À Sainte-Claire, les 900 travailleurs de Prévost construisent quatre nouveaux véhicules par jour.

Prévost: route parsemée d’embûches

La nouvelle n’avait pas fait grand bruit au Québec au début du mois de juillet. Elle avait toutefois soulevé des inquiétudes du côté de Prévost, le fabricant d’autocars interurbains de Sainte-Claire, dans la région de Bellechasse.

Le transporteur Greyhound a annoncé qu’il cessera de desservir les provinces de l’Ouest canadien à compter du 31 octobre.

Il fait valoir que l’achalandage au Manitoba, en Saskatchewan, en Alberta et en Colombie-Britannique a dégringolé de plus de 40 % depuis 2010. Elle avoue ne plus pouvoir rivaliser, dans ces régions, avec l’arrivée de transporteurs aériens à bas prix et avec le transport ferroviaire qui bénéficie de subventions gouvernementales.

«Évidemment, ce n’est pas une bonne nouvelle pour nous», commente le vice-président et directeur général de Prévost, François Trembay.

Parmi la liste des clients du fabricant d’autocars interurbains qui fait travailler 900 personnes à Sainte-Claire, Greyhound occupe une place de choix.

L’an dernier, le transporteur du Texas avait accordé un important contrat à Prévost pour la livraison de 360 véhicules au cours des trois prochaines années. Il s’agissait de la plus importante commande reçue par Prévost en 94 ans d’histoire.

«Tout ça apporte son lot d’incertitude», souligne M. Tremblay en indiquant que le principal concurrent de Greyhound aux États-Unis, Coach USA, traversait aussi une mauvaise passe. L’entreprise serait même à vendre, selon François Tremblay. «L’arrivée d’un nouvel acquéreur pourrait être une bonne chose pour nous, car nous n’avons jamais obtenu beaucoup de contrats avec le propriétaire actuel», explique-t-il en précisant que Prévost, un membre de la famille du Groupe Volvo, exportait 80 % de sa production au sud de la frontière.

Selon François Tremblay, l’industrie du transport longue distance par autocar est en pleine transformation. «Pour gagner du temps, les voyageurs sont prêts à payer un peu plus cher pour un billet d’avion offert par un transporteur aérien à bas prix plutôt que de prendre un autobus interurbain.»

Le modèle d’affaires des Greyhound et Coach USA de ce monde est aussi bouleversé par l’entrée en scène de Flixbus, une sorte d’Uber du transport interurbain.

Ne possédant aucun autobus, cette société allemande s’associe à des transporteurs locaux et s’occupe, notamment, de la billetterie et de la planification du réseau. Avec 1700 destinations dans 28 pays, Flixbus a fait voyager, à bas prix, 40 millions de passagers en 2017. Sa présence aux États-Unis augmente de jour en jour.

New York et la Californie

Le carnet de commandes de Prévost est en bonne santé. Il est bien garni jusqu’à la fin du premier trimestre de l’exercice financier 2019.

Pour la suite des choses, la compagnie mise gros sur l’appel d’offres que lancera, cet automne, l’Agence de transport public de la région de New York pour la construction de 307 véhicules qui devront être livrés jusqu’en 2022.

En 2013, Prévost avait répondu à l’appel de l’agence pour la construction de 300 autocars qui sont utilisés pour amener les usagers du transport collectif habitant en périphérie de la ville de New York vers différents points de service.

Comme Le Soleil le révélait en avril dernier, Prévost a également les yeux rivés sur la Californie. «Nous couvrons bien l’est des États-Unis. Nos opportunités se trouvent principalement à l’autre extrémité du pays.»

Ses futurs clients, Prévost les cherche principalement dans la Silicon Valley. Là-bas, les entreprises achètent ou louent des autocars pour assurer les déplacements de leurs employés entre des parcs-o-bus et le bureau.

«D’ici la fin de l’année, nous allons fournir un véhicule démonstrateur à Facebook. On nous dit, chez Facebook, qu’ils utiliseront 1000 autobus, d’ici 2025, pour transporter leurs salariés», signale François Tremblay. Tesla teste déjà un autocar Prévost pour déplacer ses employés.

«Au cours de la prochaine année, nous allons construire un centre de service de 66 000 pieds carrés dans la région de San Francisco.»

Prévost ne délaisse pas pour autant la côte est.

Un nouveau centre de service lèvera de terre à Orlando, en Floride, en septembre. Directement dans la cour de Walt Disney World Resort et d’Universal Studios. «Il y a beaucoup d’autocars en opération dans ce coin de pays.»

La querelle commerciale entre le Canada et les États-Unis sur l’acier et l’aluminium affecte le fabricant d’autocars. Dans les faits, c’est davantage la riposte canadienne à l’attaque américaine qui fait mal à Prévost qui doit payer 25 % pour l’acier acheté au royaume de Donald Trump.

«Vous savez, il y a beaucoup d’acier qui entre dans la fabrication d’un autobus. C’est évident que nous sommes pénalisés par ce litige. Toutefois, nous apprécions le fait que le gouvernement canadien assure qu’il viendra en aide aux manufacturiers affectés par la situation actuelle», souligne le vice-président et directeur général de Prévost.