Le ministre Mathieu Lacombe estime que les mesures annoncées par son gouvernement pour aider le milieu forestier de l’Outaouais sont bien avisées.

Mesures d’aide au milieu forestier de l'Outaouais: une «solution responsable»

Le ministre responsable de l’Outaouais et député de Papineau, Mathieu Lacombe, estime que les mesures annoncées par Québec pour venir en aide au milieu forestier régional représentent une « solution responsable » dans le but d’assurer la survie des entreprises à court terme et de garantir la viabilité de l’industrie pour le futur.

Québec a annoncé vendredi un soutien financier maximal de 5,3 millions de dollars destinés à l’industrie forestière de l’Outaouais et des Laurentides qui a vu sa structure être sérieusement ébranlée depuis que l’usine Fortress de Thurso a cessé ses opérations en octobre.

La « mesure de soutien exceptionnelle » doit servir à réduire les impacts de cette fermeture sur les entreprises forestières de la région en permettant d’éponger les frais additionnels engendrés par le déplacement des volumes de bois qui seront redirigés vers l’usine de Domtar située à Windsor, en Estrie, a confirmé le ministre Lacombe.

« L’entreprise qui a accepté de faire une entente avec nous, c’est Domtar, en Estrie. Domtar va acheter le bois de nos entreprises et de celles des Laurentides, même si, à première vue, ce n’est pas une bonne décision d’affaires pour eux. C’est la raison pour laquelle le gouvernement vient compenser financièrement Domtar pour qu’elle puisse faire ces achats de bois, le temps qu’on stabilise la situation en Outaouais et dans les Laurentides et qu’on trouve une solution à long terme », a expliqué M. Lacombe.

Même si l’entente entre Domtar et Québec est « techniquement » en vigueur jusqu’en mars 2021, avec les volumes de bois consentis, cette mesure passerelle devrait permettre aux entreprises forestières de la région de tenir le coup durant tout au plus « quelques mois », a précisé M. Lacombe.

Cette aide financière ne permet cependant pas à Lauzon Planchers de bois exclusifs de redémarrer ses opérations en forêt. L’entreprise basée à Papineauville, qui vendait ses copeaux à Fortress Global, a cessé ses coupes en milieu forestier, il y a deux semaines, mettant fin à 165 emplois. Le provincial tente présentement d’identifier une avenue pour soutenir Lauzon Planchers de bois exclusif, a confirmé le ministre Lacombe.

« La solution qu’on propose aujourd’hui, elle est bonne pour la majorité des entreprises de l’Outaouais et des Laurentides qui sont affectées par la fermeture de Fortress. Par contre, dans le cas de Lauzon, la situation est plus particulière. Ils nous ont fait des représentations à l’effet que leurs coûts sont plus élevés que les autres joueurs, ce qui fait que le programme qu’on propose leur ferait encore perdre de l’argent. On a convenu avec eux de travailler pour être capable, dans les prochaines heures ou les prochains jours, d’en arriver à une mesure personnalisée qui sera bonne pour eux et qui leur permettra de poursuivre leurs opérations », a mentionné M. Lacombe.

Arrêter de gérer « à la petite semaine »

Si cette aide financière représente un soutien temporaire, Québec a du même souffle annoncé, vendredi, la mise sur pied d’une « cellule d’intervention spéciale » qui réunira les intervenants régionaux et gouvernementaux, ainsi que des représentants de l’industrie, une demande qui avait, tout comme une aide financière transitoire, été logée il y a un peu moins de deux semaines par des élus et représentants de l’industrie de l’Outaouais, au terme d’une réunion d’urgence tenue à Thurso.

Le mandat de ce groupe de travail sera de cibler des solutions permanentes pour garantir la continuité des opérations forestières en Outaouais et dans les Laurentides. Le ministre Lacombe a d’ailleurs admis, vendredi, que le temps était venu de « régler le problème une bonne fois pour toutes » afin d’éviter que le provincial ait constamment à courir au secours des forestières.

Depuis septembre, ce sont près de 20 millions qui ont été mis sur la table par Québec, en réaction à la crise forestière. Rappelons que Fortress Global avait obtenu un premier prêt de 5 millions en septembre, après quoi le gouvernement Legault lui a consenti un second prêt de 8 millions de dollars, le mois dernier. Cette dernière enveloppe doit permettre à la papetière de conserver ses actifs pour la durée de sa fermeture temporaire, en attendant de trouver un repreneur.

« La cellule qui va être en place, son mandat sera d’identifier pourquoi ça ne fonctionne pas, notamment en Outaouais, et qu’est-ce qu’on peut faire pour améliorer la situation. On a un régime forestier qui amène certains défis et ces défis, il faut être capable de leur trouver des solutions. Si on ne trouve pas de solutions, on sera toujours pris à gérer à la petite semaine et à éponger les fermetures avec des millions à gauche et à droite. Je ne pense pas que c’est comme ça qu’on doit gérer l’argent des contribuables », a affirmé le ministre responsable de l’Outaouais.

Les personnes qui siégeront au sein de cette « cellule d’intervention spéciale » seront nommées le 12 décembre, lors de la première rencontre du comité à laquelle assistera le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour. La présence de la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche, a déjà été confirmée par M. Dufour, par le biais de Facebook, vendredi.

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UNE RÉFONTE DU RÉGIME FORESTIER EXIGÉE

L’intervention du gouvernement provincial pour freiner momentanément l’hémorragie dans le secteur forestier de l’Outaouais réjouit les élus municipaux qui soutiennent malgré tout que la viabilité de l’industrie, sur le long terme, passera par une refonte du régime forestier québécois qui doit être adapté à la forêt mixte du territoire de l’Outaouais.

«On a répondu à nos deux demandes rapidement et je suis très contente, mais ça ne s’arrête pas là. Je veux plus», a commenté Chantal Lamarche, préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, vendredi, quelques heures après l’annonce du gouvernement Legault.

Mme Lamarche, qui a obtenu la confirmation qu’elle pourra siéger sur la «cellule d’intervention spéciale» dont le mandat sera de solutionner les enjeux du secteur forestier en Outaouais, souhaite que le groupe de travail, qui tiendra une première réunion le 12 décembre, cible des actions rapidement.

«On a une forêt particulière en Outaouais, avec du résineux, du bois dur et du bois mou, qui fait que les coûts d’opération de nos forestières montent de 30% quand elles font de la coupe. Il faudra que tout le monde, dans les ministères, mette de l’eau dans son vin pour adapter le régime forestier», a réagi Mme Lamarche.

Le préfet de la MRC de Papineau et maire de Thurso, Benoît Lauzon applaudit la mesure financière mise de l’avant par le gouvernement. Selon M. Lauzon, c’est toutefois les conclusions qui émaneront du comité spécial qui dicteront le futur de l’industrie. 

«C’est vraiment un plaster qu’on vient mettre. Je suis d’avis que la meilleure solution, ce n’est pas d’injecter des millions dans l’industrie forestière. La meilleure solution, c’est de donner aux forestières les outils nécessaires pour être capables d’opérer. Quand on parle du régime forestier, tout le côté protection de nos forêts est extrêmement important et doit demeurer une priorité. Par contre, la planification et la gestion qui sont en place dans les aires de coupe, ça doit être revu pour pouvoir diminuer le coût d’approvisionnement de nos usines. Il faut que cette industrie devienne viable, comme c’était le cas il y a plusieurs années, sans que le gouvernement ait à injecter des millions à l’intérieur», a affirmé M. Lauzon.