Lino A. Saputo Jr.

Même avec Murray Goulburn, Saputo a de l’appétit pour d’autres acquisitions

MONTRÉAL - Saputo a toujours de l’appétit pour d’autres acquisitions, mais pour continuer à prendre de grosses bouchées, l’entreprise devra commencer à regarder ailleurs qu’en Australie, reconnaît son président et chef de la direction, Lino Saputo fils.

Toujours intéressé à acheter aux États-Unis, au Canada ainsi qu’en Amérique latine, l’homme d’affaires est même allé jusqu’à évoquer un retour en Europe, si la bonne occasion se présente, afin d’asseoir la croissance de la multinationale.

«Il nous faudra cependant une entreprise qui nous offre la possibilité de contrôler notre destin, a-t-il dit, jeudi, au cours d’une entrevue téléphonique avec La Presse canadienne. Ce n’était pas le cas autrefois.»

M. Saputo analysait les occasions de croissance après avoir vu 98 pour cent des actionnaires de Murray Goulburn voter en faveur de son offre d’achat de 1,3 milliard $ CAN. Cette transaction permettra à l’entreprise établie à Montréal de devenir le plus important transformateur laitier d’Australie, où elle est présente depuis 2014 grâce à l’acquisition de Warrnambool Cheese & Butter.

Après avoir mis les pieds sur le Vieux-Continent en 2006, Saputo s’était retirée du marché européen en 2013 en mettant la clé sous la porte de ses usines en Allemagne et au Royaume-Uni.

«Si on y retourne, nous devrons avoir une taille raisonnable et proposer plus qu’un seul produit, comme c’était le cas dans le passé avec le fromage mozzarella», a expliqué M. Saputo.

À son avis, il serait «difficile» de tenter une autre expérience en sol européen sans être en mesure d’avaler une entreprise dont le chiffre d’affaires annuel est d’au moins 1 milliard $.

Des craintes

Pour acquérir Murray Goulburn, le géant québécois a dû apaiser les craintes des autorités réglementaires australiennes, qui craignaient notamment qu’un aspect de la transaction fasse dégringoler les prix offerts aux producteurs laitiers.

Ainsi, Saputo se délestera de l’usine de Koroit, exploitée par la coopérative australienne dans l’État de Victoria, qui sera vendue à un acheteur qui devra préalablement avoir obtenu l’approbation de l’agence responsable de la concurrence et de la défense des consommateurs.

«Nous pourrons probablement faire d’autres petites acquisitions (en Australie), mais nous serons limités en raison de notre taille», a expliqué le grand patron du géant québécois des produits laitiers.

En Australie, la croissance risque de se faire plutôt à l’interne, a précisé M, Saputo, étant donné que les 11 usines de fabrication de Murray Goulburn situées dans ce pays ainsi qu’en Chine sont loin de fonctionner à plein régime.

Éprouvant des difficultés financières depuis des années, la coopérative australienne a vu ses volumes de lait plonger d’environ 30 pour cent, à 1,1 milliard de litres, pendant le premier semestre de l’exercice 2018 terminé le 31 décembre.

«À compter du 1er mai, où nous pourrons gérer les actifs de Murray Goulburn, le vrai travail va commencer, a dit le dirigeant de Saputo. Notre priorité sera de convaincre de nombreux producteurs à revenir dans le giron de la coopérative.»

Il faudrait jusqu’à trois ans pour redresser la barre, a-t-il ajouté, soulignant que cette période pourrait s’avérer «difficile».

Profiter des turbulences

Même si les prix des produits laitiers dérivés sont «très bas» en raison d’une offre mondiale excédentaire, Saputo se croit capable de traverser cette période turbulente tout en profitant du malheur de certains joueurs de l’industrie pour réaliser une acquisition.

«Peut-être qu’il y aura un impact dans nos résultats, mais nous demeurons une compagnie profitable, a affirmé M. Saputo. Nous sommes dans une situation où nous pouvons faire des acquisitions, surtout avec des entreprises qui éprouvent des difficultés.»

Selon Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, le géant des produits laitiers dispose d’environ 3 milliards $ pour poursuivre ses emplettes.

«Cela fait trois ans que Saputo n’a pas réalisé une acquisition majeure aux États-Unis», a souligné l’analyste dans une note, ajoutant que d’autres transactions de moins grande envergure étaient possibles en Australie ainsi qu’en Nouvelle-Zélande.

En plus d’avoir les reins assez solides, M. Saputo estime que l’entreprise dispose également des ressources nécessaires pour à la fois relancer Murray Goulburn tout en continuant de magasiner ailleurs dans le monde.