L’arrivée de nouveaux produits légaux du cannabis en Ontario ne répondra pas nécessairement à l’objectif déclaré du gouvernement de couper le marché noir, selon les observateurs.

Les nouveaux produits du cannabis ne nuiront peut-être pas au marché noir

TORONTO — L’arrivée de produits comestibles, de vapes et d’autres produits légaux du cannabis en Ontario ne répondra pas nécessairement à l’objectif déclaré du gouvernement de couper le marché noir, selon les observateurs.

La Société ontarienne du cannabis (SOC) a annoncé qu’une série de nouveaux produits devraient être disponibles dans ses succursales à compter de lundi. Les consommateurs pourront se les procurer sur internet dans une dizaine de jours.

Selon des observateurs, les règles fédérales en matière de santé et les antécédents de l’Ontario au chapitre des prix pourraient ne pas rendre ces produits aussi attrayants que ceux encore disponibles au marché noir.

«Je sais que la SOC compte ouvrir éventuellement un millier de succursales, mais on doit compter sur un millier de personnes qui seront disposés à participer au marché légal, dit Omar Khan, responsable national du secteur du cannabis chez Hill + Knwolton Stratégies. Ils ne le feront que si les prix sont concurrentiels par rapport à ceux du marché illicite.»

Les produits comestibles du cannabis sont devenus légaux à l’échelle nationale en octobre, un an après la légalisation par le gouvernement fédéral. Certaines provinces, comme le Québec, ont toutefois imposé des restrictions.

L’OSC a annoncé que 59 nouveaux produits arriveront lundi dans les succursales. Elle espère que ce nombre atteindra 100 au cours des prochains mois.

L’entreprise a toutefois signalé que les approvisionnements seront limités au cours des premières semaines.

L’Ontario fera face à de nombreux défis si la province veut concurrencer efficacement le marché noir.

M. Khan cite l’exemple de la réglementation fédérale qui limite la quantité de cannabis contenu dans les produits légaux. Aucun article individuel ne peut dépasser les 10 grammes de cannabis. Il mentionne aussi la règle limitant les consommateurs à un achat maximal de 30 grammes de produits à la fois. Dans les États américains où le cannabis a été légalisé, on peut acheter jusqu’à 100 grammes de produits.

«Ces règles font en sorte qu’il est plus difficile de convaincre les consommateurs réguliers à quitter le marché illicite où les produits sont disponibles sans ces restrictions», observe-t-il.

L’attrait du prix

L’évolution du marché du cannabis en Ontario représente un autre obstacle encore plus redoutable, ajoute M. Khan, rappelant que la SOC a le pouvoir d’acheter des produits à leurs producteurs, de fixer les prix et de les distribuer aux détaillants,

Selon lui, un tel système n’est pas propice à une baisse des prix.

La SOC croit que ses nouveaux produits permettront de réduire les ventes sur le marché noir. Les produits comestibles coûteront de 7 $ à 14 $, les boissons coûteront de 4 $ à 10 $, les produits vape se vendront de 25 $ à 125 $, les topiques seront disponibles de 15 $ à 55 $ et les concentrés devraient se vendre de 30 $ à 70 $.

«Nous avons comparé nos offres à des produits similaires sur le marché illégal pour nous assurer que notre commerce de détail initial sera concurrentiel», a déclaré la semaine dernière Kevin Lam, directeur principal du marchandisage à la SOC

Michael Armstrong, un professeur agrégé de commerce de l’Université Brock, souligne que l’Ontario vend souvent ses produits à l’échelon supérieur de l’échelle des prix.

Après les six premiers mois de la légalisation, l’Ontario aurait majoré ses prix de 70 %, a-t-il calculé, une hausse supérieure à ce qui a été observé au Québec ou au Nouveau-Brunswick.

M. Armstrong signale que l’évaluation des prix des produits comestibles est plus complexe que la comparaison des coûts du cannabis cru. Il dit que certains consommateurs sont prêts à payer plus pour ce qu’ils perçoivent comme un meilleur produit.

Ce problème de la qualité du produit pourrait s’avérer crucial dans la lutte contre les ventes illicites, même si les prix demeurent élevés.

«La SOC espère que ces nouveaux produits lui permettront de se démarquer, dit M. Armstrong. Si elle peut proposer un biscuit ou un thé que les gens aiment vraiment, ils peuvent alors facturer un prix plus élevé que le marché noir et continuer à attirer des clients.»