L'hypothèse de règlement à l'ABI: 130 postes coupés et sous-traitance accrue

BÉCANCOUR — L’hypothèse de règlement du ministre Jean Boulet que le syndicat explique à ses membres ces jours-ci propose que 130 postes soient coupés et que la sous-traitance soit accrue à l’Aluminerie de Bécancour. Mais le protocole de retour au travail est amélioré et la poursuite patronale de 19 millions de dollars contre les Métallos est abandonnée. Voilà quelques-uns des éléments contenus dans le fameux document et dont Le Nouvelliste a obtenu copie.

On se rappellera que trois mois après le déclenchement du lock-out, le syndicat des Métallos et les officiers de la section locale 9700 avaient reçu une poursuite de 19 millions de dollars de la part de l’entreprise qui estimait à ce montant les coûts des moyens de pression exercés avant le conflit.

«Dans le contexte de signature de la convention et du protocole, ce grief patronal est abandonné, la compagnie y renonce. Quand j’ai écrit le protocole de retour au travail, c’est l’une des concessions que j’ai demandées à la compagnie en lui disant: quand on fait un protocole de retour au travail, on fait table rase, on renonce à tous les recours qui ont été entamés avant ou pendant le conflit, reliés directement ou indirectement au conflit», a expliqué le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité, qui a échangé lundi avec les hauts dirigeants d’Alcoa et de Rio Tinto Alcan pour «essayer de voir où ils en étaient».

«Et dans le premier protocole de retour au travail, ce que les salariés syndiqués reprochaient en assemblée générale, c’est que la compagnie poursuivait ce grief-là, le maintenait actif», renchérit-il. Car en raison de cette poursuite, les travailleurs craindraient de se retrouver avec une facture individuelle de 21 000 dollars.

Par ailleurs, si dans le premier protocole, le retour au travail s’étalait sur dix mois, le ministre responsable de la Mauricie a ramené cette période à six mois, un échéancier qu’il juge serré.

«Je me suis fié à des précédents. À Alma, ils ont réussi de peine et de misère en six mois, mais il y avait moins de cuves que chez nous à Bécancour. À six mois, je leur ai mis une pression considérable. La compagnie peut s’engager à rappeler 85 % des salariés au bout de six mois et au bout de sept mois et demi, 100 % des salariés, dans la mesure où ça se fait dans un contexte sécuritaire», souligne-t-il.

Et toujours en vertu de son protocole, «ceux qui ne sont pas rappelés au bout de six mois, on leur paie un montant équivalent à l’indemnité de grève qu’ils recevaient ou même mieux que ça, j’ai des allocations de formation que j’ai mises sur la table, je paie jusqu’à concurrence de 20 dollars de l’heure».

«C’était des avancées énormes. Ces deux éléments, l’abandon de la poursuite et le retour en six mois, justifieraient en soi que les salariés aient l’opportunité de voter librement et volontairement sur cette hypothèse-là en assemblée générale. Ils ont droit à ça. Ça mérite d’être soumis en assemblée générale. C’est mon souhait le plus profond», martèle Jean Boulet, qui voyait chez l’employeur, lundi, une volonté de conclure une entente finale et de redémarrer l’usine à partir de l’hypothèse de règlement.

Le ministre Jean Boulet

Celle-ci propose la conclusion d’une entente de six ans, prévoyant une hausse des salaires de 2,7 % par année pour les quatre premières années et de 2,25 % par année pour la cinquième et la sixième année.

«La force active comptait 1030 travailleurs. Le fait que 28 postes soient confiés à la sous-traitance et que 130 postes soient réduits des effectifs réguliers constitueraient sans doute une concession importante. Le syndicat a déjà accepté de réduire sa force active de plus de 110 postes. Par conséquent, l’usine serait relancée avec un effectif variant de 875 à 900 postes», a commenté pour sa part le professeur titulaire en relations de travail à l’UQTR, Jean-Claude Bernatchez.

Selon lui, le texte de l’hypothèse de règlement autorise implicitement, «du moins dans son libellé», un recours additionnel à la sous-traitance une fois l’usine relancée. Dès lors, dit-il, le syndicat souhaite circonscrire davantage le potentiel de sous-traitance.

«Rappelons que la convention collective à renouveler, par son article 5.02, offrait des garanties de stabilité de main-d’œuvre, ou de limitation de la sous-traitance, que l’hypothèse de règlement ne reprend pas», fait-il remarquer.

À son avis, l’organisation du travail ne semble pas problématique dans la mesure où des mécanismes appropriés seraient mis en place afin de faciliter les mouvements de main-d’œuvre dans l’entreprise.

Quant au protocole de retour au travail, il le considère amélioré, l’hypothèse de règlement proposant de rappeler les travailleurs dans un délai de six mois au lieu de dix. «Cela étant, le retour des travailleurs postérieurement à la signature de la convention collective est largement plus long que le temps de rappel deux mois des travailleurs suite à la grève en 2004», signale le spécialiste.

Pour lui, il s’agit d’une négociation concessive. «L’employeur exige des concessions et le syndicat tente de son mieux de protéger les acquis», observe-t-il.

Par ailleurs, «si l’on tient compte du refus de l’offre patronale du 4 mars 2019, les travailleurs souhaitent une convention collective négociée, ce qui est dans l’ordre des choses», ajoute M. Bernatchez.

«Par rapport aux enjeux, les parties n’ont pas négocié d’une manière soutenue. De manière générale, il serait éminemment souhaitable que les parties se rencontrent dans le cadre d’un processus de négociation par résolution de problèmes ou raisonnée. Elles ont des sujets complexes à régler, notamment la réduction des effectifs, la stabilité d’emploi et la réorganisation du travail. Régler ces sujets à priori complexes exige normalement du temps même en présence de respect mutuel. Les parties sont face à un mur temporel. Le temps est maintenant à l’action proactive et concertée. Il y a urgence d’agir», a-t-il conclu.