«En 2005, environ 50 pour cent des gens qui étaient fraudés l’étaient par des proches ou quelqu’un qu’ils connaissaient. Aujourd’hui, on n’a pas compilé de statistiques, mais clairement avec l’internet les fraudeurs peuvent de leur domicile vous frauder. Ils n’ont pas besoin de vous connaître personnellement.»

Plusieurs organismes lancent le mois de la prévention de la fraude

MONTRÉAL — C’était le grand amour et, avant même que votre passion puisse sortir du monde virtuel pour s’exprimer dans le réel, l’amour de l’autre pour votre compte de banque était déjà consommé.

Ce modèle, c’est celui qui semble le plus payant pour les fraudeurs, a expliqué le responsable du Centre antifraude du Canada, Guy-Paul Larocque, à l’issue d’une discussion publique soulignant le lancement du mois de la prévention de la fraude, jeudi à Montréal.

«L’arnaque sentimentale ou la fraude amoureuse semble causer beaucoup de pertes chez les victimes. Encore cette année, c’était de loin la plus importante en termes de pertes», a-t-il raconté.

«Les pertes dépassaient le 22 millions $ (en 2018) et lorsqu’on regarde les statistiques au niveau des victimes, il n’y a même pas 1000 victimes pour toutes ces pertes.»

Faites le calcul et cela signifie plus de 22 000 $ en moyenne par victime et il ajoute que, dans certains cas, cette fraude peut atteindre «des centaines de milliers de dollars», sans compter que des vies s’en trouvent complètement détruites.

Or, ce n’est que la pointe de l’iceberg, précise le policier.

«Il y a beaucoup de fraudes qui ne sont pas signalées. Si je me base sur ce qui nous a été signalé l’année dernière au centre antifraude, ça frisait les 100 millions $ (pour l’ensemble des fraudes). Ça, ce sont les pertes connues. Selon nos statistiques passées et les études passées qu’on a fait faire, il n’y avait pas plus de 5 pour cent des gens qui signalaient les cas de fraude pour diverses raisons.»

Avec de tels chiffres, impossible de déterminer l’ampleur réelle des fraudes, mais on sait dans les milieux spécialisés qu’elles ont augmenté en flèche avec les nouveaux moyens de communication qui ont permis aux fraudeurs à l’international d’agir à distance, selon Me Élise Thériault, avocate chez Option consommateurs.

«En 2005, environ 50 pour cent des gens qui étaient fraudés l’étaient par des proches ou quelqu’un qu’ils connaissaient. Aujourd’hui, on n’a pas compilé de statistiques, mais clairement avec l’internet les fraudeurs peuvent de leur domicile vous frauder. Ils n’ont pas besoin de vous connaître personnellement.»

Il n’y a pas de recette magique pour se prémunir contre ces arnaqueurs de tout acabit, mais Guy-Paul Larocque souligne que certains drapeaux rouges doivent attirer l’attention: «Est-ce que l’offre qui m’est faite a du sens? Est-ce que l’offre est légitime ou elle est trop belle pour être vraie? À ce moment-là, il faut écouter son instinct et s’il y a quelque chose qui cloche, vraiment prendre un pas de recul et dire non.»

Quelles sont les arnaques les plus courantes? Le Bureau de la concurrence a profité de l’occasion pour rappeler que les citoyens peuvent se procurer gratuitement, sur son site web, «Le petit livre noir de la fraude» qui dresse les 12 fraudes les plus courantes et les moyens de s’en prévenir.

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Les 12 fraudes les plus courantes

  • Les abonnements piégés: ceux-ci se présentent sous la forme d’»essai gratuit» ou «à faible coût» qui vous demandent un numéro de carte de crédit pour payer les frais de livraison et hop! vous voilà embarqué sans le vouloir dans un abonnement mensuel très coûteux et extrêmement difficile à interrompre.
  • Le vol d’identité: les techniques utilisées pour voler vos informations personnelles vont des logiciels espions aux virus en passant par le piratage et l’hameçonnage, mais elles peuvent être aussi simples que de voler votre courrier ou fouiller vos poubelles, particulièrement le bac de recyclage. «Il faut s’assurer de bien détruire nos informations personnelles quand on dispose de papier, rappelle Guy-Paul Larocque. Des policiers d’Ottawa me racontaient qu’en cours d’enquête, ils ont dû fouiller dans des poubelles pour trouver des éléments de preuve et ils ont trouvé beaucoup d’informations confidentielles de gens.»
  • La fraude du faux PDG: cette fraude vise les personnes ayant accès aux comptes de leur entreprise et prend la forme de courriels ou même d’appels de fraudeurs se faisant passer pour le dirigeant qui demande de transférer de l’argent à un tiers, demande qui, bien sûr, est urgente et confidentielle.
  • La fraude médicale ou liée à la santé: celles-ci se présentent sous trois types, soit les soins miracles, les programmes pour maigrir ou les fausses pharmacies en ligne.
  • L’arnaque amoureuse: le fraudeur se manifeste soit sur un vrai site de rencontres, soit sur un faux site de rencontres où vous payez pour chaque message reçu ou envoyé. Dans le second cas, la fraude se déroule avec les échanges de messages; dans le premier, le séducteur se montre convaincant et trouvera mille et une bonnes raisons de vous faire envoyer de l’argent en jouant sur vos sentiments, votre solitude bref, vos vulnérabilités.
  • Fraude visant les entreprises: elles sont variées et cherchent à soutirer de l’argent par diverses manières de facturer, par exemple pour une inscription à un annuaire d’entreprises qui n’a pas été sollicité, des équipements de santé et de sécurité au travail, du matériel de bureau et ainsi de suite.
  • Hameçonnage: le classique courriel non sollicité d’une organisation qui semble être légitime (institution financière, entreprise, organisme gouvernemental, etc.) qui demande de confirmer par courriel ou via un hyperlien des renseignements financiers ou personnels. Cette technique existe aussi par texto ou messagerie web.
  • Fraude ciblant les contribuables: recevoir un texto ou un courriel de l’Agence du revenu du Canada est toujours suspect. Encore plus si on vous dit que vous devez de l’argent au fisc et que, si vous ne payez pas, la police sera le prochain acteur dans le décor.
  • La fraude porte-à-porte: aussi incroyable que cela puisse sembler en 2019, la bonne vieille méthode de fraude porte-à-porte est toujours active. L’objectif est de vous convaincre d’acheter un produit ou un service dont vous ne voulez pas avec un discours de vente très agressif. On peut ainsi solliciter des dons pour un organisme de bienfaisance (qui n’existe pas ou qui n’en verra jamais la couleur), de l’argent pour des investissements, des services ménagers, des appareils (chauffe-eau, fournaise, thermopompe, etc.), services et biens que vous ne verrez jamais.
  • La situation d’urgence d’un proche: celle-ci est particulièrement pernicieuse et vise les grands-parents. Ces derniers reçoivent un appel d’une personne prétendant être un de leurs petits-enfants qui demande de l’aide pour une urgence (accident d’auto, hospitalisation, emprisonnement). Elle cherche à obtenir aussi des renseignements personnels. Parfois, un complice est aussi au bout du fil, se faisant passer pour un policier, un avocat ou un médecin.
  • L’achat de marchandises en ligne: lorsqu’une offre en ligne semble trop belle pour être vraie, c’est qu’elle l’est. Les fraudeurs peuvent créer des comptes sur des sites en ligne, comme eBay, Kijiji ou Craiglist, offrant des biens à des prix dérisoires. Évidemment, une fois payé, le vendeur disparaît dans le monde virtuel et il n’y aura aucune livraison - ou parfois livraison d’un produit de qualité médiocre ou d’une contrefaçon.
  • La vente de marchandises en ligne: certains fraudeurs cherchent à voler votre marchandise et vont faire l’achat sans même voir l’article et vous recevez une notification de PayPal indiquant que le paiement est en attente. L’acheteur vous indique qu’il sera libéré lorsqu’il aura la marchandise et qu’il vous aura donné le numéro pour le libérer. Évidemment, l’avis est faux, l’»acheteur» a votre bien et vous n’en avez plus que le souvenir. Il y a plusieurs variantes à ce type d’arnaque en ce qui concerne les méthodes de paiement.