Selon InnoTech Alberta, les Autochtones sont en bonne position pour garder un oeil sur les oléoducs, qui traversent souvent des régions reculées.

Les Premières Nations mises à contribution dans la surveillance d’oléoducs

CALGARY — Gerald Scott avait pris part à la résistance contre l’oléoduc Dakota Access, sur la réserve de Standing Rock, aux États-Unis. Maintenant, il concentre plutôt ses énergies sur le transport sécuritaire du pétrole.

Gerald Scott, de la Première Nation Swan Lake, au Manitoba, explique qu’il se dressait auparavant contre ce qu’il voyait comme une violation des droits autochtones.

«Je suis un guerrier par nature», dit-il.

Plus d’un an après son séjour dans les camps des manifestants sioux, au Dakota du Nord, Gerald Scott compte parmi les 60 recrues autochtones du programme de surveillance d’oléoducs de l’Institut technologique du sud de l’Alberta, à Calgary.

La formation de trois semaines l’a familiarisé avec les techniques d’inspection, la sûreté et l’opération d’un oléoduc - tout ça, à travers un prisme autochtone.

Après avoir complété cette portion en classe, les recrues réalisent un stage ou projet de recherche auprès d’un mentor de l’industrie.

Certains étudiants poursuivront leur formation cet été avec un maître-chien pour apprendre comment détecter de potentielles fuites.

Armé de ces nouvelles connaissances, Gerald Scott croit pouvoir mieux représenter les intérêts de sa nation auprès de son employeur, le géant pétrolier Enbridge. Le projet de remplacement de la ligne 3 de l’entreprise albertaine traverse le territoire de la Première Nation Swan Lake.

«Je suis toujours un guerrier, mais je veux juste la meilleure entente possible pour les gens», fait-il valoir.

Gerald Scott a d’abord commencé à travailler pour Enbridge en tant que puisatier, mais on lui a récemment confié le rôle d’agent de liaison avec la communauté.

L’entreprise l’a incité à s’inscrire au projet-pilote, ce qu’il a accepté avec l’espoir qu’une carrière en surveillance d’oléoducs lui permettra de rester proche de chez lui.

Une autre recrue du programme, Kelsey Jacko, de la Première Nation Cold Lake, aimerait profiter de sa formation pour travailler au sein d’une organisation autochtone.

«Ma job de rêve est de prendre soin de mon peuple, de m’assurer que leurs moyens de subsistance sont protégés, leur santé et leur bien-être pour le futur, pour les enfants à venir», explique-t-il.

Les affaires tournent surtout autour du pétrole lourd dans la région de Cold Lake, dans l’est de l’Alberta, et Kelsey Jacko s’inquiète des effets de son exploitation sur l’environnement, plus particulièrement sur les caribous.

Mais la présence de l’industrie pétrolière est selon lui une réalité à laquelle il faut se faire.

«Nous ne pouvons pas retourner dans le temps, mais c’est une lutte, reconnaît-il. Où se trouve l’équilibre entre l’économie et l’environnement? Nos Premières Nations doivent sortir de la pauvreté. Beaucoup d’entre elles vivent dans les conditions du tiers-monde.»

L’ingénieure Deanna Burgart, une membre de la Première Nation Fond du Lac, en Saskatchewan, a pris part à l’élaboration du curriculum du programme.

Il était important à ses yeux que les étudiants autochtones puissent se reconnaître dans la matière enseignée, notamment par le biais d’études de cas en phase avec leur propre vécu.

«Je crois fermement que l’amélioration des relations entre les gens autochtones et non autochtones, avec l’industrie et aussi avec le gouvernement se produira lorsque nous serons tous plus engagés, plus informés et que nous nous sentirons habilités», avance-t-elle.

Le programme a été conçu par l’entremise d’InnoTech Alberta, une filiale de l’agence provinciale Alberta Innovates. Son budget de 566 000 $ provient de subventions provinciales et fédérales.

Shauna-Lee Chai, une scientifique d’InnoTech qui a géré le projet-pilote, rapporte avoir reçu 200 candidatures pour seulement 60 places disponibles.

Elle juge les Autochtones en bonne position pour garder un oeil sur les oléoducs, qui traversent souvent des régions reculées.

«Le mode de vie traditionnel que beaucoup de personnes autochtones pratiquent toujours les maintient à l’extérieur. Ils vivent dans des communautés éloignées. Ils chassent, pêchent, posent des pièges, collectent des petits fruits et des remèdes», décrit-elle.

Ils ont intérêt à protéger leur terre, conclut Mme Chai.