Lundi, le premier ministre Justin Trudeau s’entretenait avec la journaliste Nina Easton, lors du Sommet international des femmes les plus puissantes, organisé par le magazine Fortune.

Nouvel ALENA: Trudeau pourrait ratifier l’accord malgré les tarifs douaniers

WASHINGTON — Le premier ministre Justin Trudeau n’exclut pas la possibilité que le Canada ratifie le nouvel accord de libre-échange nord-américain avec les États-Unis et le Mexique même si l’administration Trump ne lève pas les tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium.

Dans une entrevue accordée au réseau CNN — dont certaines parties ont été diffusées mardi matin, alors que les Américains votaient lors d’élections de mi-mandat décisives —, M. Trudeau affirme que le Canada souhaite toujours que les droits de douane soient levés avant l’entrée en vigueur de la nouvelle version de l’ALENA.

«Les tarifs sur l’acier et l’aluminium constituent une frustration constante», a déclaré M. Trudeau à la journaliste Poppy Harlow, qui s’est entretenue avec le premier ministre lundi, à Montréal, en marge du Sommet international des femmes les plus puissantes, organisé par le magazine Fortune.

«Nous préférerions de beaucoup un véritable libre-échange avec les États-Unis. Nous allons donc continuer à travailler dès que nous le pourrons pour éliminer ces tarifs, mais nous ne sommes pas prêts à affirmer que nous ne signerions pas autrement», a précisé M. Trudeau.

Le président Trump invoque des motifs de sécurité nationale pour justifier des tarifs douaniers de 10 % sur l’aluminium produit à l’extérieur des États-Unis, et de 25 % sur l’acier.

La journaliste a ensuite demandé à M. Trudeau s’il espérait que le président Trump respecterait les termes du nouvel Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC), en citant ce qu’elle qualifiait de conseil du père du premier ministre, Pierre Elliott Trudeau : «Faire confiance aux gens».

«Ce que mon père m’a appris, c’est de faire confiance aux Canadiens», a répondu M. Trudeau. «Il ne faut pas prendre les électeurs pour des imbéciles, ou les effrayer avec ceci ou cela : il faut plutôt traiter les gens comme des acteurs intelligents et rationnels, et ils se montreront à la hauteur.»

Travailler avec les deux partis

Alors que les électeurs américains se rendent aux urnes mardi pour les élections de mi-mandat, les sondages suggèrent une majorité démocrate à la Chambre des représentants, les républicains conservant le contrôle du Sénat. Le Canada surveille ces résultats de près, a admis M. Trudeau, mais Ottawa travaillera avec ceux que les Américains auront choisis.

À son arrivée mardi à la réunion du cabinet, à Ottawa, M. Trudeau n’a pas voulu s’immiscer dans les élections de mi-mandat. «Nous avons travaillé très fort, ces dernières années, pour œuvrer étroitement avec les deux partis au Congrès, et nous allons poursuivre dans cette voie», a-t-il déclaré en anglais.

Le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, a utilisé à peu près les mêmes termes en français. «On travaille depuis le début avec les deux partis, avec les deux chambres depuis notre élection, on va continuer de le faire dans l’intérêt des Canadiens», a indiqué l’ex-ministre du Commerce international.

Le ministre des Transports, Marc Garneau, est allé un peu plus loin : «Ça pourrait avoir des conséquences dans une foule de différents domaines, dans nos relations avec les États-Unis» s’il y avait des changements au Congrès, a-t-il estimé.

On ignore encore ce que pourrait signifier un Congrès divisé pour l’avenir de l’AEUMC, qui ne sera vraisemblablement pas ratifié aux États-Unis avant le printemps prochain.

Lorsque la journaliste de CNN lui demandait lundi s’il fallait faire confiance à M. Trump, le premier ministre a répondu : «Chaque leader a la tâche de défendre son pays, et il le fera à sa manière.»

«Je respecte le fait que les gens aient des approches différentes. Mon approche consiste à faire confiance aux Canadiens et à traiter de façon directe avec les autres leaders.»

+

TRUDEAU ÉTAIT INTRAITABLE SUR LE DOSSIER CULTUREL, DIT L'AMBASSADRICE AMÉRICAINE

Le premier ministre Justin Trudeau était intraitable sur le dossier culturel, a déclaré l’ambassadrice américaine au Canada, Kelly Craft, en partageant certains détails des négociations de l’ALÉNA, depuis renommé Accord États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC).

Mme Craft a fait cette déclaration à Montréal mardi, alors qu’elle participait à un entretien sur scène dans le cadre du Sommet international des femmes les plus puissantes organisé par le magazine «Fortune».

Pour elle, le dossier culturel a été la surprise des négociations.

Mais le fait d’avoir été présente à Montréal où se déroulait une partie des discussions lui a permis de comprendre son importance, a-t-elle confié.

L’exception culturelle canadienne a été maintenue dans le nouvel accord: cette exception protège la culture canadienne du libre marché et fait en sorte que les produits culturels ne seront pas traités comme les autres biens de consommation.

Mme Craft, première femme à être ambassadrice des États-Unis au Canada, se trouvait dans la salle avec les négociateurs de l’accord commercial.

Nommée en octobre 2017 par le président américain Donald Trump, elle s’est retrouvée en plein coeur du débat dès ses débuts en poste.

Ce qui l’a marquée durant cette période, c’est comment le président était loyal envers les travailleurs. Elle a rapporté que chaque fois qu’elle a quitté le Bureau ovale à la Maison-Blanche, il lui rappelait de ne pas oublier les travailleurs et les fermiers dans le cadre des négociations.

Kelly Craft va aussi entreprendre dès décembre une tournée avec l’ambassadeur canadien aux États-Unis, David MacNaughton. La tournée, surnommée «Mac et Craft» (Mac and Craft chats, en anglais), a pour objectif d’écouter les préoccupations des entreprises par rapport au commerce transfrontalier, en lien avec la conclusion de l’accord le 30 septembre dernier.