Plus de 850 postes sont à pourvoir en Outaouais.

Près de 900 emplois à combler en tourisme en Outaouais

L’industrie touristique est loin d’échapper à l’importante pénurie de main-d’oeuvre qui sévit depuis plusieurs mois. À preuve, à l’approche de la saison estivale, de loin la période la plus achalandée pour ce domaine, plus de 850 postes sont à pourvoir en Outaouais.

Une situation qui peut être vue sous deux angles distincts, selon la directrice générale de Tourisme Outaouais, France Bélisle.

« Il y a clairement une pénurie de personnel, oui, mais d’un autre côté, il y a une forte croissance dans l’industrie touristique. On peut donc voir le verre à moitié plein ou à moitié vide. Tout le monde est touché, mais ça frappe davantage certains secteurs, par exemple la restauration ou l’hébergement. Il y a des exemples concrets: à Chelsea, le resto-pub Meech & Munch a déjà été forcé de fermer pendant quelques jours, car il n’y avait pas de personnel, alors que la directrice générale du Fairmont Château Montebello (Geneviève Dumas) a fait des chambres tout l’été dernier », note-t-elle.

Comme ailleurs en province, les besoins les plus criants dans la région sont pour des emplois tels qu’aide-cuisinier, cuisinier, préposé à l’entretien ménager, sauveteur, moniteur, préposé à l’accueil (billetterie) ou encore préposé à l’entretien de site.

Opération séduction

Pour espérer combler les quelque 20 000 emplois disponibles, alors que la période de recrutement bat son plein en vue de la saison chaude, lors de laquelle les effectifs sont en hausse d’environ 10 %, l’Alliance de l’industrie touristique du Québec (AITQ) a lancé lundi une véritable opération charme pour attirer des travailleurs. Elle s’adresse en particulier aux étudiants ainsi qu’aux retraités. Les groupes des 15 à 24 ans ainsi que des 45 ans et plus forment d’ailleurs les deux tiers (69 %) de la main-d’oeuvre de l’industrie.

La campagne, qui s’intitule « Mon emploi en tourisme », vise à promouvoir les avantages d’un emploi dans le domaine et à déboulonner certains mythes qui y sont reliés.

Selon Mme Bélisle, plusieurs croient à tort que l’industrie n’offre que des emplois saisonniers et peu rémunérés. Sept emplois sur dix sont à temps plein, dit-elle.

« Il y a plusieurs préjugés, mais qui ne sont pas nécessairement vrais. La majorité des gens travaillent plus de 30 heures par semaine. Dans le cas des employés à pourboire, oui le salaire de base est inférieur, sauf qu’avec les pourboires, plusieurs s’en tirent avec des salaires intéressants. Ce qui distingue aussi l’industrie, c’est le contact humain. Tu as la chance de faire vivre ta région à quelqu’un d’autre, tout en vivant l’expérience toi-même. Ce n’est souvent pas un travail sédentaire et les gens voyagent, alors ils sont de bonne humeur. Nous ne sommes pas une agence de recouvrement », image-t-elle.

«Des heures de fou»

Copropriétaire des restaurants Le Cellier, Le Quai et Olivia, bistro-boutique, Isabelle Lacroix sait très bien à quel point l’industrie traverse des temps durs.

« Pour nous, c’est vraiment difficile en ce moment. On annonce des emplois sans arrêt sur les réseaux sociaux en vue de l’été, car on sait qu’on sera très occupé. Le chiffre d’affaires double à cette période-là. On a un projet de food truck et on n’a même pas encore trouvé quelqu’un pour y travailler. Par chance, notre taux de rétention est assez élevé, on gâte nos employés. Mais le manque de main-d’oeuvre nous empêche d’évoluer. On doit travailler des heures de fou. Aussitôt que quelqu’un demande congé, on est dans le pétrin », témoigne la femme d’affaires.

Elle précise avoir dû faire le choix de ne pas ouvrir ses restaurants les dimanches et lundis soirs afin de donner une pause à son personnel.

Le président du Regroupement des hôteliers en Outaouais (RHEO) et directeur de l’hôtel Four Points Sheraton, Jason Trottier, affirme lui aussi que les besoins en main-d’oeuvre sont grands dans la sphère touristique.

« C’est constant depuis quelques années mais là on dirait que ça empire. Certains hôtels doivent parfois fermer des chambres ou même des restaurants. On est toujours à la recherche de gens, il y a de belles possibilités de faire carrière. Cette campagne-là ne peut certainement pas nuire à la situation », explique-t-il.

Selon l’AITQ, l’industrie du tourisme représente 402 000 emplois partout au Québec et des recettes touristiques de près de 15,7 milliards $, ce qui en fait le cinquième secteur d’exportation en importance dans la province.