La Banque du Canada a noté que les pressions sur la capacité n’avaient pas encore entraîné de pression généralisée sur les salaires.

Les sociétés sont plus optimistes et veulent investir, dit la Banque du Canada

Les entreprises sont plus confiantes vis-à-vis de leur avenir qu’elles ne l’étaient il y a trois mois, et un plus grand nombre d’entre elles prévoit augmenter leurs investissements et embaucher davantage, selon une nouvelle enquête de la Banque du Canada.

À peine un peu plus d’une semaine avant que la Banque du Canada ne prenne sa prochaine décision au sujet de son taux d’intérêt directeur, les résultats de son enquête trimestrielle sur les perspectives des entreprises vont vraisemblablement alimenter l’idée voulant qu’elle n’ait pas l’intention d’attendre plus longtemps pour procéder à sa troisième hausse depuis l’été dernier.

«La grande conclusion à tirer aujourd’hui est que cette enquête donne à la Banque du Canada le feu vert - un feu vert brillant - pour hausser les taux d’intérêt de nouveau la semaine prochaine», a estimé l’économiste Frances Donald, de Gestion d’actifs Manuvie, lors d’un entretien.

Les résultats du sondage montrent que les entreprises ont commencé à se concentrer davantage sur l’embauche et les investissements pour s’ajuster à la pression sur leur capacité, qui s’est intensifiée dans la dernière année - essentiellement en raison des pénuries de main-d’oeuvre. Ils s’attendent à ce que cette pression persiste pendant les 12 prochains mois, selon le sondage.

Dans l’ensemble, les résultats, qui seront étudiés attentivement par la banque centrale, laissent croire que le moral des entreprises canadiennes a pratiquement renoué avec son sommet de l’été dernier.

Mme Donald a souligné que l’enquête sur les perspectives des entreprises était l’un des seuls indicateurs avancés disponibles au Canada et elle croit que de plus nombreux résultats semblables à ceux dévoilés lundi convaincraient la Banque du Canada de se montrer plus proactive sur le chemin des hausses des taux.

«Si les entreprises continuent d’indiquer, comme elles l’ont fait aujourd’hui, qu’elles veulent embaucher davantage et dépenser davantage, cela ne va qu’encourager la Banque du Canada à vouloir calmer l’économie avant qu’elle ne surchauffe», a-t-elle expliqué.

L’indicateur témoignant des intentions d’investissements des entreprises a rebondi près d’un sommet post-récession et les projets d’augmentation de ces investissements étaient généralisés à tous les secteurs et les régions, a précisé le rapport.

Les intentions d’embauche ont aussi progressé depuis l’automne, particulièrement dans le secteur des services, parce que les pénuries de main-d’oeuvre étaient «plus prononcées qu’il y a un an».

«Les entreprises comptent étendre leurs activités pour répondre à la demande soutenue, comme le montre le rebond des intentions d’investissement et d’embauche observé depuis l’enquête de l’automne», affirme le rapport de la banque centrale, qui partageait les résultats d’un sondage réalisé auprès d’environ 100 entreprises.

La proportion d’entreprises qui auraient quelques difficultés ou de sérieuses difficultés à faire face à une hausse inattendue de la demande a augmenté de nouveau pour atteindre son plus haut niveau depuis la récession de 2008-09, ajoute le document.

Pas de pression sur les salaires

La Banque du Canada a noté que les pressions sur la capacité n’avaient pas encore entraîné de pression généralisée sur les salaires.

Cependant, les pressions sur la progression des salaires se sont accentuées et sont répandues en Colombie-Britannique, où les entreprises disent éprouver des difficultés à recruter et à retenir les employés en raison de la plus forte concurrence de l’embauche et des hausses du salaire minimum.

«(Le rapport) montre que les pressions inflationnistes progressent, notamment en raison des attentes de voir les salaires grimper», a affirmé l’économiste en chef adjoint de la Banque Scotia, Brett House.

«Nous observons un optimisme croissant face à la reprise et nous nous attendons à voir les salaires faire de même, tant à cause du resserrement du marché du travail qu’à cause du fait que les salaires suivent habituellement la croissance macroéconomique.»

Selon les résultats de l’enquête, les entreprises interrogées ont toujours l’intention de dépenser et d’embaucher davantage, malgré les inquiétudes croissantes au sujet de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) et de la popularité du protectionnisme, en général.

L’enquête a révélé en outre que les entreprises restaient confiantes vis-à-vis de leurs perspectives de croissance des ventes pour les 12 prochains mois. Néanmoins, leurs attentes se sont légèrement amoindries parce que l’activité de vente renoue tranquillement avec un niveau plus normal, après avoir été particulièrement vigoureuse récemment.

Au chapitre de la croissance des ventes, les entreprises ont souligné «la robustesse des marchés immobiliers, la persistance de la demande étrangère et le soutien tangible que représentent les dépenses de relance du gouvernement fédéral», précise le rapport.

Vendredi dernier, la publication d’un impressionnant rapport de Statistique Canada sur le marché du travail a fait dire à plusieurs analystes que le gouverneur de la banque centrale, Stephen Poloz, hausserait probablement son taux directeur lors de la prochaine annonce à ce sujet, prévue le 17 janvier.

Selon ce rapport, la création d’emplois a atteint en 2017 sa cadence la plus rapide depuis 2002. Cette progression a permis au taux de chômage de reculer à 5,7 pour cent le mois dernier, sa plus faible valeur en plus de 40 ans.