La poudre de Vectorite s’incruste aux pattes des abeilles avant leur envol vers les cultures voisines. Le procédé fonctionne pour les champs de fraises, de tournesols, de tomates, de canola, de bleuets et les vergers.

Protéger les cultures grâce aux abeilles

Une entreprise ontarienne emploie des abeilles pour administrer un fongicide bactérien aux bleuets, aux tournesols et à d’autres cultures afin de les protéger de la maladie, une technique moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement.

L’Agence de la protection de l’environnement des États-Unis (EPA), une référence absolue en matière d’approbation, a certifié l’ingrédient exclusif de Bee Vectoring Technologies International (BVT). Celle-ci envisage maintenant de commencer de vendre son système à des agriculteurs américains et d’accélérer ses démarches d’approbation dans d’autres juridictions, dont le Canada.

«Notre première cible a toujours été les États-Unis, soutient le pdg de l’entreprise, Ashish Malik. La raison en est simple : c’est le plus gros marché pour cette technique.»

C’est à la fin du mois d’août que l’EPA a approuvé Vectorite, la marque de commerce du fongicide bactérien mis au point par BVT et destiné à être utilisé sur des cultures commerciales.

L’entreprise installe des ruches de faux bourdons et d’abeilles mellifères dans des fermes. Elle y dépose des plateaux remplis de Vectorite à l’intérieur desquels les insectes doivent passer. La poudre s’incruste à leurs pattes avant leur envol vers les cultures voisines. Le procédé fonctionne pour les champs de fraises, de tournesols, de tomates, de canola, de bleuets et les vergers. Il nécessite moins de produits chimiques, moins d’eau et moins d’équipement que les méthodes traditionnelles, soutient-elle.

Sans danger pour les ouvrières

BVT devait notamment prouver que son produit et sa méthode ne feraient pas de mal aux abeilles.

La santé et la survie des abeilles sont devenues des enjeux importants au cours de la dernière décennie en raison de l’apparition du syndrome d’effondrement des colonies (CCD). Ce phénomène survient lorsqu’une majorité des abeilles ouvrières d’une ruche disparaissent purement et simplement, laissant derrière la reine et quelques autres abeilles. La ruche se meurt, car elle ne peut pas survivre sans les ouvrières.

Notre système alimentaire dépend des abeilles qui pollinisent une grande partie de l’approvisionnement alimentaire mondial. Selon diverses études, les insectes pollinisent environ un tiers des cultures destinées à notre alimentation.

BVT utilise des faux bourbons plutôt que des abeilles mellifères, mais peut installer l’un ou l’autre type de ruches, car les premiers peuvent transporter plus de Vectorite et butiner dans une plus grande variété de climats.

L’entreprise dit avoir mené un certain nombre d’études sur les effets de cette technique sur les abeilles et les larves dans le cadre du processus d’approbation, dit M. Malik. Il a demandé aux apiculteurs commerciaux avec qui il travaille de suivre leurs colonies.

«Comme nous travaillons avec eux, si nous avions un effet négatif, nous ferions automatiquement faillite. C’est la réalité», soutient-il.

Davantage de recherches

Plusieurs scientifiques qui font des recherches sur les abeilles n’ont pas voulu se prononcer, disant ne pas disposer suffisamment d’informations pour porter un jugement.

Marla Spivak, une professeure d’entomologie à l’Université du Minnesota, a refusé d’accorder une entrevue à La Presse canadienne, mais elle a transmis cette note par courriel. «Nous avons besoin de davantage de recherches sur les risques que les fongicides présentent pour la santé des abeilles avant de les utiliser comme vecteurs», a-t-elle écrit.