Matériel roulant: Alstom confirme des discussions avec Siemens

Après des rumeurs de rapprochement avec Bombardier, Siemens s'est tournée vers Alstom, avec qui elle pourrait bien décider de regrouper ses activités de matériel roulant.
Le géant français Alstom a confirmé, vendredi, par l'entremise d'un bref communiqué, qu'il y avait bel et bien des pourparlers avec son concurrent allemand et que les discussions se poursuivaient.
«Aucune décision n'a été prise et aucun accord n'a été conclu», précise Alstom.
Néanmoins, selon le quotidien français «Le Monde», un accord pourrait être annoncé dès mardi, alors que le conseil d'administration de la société française doit se réunir.
Cette annonce a semblé peser sur le titre de Bombardier, qui a terminé la semaine sur une mauvaise note à la Bourse de Toronto en clôturant à 2,23 $, en baisse de 5,91 %, ou 14 cents.
Plus tôt cette année, des reportages avaient fait état d'échanges entre la multinationale québécoise et Siemens afin de regrouper Bombardier Transport - dont le siège social se trouve à Berlin, en Allemagne - et Siemens Mobility Rail Solutions, une coentreprise qui fabrique des trains ainsi que de l'équipement de signalisation ferroviaire.
Un tel regroupement - dont la valeur était estimée à environ 14 milliards $ - visait à permettre aux deux entreprises de mieux concurrencer le géant chinois du matériel roulant China Railway Rolling Stock Corporation (CRRC).
«Nous ne commentons pas les initiatives spécifiques impliquant nos concurrents», a affirmé un porte-parole de Bombardier, Simon Letendre, dans un courriel.
Ce n'est pas la première fois qu'un regroupement des divisions de matériel roulant de Bombardier et Siemens est évoqué, puisqu'en 2015 le «Wall Street Journal» avait avancé un scénario similaire qui avait été nié par l'entreprise québécoise. Au cours des derniers mois, un site français avait avancé que Bombardier était intéressé à une partie du capital d'Alstom. En 2014, Siemens avait tenté sans succès de mettre la main sur la société française.
Lorsque Bombardier avait vendu 30 % de Bombardier Transport à la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), en 2015, la transaction attribuait une valeur de 5 milliards $ US à sa division de matériel roulant.
Au moment de l'annonce de l'entente, en novembre 2015, le président et chef de la direction de Bombardier, Alain Bellemare, n'avait pas écarté que la compagnie puisse participer à la consolidation du secteur ferroviaire, alors que le bas de laine des Québécois avait dit qu'il ne comptait pas s'opposer à des «occasions créatrices de valeur».
Louis Hébert, professeur et spécialiste des fusions et acquisitions, estime qu'il est logique que Siemens tente un rapprochement avec Alstom.
«Cela consolide le marché en Europe et cela permet d'avoir un véritable champion européen, et ce, même si le siège social de Bombardier Transport est en Allemagne, a-t-il expliqué au cours d'un entretien téléphonique. D'un point de vue politique, cela pourrait être bien reçu.»
Advenant que la division ferroviaire de Bombardier se retrouve «seule dans son coin», cela n'enverrait pas des signaux positifs, croit M. Hébert, ajoutant qu'une fusion entre Siemens et Alstom pourrait provoquer un effet domino.
Selon lui, d'autres joueurs, comme Hitachi ou la société espagnole CAF, pourraient être intéressés à se marier.
«C'est toute l'industrie qui va regarder avec qui s'associer, affirme M. Hébert. Aussi, les négociations de Siemens avec Alstom ne sont peut-être qu'une tactique pour obtenir de meilleures conditions avec Bombardier.»
Pour les six premiers mois de l'année financière en cours, Bombardier Transport a généré des revenus de 3,9 milliards $ US, en progression de 1,5 % par rapport à la même période en 2016. Son carnet de commandes était de 32,7 milliards $ US, comparativement à 30,1 milliards $ US en date du 31 décembre 2016.