La Lexus LS 500 2018

Lexus LS 500 2018: comme tout le monde

SAN FRANCISCO — À ses débuts en 1989, la LS a entrepris de tracer sa route en jouant la carte de la fiabilité et du prix face aux références allemandes. Une stratégie gagnante puisqu’elle a installé l’idée que la nouvelle marque de prestige du groupe Toyota n’avait pas l’intention de faire comme tout le monde. Hélas, depuis, Lexus ne cherche plus à casser le moule.

Ces derniers mois, les lancements de modèles haut de gamme se multiplient. Ils sont tous plus raffinés, plus sophistiqués, plus intelligents. La cinquième génération de la LS ne fait pas exception. Mais si ambitieux soit-il, le renouvellement de la LS manque une belle occasion de s’affranchir des règles surannées du grand luxe, lesquelles sont largement dictées par l’industrie automobile allemande. Cette dernière se livre une guéguerre technologique dont semblent se désintéresser les consommateurs canadiens, même les plus nantis.

Il suffit de consulter les ventes de la dernière année pour mieux comprendre cette remarque. La plus forte croissance enregistrée dans ce segment est attribuable à la seule Model S de Tesla... Au cours des neuf premiers mois de l’année 2017, la marque américaine a écoulé, au Canada seulement, 1800 unités de sa berline électrique, soit plus que les ventes combinées des Série 7 (BMW), Classe S (Mercedes), A8 (Audi) et Panamera (Porsche). Cette statistique en dit long sur les motivations d’achat des acheteurs canadiens prêts à consacrer plus de 100 000 $. La même conclusion s’applique au marché américain où le Model S «pulvérise» littéralement la compétition.

Aucun risque

Ce long préambule a pour but de mettre en lumière comment une marque (Tesla), méconnue il y a 10 ans et dénuée de noblesse, est parvenue à casser les codes du luxe. Lexus, comme tous les autres — à l’exception notable de Porsche, sans doute —, n’a pas su anticiper ce vent de changement. Considérant la période de gestation d’un nouveau modèle (rédaction du cahier des charges jusqu’à la mise en marché), on peut comprendre pourquoi les nouveautés actuelles ne défient pas encore Tesla sur ce terrain.

Toyota qui chapeaute Lexus était jusqu’à tout récemment sceptique quant à l’avenir de la voiture électrique. Le constructeur nippon préférait concentrer ses efforts sur les technologies hybrides et hydrogènes. Aujourd’hui, le numéro 1 japonais acte sa conversion et a annoncé depuis la création d’une filiale dédiée qui donnera naissance à son premier véhicule électrique en 2020. Et si l’on prête foi à la rumeur, ce ne sera pas une Lexus, mais une Toyota.

Où est le fil?

La Lexus LS 500 2018

Revenons à la LS qui, à défaut d’avoir anticipé le succès de Tesla et de sa formule tout électrique, adopte néanmoins des concepts et des technologies susceptibles de réduire son empreinte technologique. Bien que cette berline soit étroitement dérivée du coupé LC500 apparu il y a quelques mois et boude le V8 5,0 litres atmosphérique au profit d’une mécanique suralimentée de plus faible cylindrée. Cette réduction également appelée downsizing est ici plus draconienne que chez la concurrence qui préfère généralement l’appliquer sur des motorisations V8 et non six cylindres, comme c’est le cas de cette Lexus. Qu’importe le nombre de cylindres pour peu que le rendement y soit. À ce chapitre, ce moteur livre la marchandise à plus d’un titre. D’abord, il est plus puissant (+ 30 chevaux) que le V8 4,6 litres qui siégeait autrefois dans l’antre de cette opulente berline. En outre, il consomme près de 2,0 l/100 km de moins et procure une plage de couple plus riche et plus étendue. Sans offrir le moelleux d’un BMW ou la furie et la musicalité d’un Mercedes, ce moteur affiche un rendement efficace pour propulser la LS à 100 km/h en moins de six secondes. Une belle performance considérant le poids qui lui incombe d’entraîner.

La Lexus LS 500 2018

À ce moteur V6 3,4 litres (3444 cc) suralimenté de 416 chevaux, Lexus propose une solution de rechange hybride : la LS 500h. Celle-ci retient une mécanique atmosphérique de 3,5 litres (issue de la même famille que plusieurs produits Toyota) à laquelle sont jumelés deux moteurs électriques. Bien que la formule soit inexacte — et ce commentaire vaut pour l’ensemble de l’industrie —, la puissance maximale délivrée par cet amalgame de moteurs est de 354 chevaux et une colossale montagne de couple. L’ennui est que cette motorisation hybride, jumelée à une boîte automatique à 10 rapports d’une rare complexité, est sans fil... 

Pour un véhicule symbolisant le savoir-faire technologique d’une marque, c’est décevant. D’autant plus que celle-ci a été l’un des précurseurs de la technologie hybride. À ce chapitre, la Panamera de Porsche propose dans le domaine de l’électrification (oubliez Tesla un moment) des avancées plus avant-gardistes.

Moins hypnotique

Plutôt que de prendre des risques ou d’innover à tout crin, la direction de Lexus a préféré gommer les sources d’irritation (le style et la conduite) de la génération précédente. Nous vous laisserons débattre des traits de la carrosserie (la taille de la calandre est sujette à bien des débats) pour nous concentrer sur le dynamisme de cette auto. En dépit de son encombrement et de son poids, la LS 500 ne craint pas d’affronter les routes sinueuses. Sa répartition presque équitable des masses entre les trains avant et arrière et sa suspension pneumatique (de série sur la Hybride, mais en option sur la version à essence) garantissent un bon équilibre. La direction légèrement empesée donne une idée assez précise de l’emplacement des roues directrices et les nombreux garde-fous veillent — avec toute la douceur possible — à ce que les impulsions au volant soient diligemment respectées.

La Lexus LS 500 2018

En dépit de tous ces artifices qui contrôlent minutieusement les variations du châssis, la LS 500, même dans sa configuration F Sport, n’aime pas particulièrement se jeter férocement dans les virages. Elle n’y prend aucun plaisir. Le propriétaire et ses occupants non plus. Cette Lexus donne plutôt (pleine) satisfaction sur les routes monotones et rectilignes où le silence de son mouvement est envoûtant ou dans les courbes ouvertes (vaste circonférence) où sa stabilité apparaît souveraine.

Salon ou chambre à coucher?

Peu importe la place occupée, facile de s’assoupir au volant de cette Lexus. Les sièges, généreusement rembourrés, vous accueillent avec la chaleur d’une poignée de main et les nombreux réglages permettent plusieurs fantaisies. Comme celle, par exemple, de transformer littéralement en couchette le baquet posté derrière le passager avant.

La Lexus LS 500 2018

La présentation intérieure adopte, dit-on, les grands préceptes de l’hospitalité japonaise (omotenashi), mais on se demande un peu ce que cela veut dire concrètement. Toutes les berlines de cette catégorie ne sont-elles pas accueillantes? Qu’à cela ne tienne, force est de reconnaître le niveau de maîtrise des artisans de Lexus en matière de qualité (matériaux et assemblage). Sans oublier le souci d’innover avec d’originaux appliqués de verre (kiriko) inspirés de l’art traditionnel japonais, pour nous rappeler que nous ne sommes pas à bord d’une allemande, sans doute.

Les frais de transport liés à ce reportage ont été payés par Lexus.

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Le pour et le contre

› On aime:

Le confort de roulement

La finition exquise

Les motorisations «responsables»

› On aime moins: 

Le poids, 

L’électronique qui gère et masque tout

La version hybride : où est le fil?

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Ce qu’il faut retenir

Prix : de 95 000 $ à 125 000 $ (estimation)

Frais de transport : 2045 $

Garantie de base : 48 mois ou 80 000 km

Moteur : V6 DACT 3,4 litres turbo

Puissance : 416 ch à 6000 tr/min

Couple : 442 lb-pi entre 1600 et 4800 tr/min

Poids : 2240 kg

Rapport poids/puissance : 5,38 kg/ch

Mode : intégral

Transmission de série : automatique à 10 rapports

Transmission optionnelle : aucune

Diamètre de braquage : 12 m (intégral)

Freins (av.-arr.) : disque—disque

Pneus (av.-arr.) : 245/45RF20 — 275/40RF20 (F SPORT)

Capacité du réservoir : 82 l

Essence recommandée : super

Consommation réelle : 11,2 l/100 km (estimation)

Visible dans les concessions : hiver 2018

Concurrentes à surveiller : Audi A8, BMW Série 7, Mercedes Classe S

Pour en savoir plus : www.lexus.ca