Les vaches laitières vivent désormais 365 jours dehors à la ferme Ticouapé.

Les vaches de la ferme Ticouapé de Saint-Félicien vivent à l’extérieur, 365 jours par année

Au cours des dernières années, la Ferme Ticouapé de Saint-Félicien a complètement transformé son élevage de vaches laitières, en passant de l’agriculture conventionnelle à un modèle d’élevage en pleine nature. Ce mode de production a réduit la quantité de lait que les vaches produisent, mais elles n’ont jamais été en aussi bonne santé. L’entreprise est rentable et les propriétaires n’ont jamais été aussi heureux.

En 2013, le producteur laitier Jean-Marie Baril s’est mis à se questionner sur le mode de production conventionnel. « On booste les vaches aux hormones pour qu’elles produisent plus de lait, parce qu’elles ne sont plus capables de suffire naturellement à leur cycle », lance le producteur qui voyait mal comment expliquer ce concept à ses jeunes enfants.

Sa conjointe, Marie-Eve Allard, lui a alors demandé quel type d’élevage il désirait vraiment. « Des vaches dehors en tout temps qui mangent au pâturage le plus longtemps possible », a-t-il répondu, pensant que ce mode d’élevage était impossible au Lac-Saint-Jean.

En faisant des recherches sur le Web, Marie-Eve a toutefois trouvé un producteur laitier ontarien, Kornel Schneider, de la Ferme Rêveuse, qui laissait ses vaches à l’extérieur à l’année. Et après lui avoir rendu visite, les propriétaires de la Ferme Ticouapé étaient convaincus qu’ils étaient en mesure d’adapter ce modèle au Lac-Saint-Jean. « Il nous a montré que c’était possible », remarque Jean-Marie.

Des vaches peuvent-elles vraiment résister à des températures de -40 °C qui affligent le nord du Lac-Saint-Jean par moment ? Sans aucun doute, répond ce dernier. « Le froid ne les dérange pas, parce que les vaches sont comme des gros fermenteurs qui génèrent de la chaleur », dit-il, avant d’ajouter qu’elles ne doivent pas manquer de nourriture. Plus il fait froid et plus il vente, plus elles mangeront pour se garder au chaud, quitte à dormir plus tard jusqu’à ce que le mauvais temps soit passé.

Pour limiter l’impact du vent, des haies brise-vent ont été construites près des mangeoires, ainsi qu’une plaque de ciment pour éviter la formation de boue. « Il leur faut un endroit au sec pour aller se coucher », explique Marie-Eve.

Dès l’été 2014, ils ont posé 40 kilomètres de clôtures pour maximiser le temps des vaches dans les pâturages, du mois de mai à novembre, alors que les récoltes servent à nourrir les vaches en hiver. « C’est un système 100 % herbe, parce qu’on ne donne aucun grain », ajoute ce dernier. Ils ont aussi arrêté d’utiliser des pesticides dans les champs, misant plutôt sur des prairies permanentes, en semant des plantes à la volée.

Jean-Marie Baril et Marie-Eve Allard sont très heureux d’avoir transformé le mode d’élevage de leur ferme en misant davantage sur les cycles de la nature.

En laissant les vaches libres de manger ce qu’elles veulent dans les champs, les producteurs laitiers se sont rendu compte que ces dernières mangeaient ce qui est bon pour elles. « Elles adorent les pissenlits et la plupart des plantes que l’on considère comme des mauvaises herbes », lance Marie-Eve en riant. Et alors que les producteurs sèment énormément de luzerne, c’est la dernière plante qu’elles choisissent dans les champs !

Et depuis qu’elles mangent un régime 100 % herbes, les vaches sont plus en santé que jamais. « Aucune vache n’a été traitée aux antibiotiques pendant 18 mois », soutient Jean-Marie Baril avant d’ajouter que les coûts de vétérinaires sont désormais pratiquement nuls.

Ce faisant, ils ont réalisé, à l’hiver 2015, qu’ils atteignaient presque toutes les normes de la certification biologique, et ce, même si ça ne faisait pas partie des plans de l’entreprise. En voyant le potentiel d’aller chercher la prime de 25 % octroyée pour le lait bio, les producteurs ont fait les démarches et obtenu leur certification le 21 mai 2016. « On s’est ramassé bio par accident, parce que ce n’était pas un objectif », ajoute l’homme de 42 ans.

Suivre le rythme de la nature

En suivant le rythme de la nature, les vaches mettent bas seulement au printemps, pratiquement toutes en même temps, car c’est à l’été que la nourriture de qualité est disponible, sans compter que plusieurs petits ne pourraient survivre aux rigueurs hivernales. Ainsi, le nombre de vaches en lactation varie de 25 à 80 selon les saisons, avec un régime de deux traites de mai à juillet et une seule traite par jour pour les neuf autres mois. « On est perdant de défoncer le minimum de notre quota, mais étant donné que ça nous permet de faire du lait à la période où c’est propice, on considère qu’on est gagnant », remarque Jean-Marie Baril.

Alors que la production d’une vache laitière en régie conventionnelle peut atteindre plus de 15 000 litres par année, la production n’est que de 5000 litres par an. Mais étant donné que la ferme de 585 acres n’a pratiquement plus de dépenses, sauf pour les minéraux, les producteurs sont plus autonomes que jamais et les profits sont au rendez-vous.

De plus, les producteurs misent sur les croisements entre les différentes races de vaches. « Les vaches croisées sont meilleures du point de vue de la santé, de la reproduction, sur tout, sauf pour la production de lait », ajoute ce dernier.

La mise bas se fait aussi à l’extérieur, et les propriétaires n’interviennent que si la vache a des problèmes. Et les petits sont même nourris par une vache-nourrice, une autre pratique qui gagne en popularité au Québec.

En suivant le rythme de la nature, le couple de producteurs est fier du chemin accompli, ayant trouvé le moyen d’adapter leur ferme selon leurs goûts et leurs besoins.