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Les grandes chaînes d'alimentation du Québec vont continuer d'offrir les tomates de Productions horticoles Demers.
Les grandes chaînes d'alimentation du Québec vont continuer d'offrir les tomates de Productions horticoles Demers.

Les tomates Demers continueront d’être vendues dans les grandes épiceries

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
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Le dévoilement au grand jour des conditions de vie difficiles des travailleurs étrangers de Productions horticoles Demers n’entraînera pas le boycottage de l’entreprise de la part des grandes chaînes d’alimentation du Québec qui comptent toutefois garder un oeil sur les correctifs promis par celle-ci.

Dans un reportage publié lundi, Radio-Canada a mis en lumière des révélations troublantes par rapport au plus important producteur maraîcher du Québec dont les tomates produites en serres sont réputées partout en province.

Les travailleurs étrangers oeuvrant pour les serres en activité à Drummondville sont hébergés dans des logements en décrépitude où la moisissure est abondante et où les personnes sont cordées dans des lits superposés dans de trop petits espaces. L’hiver, le manque d’eau chaude est monnaie courante, alors que la chaleur suffocante dans les logements devient souvent insoutenable en période estivale.

À la suite de la publication du reportage par Radio-Canada, le PDG de l’entreprise, Jacques Demers, a affirmé publiquement que des changements et des correctifs seraient apportés rapidement pour améliorer les conditions de vie des travailleurs.

Jointes mardi par Le Droit, les trois plus importantes chaînes d’alimentation au Québec, c’est-à-dire Sobeys, Metro et Loblaws, ont confirmé qu’elles conserveraient leur lien d’affaires avec le producteur de Drummondville, mais que celui-ci allait devoir respecter ses engagements.

En entrevue téléphonique, la porte-parole d’IGA-Sobeys, Anne-Hélène Lavoie, a indiqué qu’un employé de l’entreprise se rendrait dans les jours à venir chez Productions horticoles Demers afin de «vérifier l’évolution des travaux en place».

«Je ne vous cacherai pas que nous sommes préoccupés par ce genre de situation. On leur a demandé un bilan précis pour qu’ils nous partagent ce sur quoi ils vont travailler afin qu’on puisse voir les rectifications. De notre côté, on va suivre la situation de près, mais pour le moment, il n’y a pas de retrait des produits Demers dans nos magasins», a mentionné Mme Lavoie.


« Nous suivons de près la situation et nous nous assurerons que les actions appropriées seront mises en place de leur côté, tel qu’ils l’ont déclaré. »
Geneviève Grégoire, cheffe des communications chez Metro

«Les Productions horticoles Demers est un fournisseur de longue date avec qui Metro entretient une bonne relation d’affaires. Nous avons communiqué avec eux dès lundi matin et ils nous ont assuré prendre la situation très au sérieux. Nous suivons de près la situation et nous nous assurerons que les actions appropriées seront mises en place de leur côté, tel qu’ils l’ont déclaré», a pour sa part indiqué au Droit la chef des communications chez Metro, Geneviève Grégoire, dans une réponse écrite.

Même son de cloche dans le camp de Loblaw, qui possèdent notamment les enseignes Maxi, Provigo et Intermarché. «Les entreprises avec lesquelles nous travaillons doivent se conformer à notre Code de conduite des fournisseurs et adhérer à ses principes. La situation décrite est inacceptable et n’a pas sa place au sein de notre chaîne d’approvisionnement. Nous suivrons la situation de très près afin de nous assurer qu’ils mettent en place un plan d’action visant à apporter des correctifs et à respecter toutes les normes de santé et de sécurité au travail», a laissé savoir Johanne Héroux, directrice principale, Affaires corporatives et communications de l’entreprise, par le biais d’une déclaration écrite.

Des échos chez les agriculteurs de l’Outaouais
Les conditions exécrables dans lesquelles ont vécu de nombreux travailleurs étrangers pendant plusieurs années ont résonné jusqu’en Outaouais. Martin Turcot est copropriétaire de la Ferme aux pleines saveurs, à Saint-André-Avellin, où on cultive plus de 15 hectares de légumes biologiques.

L’entreprise embauche depuis 2010 des travailleurs étrangers. Au fil des ans, l’équipe de travailleurs en provenance du Guatemala a pris de l’expansion, si bien qu’ils sont aujourd’hui 10 à travailler pour le compte de la ferme du rang Sainte-Madeleine. Les 10 employés sont issus de deux familles.

Depuis qu’ils ont intégré les rangs de l’entreprise, aucun d’entre eux n’a quitté, souligne M. Turcot, qui s’est dit outré par les faits révélés lundi par Radio-Canada à propos des serres Demers.

«Jamais on n’offrirait un logement comme ça à quelqu’un. Nous, on a installé un climat où on invite nos travailleurs à s’exprimer quand ça ne va pas», lance le producteur maraîcher de Saint-André-Avellin dont le bras droit, Miguel, travaille à ses côtés depuis 2011.

M. Turcot et sa conjointe, Chantale Vaillancourt, ont d’ailleurs fait construire sur leur terrain un bâtiment multifonctionnel flambant neuf en 2014. On retrouve notamment à l’intérieur de celui-ci cinq chambres à coucher, deux cuisinières et trois réfrigérateurs.

«On en prend soin de nos employés. Si ce n’était pas d’eux, notre entreprise ne serait pas où elle est aujourd’hui. C’est tellement difficile comme travail. Tu n’as pas à vivre en plus dans un taudis une fois rendu le soir», déplore l’agriculteur qui espère que cette histoire n’éclaboussera pas la réputation de tous les propriétaires agriculteurs.

Le président de la Fédération de l’Union des producteurs agricoles (UPA) Outaouais-Laurentides, Stéphane Alary, trouve regrettable que ce type de situation survienne, mais selon lui, «il ne faut pas que les gens gardent juste cette image en tête». M. Alary dit avoir confiance dans les entreprises agricoles de l’Outaouais qui sont une douzaine à embaucher une cinquantaine de travailleurs étrangers temporaires, d’après les données les plus récentes du Centre d’emploi agricole régional.

«ll y a beaucoup de sensibilisation. Au centre d’emploi agricole, nous avons des gens qui font la tournée auprès des producteurs pour rappeler les consignes et exigences à respecter en matière de travailleurs étrangers. Je n’ai pas ressenti qu’il y avait des problèmes chez nous. Nos producteurs sont très sensibles aux conditions de vie et au bien-être de leurs travailleurs. Au contraire, ils font tout en leur pouvoir pour qu’ils soient bien et qu’ils reviennent», souligne ce dernier.