Mayrand veut s’installer à Gatineau

Un important joueur du secteur de l’alimentation envisage de percer le marché de l’Outaouais. Le Droit a appris que le grossiste québécois Mayrand, qui n’est présent que dans la région de Montréal depuis sa naissance il y a plus d’un siècle, lorgne sérieusement Gatineau dans son plan d’expansion.

« On a des sites identifiés. La recherche se fait dans le noyau urbain. On s’installe souvent près des boulevards, des autoroutes. On va là où il y a du monde », affirme le président et chef de la direction de la bannière, Mario Bélanger.

L’entreprise, qui se décrit comme « un secret bien gardé », occupe un créneau entre Costco et les supermarchés traditionnels comme IGA, Metro ou encore Provigo.

Mayrand, qui vend à la fois des aliments en gros ou à l’unité sans obligation d’être détenteur d’une carte de membre, permet aux restaurateurs, aux traiteurs et au grand public d’avoir accès à une offre de plus de 10 000 produits, des fruits aux légumes à la boucherie en passant par la poissonnerie, la boulangerie, les fromages, la charcuterie, les produits d’emballage et d’entretien ainsi qu’un large éventail d’articles de cuisine.

« A priori, nous sommes une destination qui sert les restaurateurs. Quand on vend pour 100 $, 40 % provient des restaurants, mais le reste de la clientèle est composé de gens qui sont fous de la bouffe, de foodies, de monsieur et madame tout-le-monde qui aime faire de la popote. [...] Vous allez retrouver des sections de produits frais, comme les fruits et légumes, où on peut avoir jusqu’à 700 items. Aucune épicerie n’a cela. On peut aussi compter jusqu’à 800 fromages. Notre offre de charcuterie est assez particulière et on a des viandes fraîches préparées et coupées sur place. On a de vrais bouchers sur place, comme dans le temps. L’expérience de magasinage qui est un peu comme une chasse aux trésors », explique M. Bélanger.

On compte présentement deux magasins Mayrand à travers la province, dans l’arrondissement Anjou à Montréal ainsi qu’à Brossard. Cette seconde adresse a été inaugurée à la mi-juillet, en pleine pandémie de COVID-19. Le détaillant ouvrira un autre magasin cet automne, cette fois à Laval, alors qu’il envisage de s’installer à Saint-Jérôme quelques mois plus tard.

C’est à plus long terme que la compagnie dont les prochains magasins auront une superficie de 40 à 50 000 pieds carrés souhaite avoir pignon sur rue en sol gatinois. Une étude de marché a été effectuée, mais le projet est encore embryonnaire.

Refusant de dire si des discussions ont déjà eu lieu avec la Ville de Gatineau, M. Bélanger précise cependant que « plus d’un site » a été exploré.

Le grossiste québécois Mayrand occupe un créneau entre Costco et les supermarchés traditionnels comme IGA, Metro ou encore Provigo.

La bannière fondée en 1914 lorgne Gatineau et sa périphérie pour plusieurs raisons.

« Le marché est composé de beaucoup de restaurateurs. C’est aussi un marché quand même pur. Il n’y a pas vraiment de compétition dans notre niche, c’est une expérience qu’on ne retrouve pas ailleurs. C’est une offre carrément différente et le concept est épuré. C’est un vrai cash and carry, comme on dit. Et c’est certain qu’en entrant dans un marché que nous n’avons pas encore pénétré, les chances de succès sont là », note l’homme d’affaires.

Il est beaucoup trop tôt pour parler d’un échéancier, précise M. Bélanger, qui rappelle que de nombreux facteurs peuvent venir influencer l’avancement d’un projet d’ouverture de commerce. Par exemple, cette année, la COVID-19 a joué les trouble-fête.

« Je ne peux pas dire si c’est dans un, deux ans. À Brossard, on a débuté le projet à l’automne 2018 et on vient d’ouvrir », dit-il.

L’ouverture d’un magasin Mayrand se traduit par la création d’environ 80 emplois. À Anjou, on en dénombre même 150.

De la place dans le marché ?

Selon le professeur honoraire en marketing de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Normand Bourgault, même si Gatineau compte plusieurs magasins d’alimentation, il peut y avoir de la place pour un nouveau joueur comme Mayrand dans l’industrie.

« Je pense qu’il y a de la place dans le marché, surtout s’ils sont un peu différents et qu’ils ont une fibre locale, avec des preuves en magasin qu’il y a des produits locaux. Une approche client empathique, tournée vers les conseils, aurait aussi sa place », analyse-t-il, soulignant par ailleurs que même dans la quatrième plus grande ville au Québec, il existe certains déserts alimentaires.

Précisant que les supermarchés de plus petite taille ont la cote et qu’une bannière comme Costco est très populaire dans la région, il s’attend à une saine compétition

« Ça risque d’être une bataille de titans », conclut-il.