Le président de l’AFO, Colin Jolin
Le président de l’AFO, Colin Jolin

L’Ontario français à l’assaut de nouveaux marchés

Alors que s’amorce la relance économique, l’Ontario français lance un outil d’opération marketing destiné à convaincre les investisseurs et entrepreneurs étrangers de la francophonie à venir brasser des affaires dans la province.

«L’Ontario français ouvert aux affaires» : voilà le titre d’un guide qu’entend distribuer dans les ambassades, ainsi qu’aux différents paliers de gouvernement et lors de missions économiques l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et la Société économique de l’Ontario (SÉO).

«On veut ouvrir les portes partout, affirme le président de l’AFO, Colin Jolin. On a tendance à croire que l’Ontario, c’est anglais. Alors, on veut s’assurer avec la diffusion de notre document que les gens soient bien conscients qu’il y a 744 000 francophones en Ontario et quelque 1,5 million de personnes qui parlent le français», poursuit-il.

Cette initiative survient quatre ans après que l’Ontario a obtenu un siège d’observateur à l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), qui regroupe plus de 80 États membres.

«On veut promouvoir les services qu’on peut offrir à l’international. On pose certaines actions, mais on n’est pas sûr qu’on est bien positionné dans tous les pays francophones», renchérit le président du conseil d’administration de la SÉO, Denis Laframboise.

Le document coloré et bilingue d’une trentaine de pages - produit par les deux organismes franco-ontariens - vise à positionner la province comme une destination de choix pour le commerce international avec les pays francophones. On y vante la présence d’une main-d’oeuvre francophone et bilingue qualifiée et éduquée et y présente la réussite économique de certains fleurons franco-ontariens, tels que la Fromagerie St-Albert.

«Ce qui est particulier, c’est que les francophones sont beaucoup des entrepreneurs, ce sont des gens ingénieux, des gens qui sont également bilingues», fait valoir M. Laframboise.

«Donc les francophones en Ontario sont au même niveau que tous les organismes anglophones et sont capables d’établir et de travailler à l’international comme les anglophones», ajoute-t-il.

Ses propos font écho à une étude du Conference Board du Canada qui, au dire de M. Jolin, démontre que le potentiel économique du bilinguisme en Ontario reste sous-développé.

«On a un énorme rattrapage à faire, car si l’on considère le pourcentage d’affaires qu’on fait avec les pays francophones versus ce qu’on importe de ces pays-là, l’écart commercial est incroyable. Ce sont des milliards», explique le président de l’AFO.

Dans l’ensemble, l’initiative de l’AFO et de la SÉO est vue d’un «bon œil» par Benoît Hubert, le président de PGF Consultants, une entreprise d’Ottawa fondée en 1988 et qui fait affaire depuis une quinzaine d’années sur le continent africain dans les domaines de la stratégie, du développement organisationnel et de la formation en leadership.

Benoît Hubert

L’entrepreneur ottavien croit toutefois que le «défi» est de miser davantage sur les avantages économiques et financiers pour les entreprises.

«C’est intéressant de connaître le contexte, le milieu et la vitalité communautaire et tout cela», indique M. Hubert. «Je pense qu’il faut aussi parler du taux d’imposition et des avantages fiscaux qui pourraient être intéressants, si on veut vraiment être un pôle d’attrait sérieux comparativement à d’autres marchés comme le Maroc ou d’autres pays africains, qui sont excessivement compétitifs en la matière.»

L’entrepreneur et investisseur français Sofiane Belgadi fait pour sa part partie de ceux qui ont vu des avantages à venir brasser des affaires dans la province. Il fait notamment valoir la proximité de Toronto, où il s’est installé il y a trois ans, avec d’autres plaques tournantes, telles que les villes de Montréal, New York et Boston.

Sofiane Belgadi

«La communauté francophone est quand même très soutenue ici et donc ça aide beaucoup et ça m’a permis aussi de créer des bonnes connexions avec le démarrage», explique le fondateur de Lozard Group, un incubateur digital qui aide les entreprises du secteur technologique à croître.