L’écart salarial s’est refermé entre les hommes et les femmes titulaires d’un doctorat, révèle une nouvelle étude de l’Université de Guelph, mais les chiffres sont moins rassurants pour ceux qui ne sont pas prêts à arpenter pendant une décennie les couloirs des universités.

Les femmes détenant un nouveau doctorat atteignent l’équité salariale

L’écart salarial s’est refermé entre les hommes et les femmes titulaires d’un doctorat, révèle une nouvelle étude de l’Université de Guelph, mais les chiffres sont moins rassurants pour ceux qui ne sont pas prêts à arpenter pendant une décennie les couloirs des universités.

L’étude, qui s’intéresse à l’équité entre les genres sur le marché du travail, a révélé que les hommes et les femmes titulaires d’un doctorat gagnaient environ 70 000 $ par an pendant les trois premières années suivant l’obtention de leur diplôme.

«C’est la première fois, à un niveau quelconque, que je constate qu’il n’y a pas d’écart de rémunération entre hommes et femmes», a affirmé le coauteur de l’étude, le professeur David Walters.

Cependant, l’étude suggère également que plus le niveau d’éducation est bas, plus l’écart de rémunération entre les hommes et les femmes est grand et qu’en moyenne, seuls les titulaires d’un doctorat ont atteint l’équité salariale.

Les auteurs de l’étude attribuent la parité des revenus aux solides conventions collectives et aux politiques du travail proactives dans les secteurs qui intéressent les doctorants, comme les universités et le gouvernement.

L’écart est le plus grand parmi les employés des métiers, où les femmes gagnent en moyenne 32 500 $ et les hommes, 40 500 $ — soit 25 % de plus.

L’auteur principal, Anthony Jehn, explique que les hommes ont tendance à se lancer dans des métiers mieux rémunérés, tels que la tuyauterie ou la plomberie, tandis que les femmes se tournent davantage vers la coiffure ou la cosmétologie.

Pénalité pour les mères

Publiée lundi dans la revue «Higher Education Policy», l’étude analysait les données de l’Enquête nationale auprès des diplômés de 2013 de Statistique Canada, qui portait sur les diplômés des métiers, des collèges et des universités trois ans après l’obtention de leur diplôme - avant que des facteurs tels que le congé de maternité ne commencent à influer sur les résultats.

Avoir des enfants peut entraîner une «ségrégation professionnelle», un élément bien plus important dans l’inégalité de la rémunération pour un travail équivalent, a souligné la directrice de l’institut sur le genre et l’économie à la Rotman School of Management de l’Université de Toronto, Sarah Kaplan.

Les attitudes sociales et les préjugés inconscients qui «attendent des femmes qu’elles en fassent plus à la maison et s’occupent des enfants» ont souvent un effet avant même l’arrivée de la maternité, ce qui peut aider à expliquer l’écart de revenu entre les genres dès le départ, a-t-elle expliqué.

«Les recherches nous ont appris que les femmes paient une pénalité pour la maternité avant même d’avoir réellement des enfants», a affirmé Mme Kaplan.

M. Jehn souligne qu’il existe une plus grande équité salariale pour ceux qui peuvent se permettre d’investir dans l’éducation, un problème qui, selon lui, aggrave les divisions des classes selon le genre.

La différence de revenu entre les hommes ayant obtenu une maîtrise ou un doctorat était pratiquement inexistante, se chiffrant respectivement à 69 500 $ et 70 000 $. Pour les femmes qui entrent sur le marché du travail, toutefois, investir dans un doctorat permet d’obtenir en moyenne un salaire 69 000 $, contre 62 500 $ pour celles qui détiennent une maîtrise.

«(Cela) profite à ceux qui ont plus de capital social et économique, et qui sont capables de faire cet investissement. Il perpétue une disparité pour ceux qui ne le font pas», a affirmé M. Jehn.

Une «culture de l’inégalité entre les genres» dans certains domaines à prédominance masculine décourage les femmes d’y entrer, a aussi noté M. Jehn, qui a produit l’étude avec M. Walters et la professeur Stephanie Howells.

Plus du tiers des diplômés masculins avaient étudié dans les domaines les plus lucratifs que sont les mathématiques, l’ingénierie ou l’informatique, contre cinq pour cent pour les femmes, ce qui explique la disparité des revenus entre les détenteurs d’un baccalauréat et d’une maîtrise.

Les écarts de rémunération sont les plus faibles parmi les diplômés en sciences humaines et en arts. Les auteurs ont constaté que les quelques femmes qui étudient en mathématiques, en génie et en informatique gagnaient bien moins que leurs collègues masculins.

Les hommes fraîchement sortis d’un collège gagnaient en moyenne 45 500 $, contre 38 500 $ pour les femmes. Les hommes ayant récemment obtenu un diplôme de premier cycle gagnaient 55 000 $, tandis que leurs homologues féminines recevaient 50 500 $, selon l’étude.

Ces chiffres montrent que l’ajout d’un baccalauréat à un curriculum vitae augmente de 22 pour cent le revenu des hommes et de 30 % celui des femmes. La différence met en évidence les fruits potentiels de l’éducation — en particulier pour les travailleuses —, mais aussi les difficultés financières auxquelles sont confrontées de manière disproportionnée les femmes qui ont étudié moins longtemps.