Près de 250 professeurs demandent aux universités canadiennes non seulement de ne plus investir dans l'industrie pétrolière, mais de retirer leurs investissements qui y sont déjà.

Les universités doivent se retirer de l'industrie pétrolière, disent 246 profs

MONTRÉAL - Près de 250 professeurs demandent aux universités canadiennes non seulement de ne plus investir dans l'industrie pétrolière, mais de retirer leurs investissements qui y sont déjà.

Ces 246 professeurs ont signé une lettre ouverte, dans laquelle ils affirment qu'ils refusent de rester passifs face aux changements climatiques causés par l'activité humaine. Et ils croient que les universités doivent donner l'exemple par leurs investissements.

Ils proviennent d'universités canadiennes: Laval, UQAM et McGill, au Québec, d'Ottawa, de Toronto, de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, du Nouveau-Brunswick, de Waterloo, de Victoria, York, Wilfrid Laurier, Western Ontario, St. Thomas, Dalhousie, Calgary, Queen's et Moncton.

Ils proviennent des sciences plus directement concernées, comme la géographie, la biologie, l'écologie forestière, les sciences de l'environnement, mais aussi d'autres disciplines: psychologie, histoire, musique, linguistique, sciences politiques.

«Nous formons les gens qui vont être à la première ligne, qui vont être obligés d'affronter ce défi dans le futur, nos jeunes», a justifié en entrevue avec La Presse canadienne le professeur Adrian L. Burke, l'un des signataires, professeur d'anthropologie à l'Université de Montréal.

M. Burke repousse les critiques des détracteurs des élites et des artistes qui se prononcent sur les changements climatiques sans provenir des sciences de la vie, des sciences naturelles. Cela concerne aussi la science politique, par exemple, puisque des décisions politiques doivent être prises pour contrer les effets de ces bouleversements climatiques, justifie M. Burke.

Les investissements des universités dans les énergies fossiles proviennent de leurs fonds de dotation et des régimes de retraite de leurs employés, explique-t-il.

«Nous ne disposons que de quelques courtes années avant d'éviter la catastrophe irréversible», écrivent ces professeurs dans la lettre, en appui au groupe écologiste revendicateur Extinction Rebellion.

Ils martèlent donc la revendication de réduire les émissions de carbone à un taux net égal à zéro d'ici 2025. «La science appuie déjà le fait que si on ne le fait pas pour 2025, les conséquences vont être encore pires, et exponentiellement pires, si on attend à 2030, 2040», plaide M. Burke.

Il croit possible que les changements radicaux que le groupe revendique dans les comportements et les choix économiques et sociaux se fassent sans trop de heurts.

«Lors de la Deuxième Guerre mondiale, les États-Unis se sont mis sur un pied de guerre et, dans un ou deux ans, ils ont changé radicalement leur économie. Et ça n'a pas entraîné de mises à pied, loin de là. On peut imaginer une situation où on peut recalibrer notre économie sans avoir des impacts négatifs», estime le professeur Burke.

Il fait valoir qu'à l'heure actuelle, les répercussions négatives des bouleversements climatiques se font déjà sentir chez certaines populations, dans le Sud, chez les communautés autochtones et notamment en Arctique.

Les signataires montrent également du doigt le gouvernement du Canada, qui doit adopter «une législation contraignante» en la matière, non pas seulement tenir un discours favorable à la lutte contre les changements climatiques tout en achetant un pipeline.