En 2018, les femmes représentent 41 % des propriétaires d’entreprises.

Les Québécois de plus en plus entreprenants

L’Indice entrepreneurial québécois souffle sur 10 chandelles.

Plus vaste sondage sur l’entrepreneuriat québécois, il mesure la perception de la population à l’égard de l’entrepreneuriat et la propension des personnes à vouloir se lancer en affaires.

«L’Indice est le seul outil qui nous permet depuis une décennie de prendre le pouls du dynamisme entrepreneurial des Québécois», signale le directeur général de la Fondation de l’entrepreneurship, Pierre Duhamel.

«La perspective à long terme qu’il nous offre est précieuse puisqu’elle nous permet de mettre en lumière — cette année plus que jamais —, des clientèles à fort potentiel pour notre futur entrepreneurial, des types de propriétaires qui se démarquent et qui changent la donne, ainsi que des facteurs multiplicateurs importants qui viennent consolider notre dynamisme.»

Réalisé par la Fondation de l’entrepreneurship en collaboration, entre autres, avec la Caisse de dépôt et placement, la Banque Nationale et d’iA Groupe financier, l’édition 2018 de l’Indice entrepreneurial québécois lève le voile, mardi, sur la place prise par l’entrepreneuriat dans la société québécoise au cours des 10 dernières années.

En voici cinq constats.

Des progrès «remarquables»

En 10 ans, l’entrepreneuriat est devenu le projet d’un nombre croissant de Québécois : les intentions de se lancer en affaires et les démarches entrepreneuriales ont pratiquement triplé. «Les progrès sont remarquables», rapporte l’Indice. En effet, le pourcentage est passé de 7% à 19,5% entre 2009 et 2018.

Une petite ombre au tableau : le pourcentage a enregistré une baisse entre 2017 (21%) et 2018 (19,5%).

Le taux des propriétaires — c’est-à-dire de la population adulte propriétaire d’au moins une entreprise — a légèrement diminué.

Une réalité qui s’expliquerait, entre autres, par le contexte favorable à l’emploi qui caractérise actuellement la Belle Province. Les gens peuvent assez facilement se dénicher un boulot passionnant au sein d’entreprises en pleine croissance. L’entrepreneuriat n’est pas une nécessité pour réaliser ses ambitions.

Par ailleurs, le taux de fermetures d’entreprise a doublé au cours de la dernière décennie. Une situation attribuable, en partie, au vieillissement démographique et à l’augmentation du poids des 65 ans et plus dans le total de la population.

Les femmes et les immigrants ont le vent dans les voiles

Depuis 2014, l’écart des taux d’intention des hommes et des femmes ne cesse de se rétrécir. L’écart qui était de 10,4 points de pourcentage en 2014 a fondu à 4,8 points de pourcentage en 2018.

«Parmi les pistes d’explication : les nombreuses initiatives visant la sensibilisation à l’entrepreneuriat féminin et le taux de diplomation universitaire chez les femmes, qui a connu un bond extraordinaire comparativement à celui des hommes. En effet, le taux des femmes, en 2016, avec des études universitaires pour le groupe des 25 à 64 ans est devenu supérieur (33,6 %) à celui des hommes (28,2 %).»

En 2018, les femmes représentent 41 % des propriétaires d’entreprises. «À titre informatif, le Canada, avec un nombre restreint d’autres pays, se démarque avec une part qui dépasse 30 % d’entrepreneures parmi les propriétaires d’entreprises», prend-on soin de mentionner.

Par ailleurs, en 2018, le taux d’intention dans la population immigrante se situe à 39,8% contre 16,1% pour les natifs.

Du côté des démarches, le taux s’établit à 17,5% pour les immigrants et à 7,6% pour les natifs.

Par ailleurs, leur part parmi les propriétaires d’entreprises ne se démarque pas vraiment par rapport aux natifs.

«Les immigrants ont visiblement plus de mal à concrétiser leur projet», rend compte l’Indice. «À l’étape des démarches, le manque de moyens financiers apparaît parmi les difficultés les plus mentionnées par les immigrants.»

Les jeunes passent à l’action

Au sein de la génération Y — ces jeunes âgés entre 18-34 ans —, il y a une «vague entrepreneuriale» qui se dessine, suggère l’Indice. Le taux global des intentions chez les jeunes est passé de 11% à 36,9% entre 2009 et 2018.

Au cours de la même période, le taux des propriétaires des 18-34 ans a grimpé de 53% à 62% par rapport à celui de l’ensemble de la population.

Par contre, le coup de sonde montre que plus d’un jeune sur quatre a fermé son entreprise avant d’avoir terminé sa première année d’activité.

Ou bien ces jeunes entrepreneurs ont manqué de clients. Ou bien ils ont connu des difficultés financières. Ou bien ils ont déniché un nouveau gagne-pain. «Ce qui est un signe évident du besoin d’accompagnement de cette clientèle, notamment dans la préparation de leur projet.»

Du côté des 35 à 49 ans — les membres de la génération X — le taux d’intention a bondi de 9% en 2012 à 26% en 2018.

En général, ils se lancent en affaires armés d’un bon bagage professionnel et de meilleures ressources financières que leurs cadets. «Plus tolérants au risque et plus proactifs que la jeune génération, plusieurs de ces individus font certainement figure à l’heure actuelle de leaders et d’intrapreneurs au sein de leurs organisations.»

Par ailleurs, le taux d’intention parmi les diplômés universitaires est passé de 20 % à 28 % alors qu’il a un peu décliné chez les individus ayant des études préuniversitaires (de 18 % à 15 %).

«Avec une économie rendue plus sophistiquée par la mondialisation et les technologies, la formation universitaire devient possiblement un tremplin pour l’entrepreneuriat. La multiplication des initiatives de soutien au sein des milieux universitaires a très certainement participé à cette évolution.»

Une entreprise, ce n’est pas assez!

«Le phénomène du multientrepreneuriat se confirme au Québec. En 2011-2012, 8 % des propriétaires détenaient au moins deux entreprises; en 2017-2018, ce taux est passé à 10,4 %», expose l’Indice.

«Les multientrepreneurs affichent une capacité exceptionnelle à prendre des risques et à passer des intentions aux démarches, l’expérience et la persévérance expliquant ce goût à l’entrepreneuriat.»

La première motivation des multientrepreneurs : la recherche d’un revenu supérieur. Suivi par la facilité de déceler de nouvelles occasions d’affaires.

Affaires de famille et familles en affaires

Voilà un pourcentage qui dit tout : la moitié des propriétaires d’entreprises indiquent avoir eu au moins un parent entrepreneur.

«La proportion est importante et ce n’est certainement pas un hasard : l’expérience familiale facilite de toute évidence le développement de l’entrepreneur qui, appuyé par une culture d’affaires captée au plus jeune âge, semble plus aisément apprivoiser le risque et les nombreux obstacles à l’entrepreneuriat», fait-on valoir.

«Il manifeste également une propension à investir et une confiance supérieure vis-à-vis ses capacités à entreprendre. Provenir d’une famille en affaires double littéralement les taux d’intention, de démarches et de propriétaires.»