Après deux séances où les plongeons ont été marqués sur les places boursières, les observateurs anticipent de la volatilité à court terme avant un retour à des gains plus modérés.

Pas de graves turbulences à venir

Le vent de panique ayant déferlé sur les places boursières n’est pas annonciateur d’une période de turbulences comparable à celle qui avait ébranlé l’économie mondiale il y a une décennie, estiment les économistes et analystes.

Balayant le scénario d’une autre crise financière similaire à celle de 2008, ceux-ci estiment plutôt que la dégringolade des indices se veut un rappel à l’ordre pour les investisseurs.

«La situation ne découle pas d’un changement profond de l’économie, a expliqué mardi l’économiste en chef adjoint de la Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, au cours d’un entretien téléphonique. On n’a pas vu d’éclatement de joueurs financiers aux États-Unis comme en 2008.»

À son avis, malgré la vague de baisses sur les marchés mondiaux, les ménages devraient continuer à dépenser et les entreprises ne changeront pas leur fusil d’épaule au chapitre de l’embauche et des investissements.

S’il anticipe un certain retour de la volatilité sur les marchés, Hendrix Vachon, économiste principal au Mouvement Desjardins, n’entrevoit pas de scénario dans lequel d’importants chocs viendraient ébranler l’économie mondiale.

La croissance économique est encore au rendez-vous autant au Canada qu’aux États-Unis, les chômeurs se font rares et les taux d’intérêt, bien qu’ils effectuent une remontée, demeurent à des niveaux relativement bas.

«En 2008, on se doutait que le cycle économique tirait à sa fin, a rappelé M. Vachon. Plusieurs indicateurs, comme l’endettement des ménages américains, étaient au rouge et ne suggéraient pas une reprise rapide. Nous ne sommes pas dans cette situation.»

Pour plusieurs observateurs, l’élément déclencheur de cette panique est survenu vendredi lorsque le département du Travail a fait part d’une croissance de 2,9 % des salaires - la plus forte hausse depuis 2009 - des travailleurs américains.

Même si plusieurs observateurs ont noté qu’une correction était attendue après une décennie de marché haussier, la soudaine chute des marchés a semblé être déclenchée par la publication de données économiques américaines qui permettaient de croire que la croissance des salaires avait finalement décollé. Cela devrait faire accélérer l’inflation et convaincre la Réserve fédérale des États-Unis de procéder à de nouvelles hausses des taux d’intérêt.

«Si le marché boursier devait plonger de 25 %, peut-être que les gens pourraient commencer à s’inquiéter des effets sur l’économie», a relativisé le gestionnaire de portefeuille chez Cote 100, Marc L’Écuyer, voulant se montrer rassurant.

Croissance modérée

Après deux séances où les plongeons ont été marqués sur les places boursières, les observateurs anticipent de la volatilité à court terme avant un retour à des gains plus modérés.

«Cela devrait être le cas au cours des prochaines séances, peut-être même pendant les deux prochaines semaines, a estimé le chef des placements mondiaux chez Fiera Capital, François Bourdon. Il y avait beaucoup de complaisance sur les marchés. N’importe qui faisait de l’argent.»

Même si les places boursières devraient finir par reprendre le chemin de la croissance, tous s’entendent pour dire que les investisseurs devront faire leur deuil des rendements observés l’an dernier aux États-Unis.

En 2017, l’indice élargi S&P 500 de Wall Street - l’équivalent américain du TSX à la Bourse de Toronto - a grimpé d’environ 19 %. La moyenne Dow Jones des valeurs industrielles a pris quelque 25 % et l’indice composé du Nasdaq a bondi de près de 28 %.

«Cela n’était pas normal, a expliqué M. Vachon. On peut davantage s’attendre à un rendement oscillant entre cinq et 10 %, C’est ce qui serait plus raisonnable.»

Chez Cote 100, M. L’Écuyer a abondé dans le même sens, estimant qu’il serait «utopique» pour les investisseurs de penser qu’il sera facile pour la bourse américaine de livrer une performance similaire à celle des 12 derniers mois.

Les corrections sont considérées comme des phénomènes parfaitement normaux pendant les périodes de marchés haussiers, et les baisses de prix peuvent même aider les nouveaux investisseurs à entrer sur le marché. La dernière correction du marché remonte à il y a deux ans, une période considérée comme inhabituellement longue.

«Si les reculs se poursuivent, des occasions d’achat vont se présenter», a souligné M. Bourdon.

M. L’Écuyer s’est toutefois montré plus prudent sur cet aspect, soulignant que malgré le recul, les places boursières étaient à leur niveau d’il y a environ un mois, qui était considéré élevé.

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RETOUR SUR LES ÉVÉNEMENTS DE LUNDI

NEW YORK - Un accident, une chute ou un effondrement?

Les investisseurs se demandent probablement comment interpréter la dégringolade spectaculaire de lundi, après des mois de calme plat. 

La glissade entamée en début de semaine s’est transformée en plongeon vendredi et lundi. L’indice S&P 500 a perdu 6,3 % de sa valeur en deux jours, anéantissant tous les gains engrangés depuis le début de l’année.

Les professionnels estiment que les actions demeurent malgré tout un investissement intéressant, sans pour autant pouvoir garantir que le pire est passé.

Quoi faire? Voici des réponses à quelques questions courantes.

QU’EST-CE QUI S’EST PASSÉ AU JUSTE ?

Un seul facteur n’est pas responsable de la situation.

Les marchés ont commencé à fléchir vendredi, quand des données ont témoigné d’une flambée des salaires en janvier. Cela a engendré des craintes inflationnistes, puisqu’une hausse des salaires entraîne souvent aussi une hausse des prix.

On s’attend déjà à ce que la Réserve fédérale des États-Unis rehausse ses taux d’intérêt à court terme cette année, en raison de la vigueur de l’économie. Mais ces préoccupations inflationnistes font craindre une intervention plus rapide de la Fed. Des coûts d’emprunt plus élevés peuvent finir par être problématiques pour les entreprises qui ont besoin d’argent pour grossir, chassant les investisseurs vers les obligations au détriment des actions.

La panique s’est poursuivie lundi, et plusieurs experts décrivent une correction due de longue date. 

Certains pointent aussi du doigt les algorithmes qui achètent et vendent des actions.

C’ÉTAIT SI GRAVE QUE ÇA ?

Non, pas vraiment.

L’effondrement n’efface que quelques mois de gains. 

De plus, des experts ont noté que des reculs de 10 % et plus sont plus fréquents quand les marchés se portent bien. 

C’est la première fois que ça se produit en deux ans et plusieurs estiment que le cours des actions est trop élevé. Le S&P500 est en déclin de 7,8 % depuis son record du 26 janvier.

«La chute des marchés (lundi), même si elle peut être inquiétante pour les investisseurs, ne nous fait reculer que de deux mois, a dit l’analyste Greg McBride. Les corrections de marchés sont normales, peu importe qu’elles soient stressantes quand elles surviennent.»

ON FAIT QUOI MAINTENANT ?

La réponse est la partie la plus difficile de toute stratégie d’investissement: on reste calme.

«Accrochez-vous, gardez une perspective à long terme et résistez à toute réaction impulsive», conseille M. McBride.

Les investissements doivent s’inscrire dans le cadre d’une stratégie à long terme qui ne sera pas sabordée par quelques jours de pertes. On ne sait pas non plus ce que l’avenir nous réserve.

En cas de malaise, consultez votre conseiller financier. Le moment est peut-être bien choisi de réévaluer votre portefeuille et de vous assurer que sa composition vous convient. Votre portefeuille est peut-être plus riche en action que vous le réalisez, après la poussée de la dernière année.

Des experts y apportent toutefois un bémol: un portefeuille devrait être modifié pour s’adapter aux nouvelles conditions de vie du client, et non en réaction à des titres alarmistes.

Certains investisseurs pourront vouloir profiter de cette chute pour acheter. D’autres pourront vouloir réévaluer leur stratégie. Mais ceux qui décideraient de renoncer entièrement aux actions devraient y réfléchir à deux fois, selon Ken Hevert, le vice-président principal des retraites pour Fidelity Investment.

Les déclins de 5 ou 10 % sont habituellement suivis par des relances plutôt rapides, a-t-il dit, avant d’ajouter que les conditions actuelles favorisent la croissance. Associated Press