La Laurentienne s’attend à devoir racheter jusqu’à 392 millions $ de prêts jugés problématiques d’ici la fin du deuxième trimestre, au terme de l’examen approfondi pour des prêts hypothécaires totalisant 1,1 milliard $ qui ont été accordés.

Les prêts jugés problématiques s’invitent à l’assemblée de la Laurentienne

MONTRÉAL - S’il estime que les irrégularités entourant certains prêts hypothécaires vendus par la Banque Laurentienne à un tiers acheteur ont été surmédiatisées, le président et chef de la direction de l’institution, François Desjardins, reconnaît néanmoins avoir sous-estimé la réaction du marché.

La direction n’a pas abordé le sujet dans ses discours aux actionnaires, mardi, lors de l’assemblée annuelle, ce qui n’a pas empêché l’affaire de rebondir lorsqu’un actionnaire s’est présenté au micro pour critiquer les dirigeants et exiger des comptes à propos de la performance de l’action.

À la Bourse de Toronto, le titre de la septième banque au pays a abandonné 14 cents, ou 0,29 %, pour clôturer à 47,82 $, loin de son niveau d’environ 60 $ au début décembre, avant le dévoilement d’irrégularités.

«C’est sûr que nous avons sous-estimé la sensibilité du marché à tout ce qui (touche le secteur) hypothécaire», a expliqué M. Desjardins, dans le cadre d’un point de presse en marge du rendez-vous annuel.

La Laurentienne s’attend à devoir racheter jusqu’à 392 millions $ de prêts jugés problématiques d’ici la fin du deuxième trimestre, au terme de l’examen approfondi pour des prêts hypothécaires totalisant 1,1 milliard $ qui ont été accordés. Rien n’indique que cette somme pourrait être revue à la hausse, croit M. Desjardins.

Évoquant ce qui était survenu avec Home Capital l’an dernier, le président de la Laurentienne a assuré que cette situation était bien différente de celle dans laquelle se trouve sa banque.

La découverte d’irrégularités chez ce prêteur alternatif ontarien avait entraîné le dépôt d’accusations de la Commission des valeurs mobilières de l’Ontario et poussé l’entreprise dans une crise ayant menacé sa survie.

«Le montant évoqué, c’est 400 millions $ (de prêts potentiellement rachetés) sur (un actif) de 47 milliards $, a dit M. Desjardins. C’est moins de 1 pour cent de tout le travail que l’on fait.»

Celui-ci a affirmé que la qualité des prêts en question n’était pas mauvaise, mais que le type de produit ne respectait tout simplement pas la liste de critères du tiers acheteur dont l’identité n’a pas été dévoilée.

Des critiques

Dans sa liste de reproches, l’actionnaire Richard Venor, comptable de profession, a notamment déploré un manque de transparence de la direction au cours des derniers mois, estimant qu’elle n’avait pas été en mesure de «livrer la marchandise» aux actionnaires.

«Si des prêts ont mal tourné, des têtes doivent rouler, a-t-il lancé. C’est de la façon dont on fonctionne en affaires. Les responsables devraient être identifiés et on doit s’en débarrasser.»

Au terme de l’assemblée, M. Venor a estimé, au cours d’une mêlée de presse, que le cours actuel de l’action de la Laurentienne témoignait de l’opinion du marché sur la gestion de la direction de la banque.

Interrogé à ce sujet, M. Desjardins a reconnu que cette affaire pouvait peser sur le cours de l’action, ajoutant qu’il fallait prendre plusieurs autres éléments en considération, comme le plan de transformation actuellement en vigueur.

«Nous sommes en train de bâtir la banque de demain, a-t-il dit, en prônant la patience. C’est sur sept ans, ce n’est pas une correction sur un trimestre. On amène la banque ailleurs parce que nous étions en retard. Cela ne se fait pas du jour au lendemain.»

Le patron de la Laurentienne veut doubler la taille de l’institution financière dans le cadre d’un important virage numérique, qui s’est notamment traduit par une diminution de la taille du réseau de succursales au Québec. Il entend éliminer 50 points de service, pour ramener leur nombre à 100 environ.

Patience mise à l’épreuve

Alors que la conciliation se poursuit afin de renouveler la convention collective de quelque 1400 syndiqués - qui s’occupent principalement des services aux particuliers -, M. Desjardins tape du pied.

«J’aurais aimé faire autrement puisque j’avais offert au syndicat d’ouvrir la convention deux ans avant l’échéance, a-t-il expliqué. L’objectif était de convertir des emplois administratifs vers des emplois de demain.»

Ainsi, la transformation est moins rapide de ce côté, a dit M. Desjardins, estimant que la partie syndicale agit comme un «défenseur des transactions bancaires en succursale» et que cela est «un peu nostalgique».

Sans surprise, Denis Fréchette, conseiller syndical pour la section locale 434 du Syndicat des employés professionnels et de bureau (SEPB, affilié à la FTQ), a livré une opinion bien différente.

«La convention collective ne constitue pas un frein au plan de transformation, a-t-il dit lors d’un entretien téléphonique. M. Desjardins a déjà commencé les fusions de succursales en plus de mettre de l’avant d’autres initiatives.»

M. Fréchette a rappelé que depuis janvier 2017, près de 400 postes avaient été touchés de près ou de loin par le plan de transformation.