D’ici 2020, la CDPQ s’est engagée à ce que ses investissements verts affichent une croissance de 50 %, ou 8 milliards $, ce qui devrait faire passer à 26 milliards $ ses investissements sobres en carbone.

Placements d’environ 17 milliards $ dans les hydrocarbures pour la CDPQ

MONTRÉAL — Alors que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) s’affaire à réduire l’empreinte carbone de son portefeuille, ses investissements dans les hydrocarbures s’élevaient à au moins 17 milliards $ à la fin de 2017.

Ce portrait figure dans un document déposé à l’Assemblée nationale plus tôt ce mois-ci par le bas de laine des Québécois dans le cadre du passage de ses dirigeants en commission parlementaire.

En réponse à une question de l’opposition, le gestionnaire de régimes de retraite a déposé la liste précise de la valeur de ses investissements directs ou indirects dans des compagnies « exploitant des hydrocarbures et leur transport ».

Ainsi, en date du 31 décembre dernier, la CDPQ détenait des positions en actions d’environ 12,9 milliards $ dans des sociétés qui exploitent des hydrocarbures, comme Total et Exxon Mobil, ou qui assurent leur transport, comme Enbridge, TransCanada et Kinder Morgan Canada — promoteur de l’oléoduc Trans Mountain.

Sans préciser la valeur exacte de ses placements privés dans le secteur, l’institution a néanmoins fourni une fourchette pour chacun de ses investissements.

C’est en calculant la moyenne de ces placements que La Presse canadienne en arrive à des investissements totalisant environ 17 milliards $ à la fin de 2017. Cela représentait environ 5,7 % de son actif net, qui était de 298,5 milliards $.

Puisque la CDPQ ne dévoile pas les détails entourant ses placements pendant l’année, il n’est pas possible de connaître la variation de ses placements dans les hydrocarbures depuis le début janvier.

« Pour nous, il s’agit d’investissements qui sont risqués, a estimé le porte-parole de Recycle ta caisse, Sébastien Collard, au cours d’un entretien téléphonique. Prenez Kinder Morgan Canada, il s’agissait d’une injection de millions de dollars et le projet semble sur le respirateur artificiel. »

Cet organisme constitué de bénévoles et appuyé par la Fondation David Suzuki et Greenpeace rédige un rapport annuel sur les investissements de la CDPQ dans les énergies fossiles dans le but de l’inciter à se distancer de ce secteur.

Une approche globale

Dans son premier Rapport d’investissement durable publié le mois dernier, la Caisse chiffrait à 18 milliards $ ses investissements « sobres en carbone » en date du 31 décembre.

M. Collard a salué ce « pas dans la bonne direction », soulignant au passage que ces placements ne concernaient pas seulement la production d’énergie renouvelable et qu’ils tenaient compte d’autres secteurs.

Selon la CDPQ, plus de la moitié des 18 milliards $ ont été investis dans l’électricité renouvelable, 28 % dans le secteur immobilier et 20 % dans les transports, peut-on notamment lire dans son rapport.

Le document publié en avril n’offrait toutefois pas de comparaison entre la somme des investissements sobres en carbone et celle dans des secteurs plus polluants, comme les énergies fossiles.

Cette décision a été défendue par le directeur principal des relations des médias de la CDPQ, Maxime Chagnon, qui affirme que l’approche entourant l’empreinte carbone du portefeuille de la Caisse était « globale ».

« Nous n’identifions pas un secteur plus qu’un autre, a-t-il dit au cours d’un entretien téléphonique. Nous avons des objectifs ciblés et clairs. Nous sommes l’un des rares investisseurs institutionnels en Amérique du Nord à avoir une approche aussi globale. »

Pas de sortie complète

D’ici 2020, la CDPQ s’est engagée à ce que ses investissements verts affichent une croissance de 50 %, ou 8 milliards $, ce qui devrait faire passer à 26 milliards $ ses investissements sobres en carbone.

À terme, en 2025, l’institution souhaite diminuer, pour chaque dollar investi, de 25 % son empreinte carbone, notamment en ciblant les énergies propres et renouvelables, les infrastructures de transport en commun ainsi que le secteur des technologies.

Dans le cadre de sa stratégie, la Caisse a voulu amorcer un virage progressif. Ainsi, elle n’imitera pas certaines institutions financières, comme la banque française BNP Paribas, qui compte cesser de financer des projets liés au gaz de schiste, le pétrole de schiste et l’or noir découlant des sables bitumineux.