Les deux Sidney Crosby d’Ingeno, Samuel Bégin, devant, et Jean-Gabriel Gill-Couture

Plus futés que Google!

Avoir un Sidney Crosby dans son équipe, c’est un atout pour un entraîneur. En avoir deux, c’est quasiment trop beau pour être vrai !

L’entraîneur s’appelle Rémy Gendron.

Avec Denis Brochu et Guillaume Duchesneau, il a fondé, en 2008, Ingeno, une PME de Québec spécialisée dans le développement et l’opération d’applications Web pour les jeunes pousses et les grandes entreprises.

Avec ses 42 employés, Ingeno réalise aujourd’hui près de 70% de son chiffre d’affaires avec des sociétés ayant pignon sur rue dans la Silicon Valley. En pleine croissance, la compagnie a doublé son nombre de travailleurs au cours des deux dernières années.

En passant, les trois entrepreneurs à la tête d’Ingeno sont des anciens de Taleo, l’entreprise de Louis Têtu et de Martin Ouellet vendue à Oracle pour 1,9 milliard $ US en 2012.

Les deux «Sidney Crosby» d’Ingeno n’exécutent pas d’élégantes feintes sur la glace ou encore des passes savantes sur la palette de leurs coéquipiers.

Pour coder, par contre, les programmeurs Samuel Bégin, 26 ans, et Jean-Gabriel Gill-Couture, 25 ans, sont des champions.

«Des virtuoses, je vous dis», insiste Rémy Gendron.

«Ils écrivent des codes comme s’il s’agissait de romans. C’est beau à lire ! Ils sont brillants. Ils sont éloquents. Ils pensent aux clients bien plus qu’à eux-mêmes. Bien plus que des geeks de techno, ils sont capables de penser business. Ils veulent toujours pousser plus loin les clients dans leur développement technologique. Eh oui, tous les jours, j’ai peur de les perdre aux mains des compétiteurs ! Ces deux gars-là sont dans le top 2 % de leur profession. Pour les garder, eux et tous les membres de l’équipe, nous devons leur proposer des projets stimulants et surtout les aimer.»

Au secours de Google

Le dernier fait d’armes de Samuel Bégin et de Jean-Gabriel Gill-Couture n’est pas banal.

Au point où Ingeno a choisi de le partager avec le grand public. Au risque, évidemment, que les deux programmeurs suscitent encore plus la convoitise de la concurrence !

Samuel Bégin et Jean-Gabriel Gill-Couture ont réussi à convaincre les ingénieurs de Google qu’ils avaient commis un faux pas technologique en procédant à une mise à jour de l’un de leurs nombreux outils utilisés par des milliers d’entreprises à travers le monde.

Non seulement, les spécialistes de la multinationale de la Silicon Valley ont fait leur mea culpa, mais ils ont fait marche arrière et annulé la fameuse mise à jour !

«Pas pire pour des petits gars de Québec !», poussent les deux collègues rencontrés par Le Soleil dans les locaux d’Ingeno sur le boulevard Charest à Québec.

«Nous avons été les premiers au monde à rapporter le problème qui ne cessait de prendre de l’ampleur plus le temps s’écoulait», expose Samuel Bégin. «Les ingénieurs de Google nous ont écrit pour nous signifier que l’historique des événements (log) que nous leur avons fourni dans les premières heures suivant la découverte de la défaillance avait permis d’identifier la source du problème.»

Et d’éviter la perte de millions de dollars à de nombreuses entreprises utilisant l’outil de Google.

3500 tests en 90 secondes

L’histoire avait débuté, un vendredi matin, il y a une dizaine de jours.

Une entreprise cliente d’Ingeno avisait Samuel Bégin et Jean-Gabriel Gill-Couture que les utilisateurs de son application mobile ne pouvaient plus sauvegarder leurs données.

«La dirigeante de la jeune pousse était inquiète. On la comprend», explique Rémy Gendron. «Le succès de son entreprise repose la fiabilité de son application.»

«Généralement, en 15 minutes, nous parvenons à détecter le plus petit bogue et à corriger la situation», signale Jean-Gabriel Gill-Couture. «Nos systèmes automatisés, entre autres, permettent de réaliser pas moins de 3500 tests en 90 secondes afin de comprendre ce qui se passe. Rien ne démontrait que le problème se situait dans notre cour. Il était vraisemblablement dans celle de Google.»

Pendant la fin de semaine, les deux programmeurs ont poursuivi leur investigation.

Ce n’est que le lundi qu’ils ont pu parler aux ingénieurs responsables chez Google.

Le lendemain, ces derniers confirmaient aux deux programmeurs québécois que la source du problème était bel et bien la mise à jour de l’outil et que l’opération serait annulée.

Les échanges entre Québec et la Silicon Valley se poursuivent afin d’aplanir les derniers écueils.

«Le fait d’avoir fait reculer une grosse multinationale comme Google, ça fait un petit velours», raconte Samuel Bégin. «Une fois qu’ils m’ont confirmé qu’ils allaient annuler la mise à jour, je courrais comme un petit fou dans le bureau.» 

En espérant, maintenant, pour Ingeno que lui et son collègue ne se mettent à galoper vers le concurrent le plus proche...