Charles Sousa, ministre des Finances en Ontario

L’Ontario présente un budget préélectoral dépensier

TORONTO - À dix semaines des élections générales, le gouvernement libéral de l’Ontario a déposé mercredi un ultime budget qui prévoit des milliards de dollars dans la santé, les garderies et autres programmes sociaux - mais aussi un retour aux déficits pour les prochaines années.

À l’instar des libéraux du Québec, mardi, les libéraux de Kathleen Wynne ont saupoudré leurs largesses dans toutes les strates de l’électorat ontarien. Au risque de renouer avec les déficits budgétaires.

Après avoir affiché l’an dernier des surplus pour la première fois depuis dix ans, le gouvernement libéral revient ainsi sur sa promesse d’équilibrer le budget encore une année: il prévoit plutôt un déficit de 6,7 milliards $ en 2018-2019, et ne croit pas pouvoir annoncer de déficits zéro avant six ans - au-delà même de l’autre scrutin en 2022.

Le gouvernement avait déjà prévenu que le budget engendrerait un déficit d’environ 1 pour cent du produit intérieur brut de la province, soit quelque 8 milliards $. Il faut dire que le taux de chômage en Ontario, à 5,5 pour cent, n’a jamais été aussi bas depuis 20 ans, ce qui augure bien pour les recettes fiscales. La dette nette de la province devrait quant à elle atteindre 325 milliards $ cette année, comparativement à 308,2 milliards $ en 2017-2018.

Avec ces dépenses tous azimuts, le ministre des Finances, Charles Sousa, s’est bien défendu de présenter un budget préélectoral. «Nous prenons des décisions sur le long terme, basées sur nos décisions antérieures», a-t-il dit. «Notre responsabilité, à titre de gouvernement (...) c’est de protéger les Ontariens et permettre leur mieux-être.»

Plusieurs des mesures prévues dans ce budget de 158,5 milliards $ avaient déjà été égrenées par les politiciens au cours des derniers jours. On apprend toutefois certains détails d’un nouveau régime d’assurance médicaments et soins dentaires pour les Ontariens qui ne sont pas couverts par un autre régime. Ce programme, qui serait lancé à l’été 2019, coûterait 800 millions $ les deux premières années. Il prévoit le remboursement de 80 pour cent des frais de médicaments et de soins dentaires, jusqu’à concurrence de 400 $ pour les personnes seules et 600 $ pour les couples, plus 50 $ par enfant.

Le ministre Sousa a aussi annoncé un nouveau programme pour aider les aînés de plus de 75 ans à demeurer dans leur maison: ce seul programme devrait coûter un milliard de dollars sur trois ans.

Peu de nouvelles recettes

En dépit des nombreuses nouvelles dépenses, ce budget ne prévoit pas de nouvelles recettes fiscales majeures. Le gouvernement a notamment annoncé une nouvelle hausse de la taxe sur le tabac, dans le cadre d’une initiative triennale pour faire augmenter de 10 $ le prix d’une cartouche de cigarettes d’ici 2019-2020.

Le nouveau chef du Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, Doug Ford, a dénoncé le niveau d’endettement, et il promet de s’y attaquer s’il est élu en juin. «Vous ne pouvez pas vous occuper des plus vulnérables de la société si vous traînez des milliards de dettes», a-t-il soutenu. «Nous versons un milliard par mois au service de la dette. Avez-vous une idée du nombre de familles que l’on pourrait aider avec un milliard de dollars par mois? C’est ce qu’il faut faire: assainir les finances publiques.»

La chef du Nouveau Parti démocratique, Andrea Horwath, a quant à elle qualifié ce budget de vile tentative de gagner des votes. Elle refuse par ailleurs d’y voir un «budget de gauche», parce que les programmes annoncés laissent de côté de nombreux Ontariens, selon elle.

Les libéraux, au pouvoir depuis 15 ans en Ontario, avaient annoncé déjà, mardi, un ambitieux programme de 2,2 milliards $ pour offrir, à compter de 2020, la garderie gratuite à plein temps dans un service autorisé pour les enfants de deux ans et demi et plus, jusqu’à ce qu’ils soient admissibles à la maternelle quatre ans.

Watson satisfait du budget ontarien

Le maire d’Ottawa, Jim Watson, s’est dit satisfait des mesures prises dans le budget provincial de l’Ontario adopté mercredi, dernier budget du gouvernement de Kathleen Wynne avant le scrutin provincial prévu dans 10 semaines. 

Par voie de déclaration écrite, le maire Watson s’est dit réjoui par l’injection de 1,8 milliard de dollars pour la conception et la construction du nouveau Campus Civic de l’Hôpital d’Ottawa. 

Le premier magistrat a également applaudi l’enveloppe de 38 millions destinée à hausser le budget de fonctionnement des différents hôpitaux de la ville. 

« Le maire est encouragé de constater que la province continue d’investir dans notre économie par l’entremise du Fonds de développement de l’Est de l’Ontario. Cet investissement additionnel de 100 millions de dollars sur 10 ans aidera à créer et maintenir des milliers d’emplois locaux et favorisera l’attrait d’investissements privés importants à Ottawa », a-t-il ajouté dans sa déclaration. 

M. Watson s’est aussi dit satisfait de l’engagement financier annoncé pour l’agrandissement de l’aréna de Blackburn de même que de la création d’un nouveau carrefour communautaire à la Coopérative multiservice francophone de l’ouest, en partenariat avec le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario. 

« Ce carrefour augmentera l’accès aux services en français pour les familles francophones de l’ouest d’Ottawa, notamment en ce qui a trait aux programmes de formation, aux services sociaux, légaux et d’intégration, ainsi que les soins de garde et de santé », a-t-il affirmé.

Voici cinq éléments clés du budget libéral de l’Ontario présenté mercredi:

CONTEXTE POLITIQUE: ce budget de 158,5 milliards $ est le dernier des libéraux avant le scrutin du 7 juin. Au pouvoir depuis 15 ans, les libéraux tirent de l’arrière dans les sondages, notamment à cause de la hausse des tarifs d’électricité et de la vente d’actions d’Hydro One. Les semaines précédant le budget, les libéraux ont procédé à plusieurs annonces importantes, une «distribution de bonbons électoraux» dénoncée par l’opposition.

DÉFICITS ET DETTE: le gouvernement revient sur sa promesse d’afficher des surplus encore cette année, et prévoit plutôt un déficit de 6,7 milliards $ en 2018-2019, et un retour à l’équilibre budgétaire en 2024-2025. La dette nette devrait atteindre 325 milliards $ cette année, comparativement à 308,2 milliards $ en 2017-2018. Le service de la dette devrait être le quatrième poste budgétaire du gouvernement, après la santé, l’éducation et les services sociaux.

SOINS DENTAIRES: au-delà des annonces déjà connues, le budget a donné des détails sur un régime d’assurance médicaments et soins dentaires pour les Ontariens qui ne sont pas couverts par un autre régime. Ce programme, qui serait lancé à l’été 2019, coûterait 800 millions $ les deux premières années. Il prévoit le remboursement de 80 pour cent des frais de médicaments et de soins dentaires, jusqu’à concurrence de 400 $ pour les personnes seules et de 600 $ pour les couples, plus 50 $ par enfant. Les néo-démocrates avaient déjà promis d’offrir les soins dentaires pour les étudiants, les personnes âgées et les chômeurs d’ici 2020.

SANTÉ: c’est ce secteur qui obtient la part du lion des hausses de dépenses, avec 2,1 milliards $ sur quatre ans pour la santé mentale et 822 millions $ pour les hôpitaux. Le plus grand hôpital pour enfants de la province, à Toronto, recevra à lui seul 2,4 milliards $ pour son projet de rénovation étalé sur 10 ans. Les libéraux promettent aussi de créer 30 000 nouvelles places sur 10 ans en soins de longue durée.

AÎNÉS: le gouvernement promet d’investir un milliard sur trois ans, à compter de 2019-2020, pour aider les personnes âgées de 75 ans et plus à demeurer chez elles, en versant jusqu’à 750 $ pour l’entretien général. Les aînés ne seront plus tenus, par ailleurs, de débourser une franchise ou une quote-part dans le cadre du programme provincial d’assurance médicaments, à compter d’août 2019. Ce programme, qui leur fera économiser annuellement en moyenne 240 $, coûtera à la province 575 millions $ par année une fois complètement implanté.