au Canada, nous sommes habitués à des températures plus froides. Lorsqu’il fait 23 degrés et qu’il n’y a pas de pluie, nous sommes contents. À l’inverse, pour une personne qui se trouve dans un pays très chaud, lorsqu’il pleut, il peut être heureux, car cela peut faire chuter la température. L’impact sur l’humeur des investisseurs variera donc», poursuit-elle.

Catastrophes naturelles

Quant à l’impact des catastrophes naturelles sur les indices boursiers, les professeurs n’ont pas étudié en profondeur le phénomène. Leurs résultats préliminaires démontraient toutefois qu’à long terme, cela avait peu d’influence sur les rendements du portefeuille global.


« Il y a effectivement un lien —comportemental plutôt qu’économique — entre la météo et la bourse. On aurait pu en faire une stratégie d’investissement »
Andréanne Tremblay-Simard, professeure à l’Université Laval

«Nous n’avons pas (ou peu) tenu compte des jours où la température était extrême. Mais forcément, lorsqu’on annonce qu’il va y avoir une tempête de neige dans un pays, ce dernier pourrait devenir marginalement moins intéressant», analyse Mme Tremblay-Simard, précisant que la relation entre la météo et la bourse ne s’applique pas nécessairement sur les titres individuels d’entreprises. «Il y a beaucoup plus de bruits sur les marchés».

Deux stratégies

Pour établir une corrélation entre la météo et la bourse, les chercheurs ont élaboré deux stratégies de placements en fonction des pays.

Premièrement, ils ont bâti un portefeuille en prenant des parts dans l’indice boursier du pays où l’on prévoyait le plus haut rendement — estimé exclusivement en fonction de la météo —  durant une journée. C’est-à-dire l’endroit sur la planète où la température devait êtes la plus clémente au goût de la population. Chaque jour, ils ont rebalancé le portefeuille selon la météo quotidienne.

Comme deuxième stratégie, ils ont construit un portefeuille à partir d’actions du pays qui devait avoir le plus haut rendement. Et aussi, ils ont pris une position courte dans la région qui était la plus à risque de connaître un faible rendement.