Au moment de licencier 4679 employés, soit 95 % de son effectif, le 19 mars dernier, en raison de la pandémie de COVID-19, le Cirque du Soleil avait également annulé ses 44 spectacles à travers le monde. Du jour au lendemain, la compagnie avait ainsi perdu la quasi-totalité de ses recettes générées grâce à la vente de billets.
Au moment de licencier 4679 employés, soit 95 % de son effectif, le 19 mars dernier, en raison de la pandémie de COVID-19, le Cirque du Soleil avait également annulé ses 44 spectacles à travers le monde. Du jour au lendemain, la compagnie avait ainsi perdu la quasi-totalité de ses recettes générées grâce à la vente de billets.

L’intérêt de Québecor pour le Cirque du Soleil semble logique aux yeux d’un analyste

Julien Arsenault
La Presse canadienne
L’intérêt de Québecor à l’endroit du Cirque du Soleil semble logique pour certains observateurs si le conglomérat opte pour une cure minceur de l’entreprise de divertissement dans le but de la faire renouer avec la santé financière.

Selon Adam Shine, de la Financière Banque Nationale, il s’agirait, pour la société contrôlée par Pierre Karl Péladeau, d’une stratégie «moins risquée» où les «principales activités» seraient optimisées.

L’analyste s’est penché sur le scénario récemment présenté par le chef de la direction financière de Québecor, Hugues Simard, au quotidien The Globe and Mail selon lequel la compagnie se concentrerait sur six spectacles existants à Las Vegas et quatre autres en Chine, au Mexique, en Allemagne ainsi qu’à Orlando, en Floride.

«Nous ne savons pas exactement à quoi ressembleraient les finances du Cirque dans un tel scénario, mais peut-être que les revenus oscilleraient aux alentours de 675 millions $US [946 millions $] et le bénéfice avant intérêts, impôts et amortissements serait égal ou supérieur à 100 millions $US [140 millions $]», a écrit l’analyste dans une note envoyée à ses clients, dans laquelle il prend soin de souligner qu’il est possible qu’aucune transaction ne se concrétise.

M. Shine ajoute également que la stratégie de convergence préconisée par Québecor pourrait être plus difficile à appliquer étant donné que les activités du conglomérat sont concentrées au Québec alors que le Cirque est partout dans le monde.

Financement d’urgence de 50 millions $US

Traînant une dette de plus de 900 millions $US (1,26 milliard $), le Cirque vient d’obtenir un financement d’urgence de 50 millions $US (70 millions $) auprès de ses trois principaux actionnaires — TPG Capital (60 %), Fosun Capital Group (20 %) et la Caisse de dépôt et placement du Québec (20 %). En plus d’étudier tous les scénarios, y compris celui où elle se placerait à l’abri de ses créanciers, la compagnie a commencé ses démarches afin de dénicher un investisseur, acquéreur ou de renégocier une autre injection de capitaux auprès de ses propriétaires actuels.

Pour la période de 12 mois terminée en septembre dernier, l’entreprise fondée par Guy Laliberté aurait généré des revenus d’environ 950 millions $US (1,33 milliard $), avait calculé l’agence de notation Moody’s dans une note publiée en mars, en chiffrant les besoins de cette dernière à au moins 165 millions $US (231 millions $) cette année.

Le plan de Québecor signifierait la fin de 13 spectacles de tournée et 21 productions sous des marques affiliées comme le spectacle musical Blue Man Group. La semaine dernière, au cours d’une entrevue avec La Presse canadienne, M. Péladeau n’avait pas voulu ouvrir son jeu à propos de la stratégie qu’il mettrait de l’avant si son entreprise devait s’installer aux commandes du Cirque.

Au moment de licencier 4679 employés, soit 95 % de son effectif, le 19 mars dernier, en raison de la pandémie de COVID-19, le Cirque avait également annulé ses 44 spectacles à travers le monde. Du jour au lendemain, la compagnie avait ainsi perdu la quasi-totalité de ses recettes générées grâce à la vente de billets.

Dans le contexte actuel, Québecor a «quand même» raison d’envisager une réduction du portefeuille de spectacles, a estimé le directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP), Michel Nadeau.

«Vous renouvelez la formule, vous trouvez quelqu’un qui viendra la renouveler ou vous dites «en attendant, on va émonder la compagnie et miser sur ce qui fonctionne»», a expliqué celui qui a déjà fait partie de la haute direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec, au cours d’un entretien téléphonique.

Rapatrier le contrôle de l’actionnariat au Québec

Même si Québecor n’a pas eu accès aux livres financiers du Cirque, le conglomérat a dit être prêt à injecter des «centaines de millions» dans le but de rapatrier le contrôle de l’actionnariat au Québec.

Depuis que Québecor a publiquement manifesté son intérêt, le 5 mai, le cours de son action a fléchi d’environ 2 % à la Bourse de Toronto. Lundi après-midi, l’action se négociait à 29,65 $.

«Racheter de la dette au rabais pourrait bien être la seule façon [pour Québecor] de se positionner pour jouer un rôle dans l’avenir du Cirque du Soleil», a estimé M. Shine, dans sa note.

Pour les actionnaires de Québecor, l’analyste a estimé que la bonne nouvelle résidait dans l’approche du conglomérat, qui, plutôt que de prendre un pari, semble tabler sur une «approche stratégique» visant à réaliser un investissement majoritaire dans un Cirque avec des ambitions «moins risquées et qui peut offrir des rendements intéressants et durables».