Dans les 15 dernières années, la production de vêtements sur la planète a doublé, entre autres grâce à l’émergence d’une classe moyenne à travers le globe et à la popularité du « fast fashion » caractérisé par un nombre croissant de collections sorties annuellement et des bas prix. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la pollution engendrée par l’industrie du textile.
Dans les 15 dernières années, la production de vêtements sur la planète a doublé, entre autres grâce à l’émergence d’une classe moyenne à travers le globe et à la popularité du « fast fashion » caractérisé par un nombre croissant de collections sorties annuellement et des bas prix. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer la pollution engendrée par l’industrie du textile.

L’industrie « brisée » du textile

Vous achetez un chandail à 19,99 $ dans une boutique ou en ligne. Avant d’atterrir dans votre garde-robe, ce morceau de vêtement a déjà parcouru bien des kilomètres. La fibre a peut-être été produite en Turquie, lavée et tricotée en Inde. Le chandail a finalement été cousu en Chine pour être vendu au Canada. Ce long voyage peut sembler extraordinaire. C’est pourtant la norme dans l’industrie du textile qui se classe parmi les industries les plus polluantes au monde.

Sauver le monde, un morceau de linge à la fois. Joindre le mouvement du slow fashion. Faire un pied de nez à l’industrie du prêt-à-porter en achetant des vêtements durables. Ces appels se font de plus en plus nombreux alors que le côté sombre de la mode se révèle au grand jour depuis quelques années.

Selon une étude de la Fondation Ellen McArthur, la production de vêtements engendre l’émission de 1,2 milliard de tonnes de CO2 annuellement, soit plus que les émissions combinées des transporteurs aériens et maritimes souvent décriés pour leurs impacts environnementaux.

Dans les 15 dernières années, la production de vêtements sur la planète a doublé, entre autres grâce à l’émergence d’une classe moyenne à travers le globe et à la popularité du fast fashion caractérisé par un nombre croissant de collections sorties annuellement et des bas prix.

L’étude de la Fondation Ellen McArthur — produite en collaboration avec des entreprises telles que Nike, H&M, Adidas —, révèle que plus de la moitié des vêtements associés au fast fashion seront jetés après moins d’un an d’usage.

Les millions de morceaux invendus seront souvent jetés à la poubelle après avoir été lacérés. Radio-Canada et l’émission Enquête de TVA avaient d’ailleurs soulevé l’ire des Québécois en 2016 en révélant que les entreprises Yellow et Groupe Dynamite Garage se débarrassaient d’une partie de leur inventaire après avoir préalablement donné quelques coups de ciseaux aux nombreux morceaux.

Devant la grogne, les deux compagnies s’étaient défendues en affirmant que les items volontairement abimés comportaient des défectuosités et ne devaient donc pas être portés.

D’autres entreprises préféreront vendre leurs invendus sur d’autres continents à des fins d’incinération pour créer de l’énergie [voir la capsule Bye bye ballots].

Acheter moins, acheter mieux

La designer québécoise Léonie Daignault-Leclerc, derrière la marque écoresponsable Gaia & Dubos, n’hésite pas à utiliser le mot « brisé » lorsqu’elle parle de l’industrie de la mode.

« C’est une industrie qui en englobe d’autres comme le transport, l’agriculture pour la production des fibres, le pétrole pour la transformation… C’est un amalgame de plusieurs industries polluantes », souligne l’auteure du livre Pour une garde-robe responsable paru en 2019 qui présente quelques astuces pour faire des choix plus intelligents quand vient le temps de s’habiller.

La designer conseille notamment d’acheter auprès d’entreprises éthiques, « de plus en plus nombreuses au Québec », précise-t-elle. 

Elle suggère également d’opter pour des fibres écolos, mais convient qu’il n’est pas toujours facile de faire le bon choix.

Une opinion que partage Julien Beaulieu, chercheur titulaire au Centre de transfert en écologie industrielle.

« On pense que c’est plus écologique d’avoir un chandail 100 % en coton, mais ce n’est pas nécessairement vrai. Ça demande beaucoup d’eau, et ça implique tous les impacts environnementaux qu’apporte l’agriculture », explique-t-il.

Même chose du côté du bambou souvent présenté comme une alternative verte, souligne à son tour Léonie Daignault-Leclerc.

« Tout le monde pense que le bambou, c’est écologique, mais pour que la fibre du bambou soit transformée en viscose, ça exige un procédé chimique très polluant », note-t-elle.

« Souvent les gens ont la perception que si c’est une fibre synthétique, ce n’est pas environnemental puisque c’est produit à base de pétrole. Par contre, elles ont de meilleures perspectives d’être recyclées, même si elles ne le sont pas nécessairement en ce moment. Pour certaines applications, elles vont également durer plus longtemps », poursuit Julien Beaulieu.

Difficile donc pour le citoyen lambda de s’y retrouver. 

La designer québécoise croit néanmoins qu’un simple exercice de réflexion de la part du consommateur peut l’amener à faire de meilleurs choix. « Questionnez-vous. Si vous avez devant vous un chandail fait au Bangladesh au prix de 15 $, il y a quelque chose qui ne marche pas », fait-elle valoir.

« Il n’y a pas de choix parfait, admet Mme Daignault-Leclerc. Si l’on souhaite faire des choix plus responsables, il faut choisir selon ses valeurs. Quelqu’un peut décider que ses vêtements doivent être faits de fibres écologiques, un autre peut préférer que le vêtement soit fait localement ou encore quelqu’un pourrait souhaiter que son morceau de linge soit fait en Inde, mais dans des conditions éthiques. »

Surtout, on achète moins, mais mieux. « Il faut adopter une approche ‘‘slow fashion’’. Ce mouvement responsable ne fait que grandir. Il y a de plus en plus de gens conscientisés. Je reste optimiste qu’un petit changement à la fois, il pourra s’imposer », conclut la designer.


Pour poursuivre la lecture du dossier « Le côté sombre de la mode » :

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