Marcel Groleau, président général de l'UPA

L'UPA exige des sous pour des terres perdues

L’Union des producteurs agricoles (UPA) demande au prochain gouvernement de dédommager financièrement les producteurs pour les «biens et les services environnementaux qu’ils rendent à la société».

Par exemple, selon l’UPA, un producteur agricole qui ne peut pas cultiver un lopin de terre à proximité d’un cours d’eau pour préserver l’environnement ou pour répondre à la réglementation en vigueur devrait recevoir une compensation financière pour pallier la perte de revenus.

Ou, comme autre exemple, l’UPA avance qu’un producteur maraîcher ne pouvant pas cultiver ses terres noires, car elles sont considérées comme des milieux humides par le ministère de l’Environnement, devrait aussi recevoir un montant d’argent pour atténuer l’impact financier.

«C’est un défi qu’on lance au gouvernement. Les attentes sociétales en matière d’environnement sont élevées. Les producteurs veulent contribuer, mais si on veut avancer en agroenvironnement, c’est par l’accompagnement de nos producteurs et l’investissement dans l’amélioration des pratiques», indique au Soleil le président général de l’UPA, Marcel Groleau.

«De plus en plus dans les nouveaux règlements pour protéger l’environnement, on exclut de l’usage agricole des portions de territoire. On estime que ce type de biens et de services devrait maintenant être rémunéré. [...] On ne peut pas seulement demander aux producteurs de défrayer les coûts de ces mesures», poursuit-il.

Pas une première

Selon son organisation, une telle rétribution ne serait pas une première à travers le monde. Plusieurs pays possèdent déjà des mesures similaires. Entre autres, aux États-Unis, en Écosse, en France, en Finlande, au Royaume-Uni et en Suisse.

L’UPA calcule qu’un producteur de grains qui doit cesser à la suite d'une demande du ministère de l’Environnement de cultiver 20 de ses 400 hectares (ha) de terres — à 500 $ de revenu par ha — pourrait voir ses recettes annuelles amputer de 10 000 $.

Pour un producteur maraîcher privé d’une terre noire, le manque à gagner s’élève à 20 000 $.

Cette demande s’inscrit dans la «liste d’épicerie» de l’organisation pour les futurs patrons du Québec. L’UPA souhaite également qu’ils s’engagent à mettre sur pied un véritable «plan vert agricole» et à revoir la réglementation québécoise.

Impensable

Selon la direction, le statu quo au sujet de certaines normes en vigueur est impensable.

La situation actuelle pourrait devenir «invivable» pour les entreprises agricoles et forestières si le gouvernement maintient des normes désuètes ou s’il instaure de nouvelles exigences, prévient-elle.

Le plan vert agricole proposé par l’UPA prévoit notamment de hausser les fonds octroyés aux centres de recherche, de lever l’interdiction d’augmenter les superficies en culture et réviser les règles permettant de les accroître, d’élargir le réseau de distribution électrique triphasé, d’exempter les activités agricoles et forestières du règlement sur les compensations pour atteinte aux milieux humides et hydriques et de promouvoir et soutenir adéquatement la production biologique.

Le plan vert de l’UPA nécessiterait des investissements d’environ 100 millions $ par an, dont 40 millions $ proviendraient du Fonds vert.

Mardi, M. Groleau n’était pas en mesure de fournir une estimation des coûts pour l’instauration de la mesure visant à dédommager financièrement les producteurs pour la perte de leurs terres. Ce montant est inclus dans le plan vert de 100 millions $.