Le ministre des Finances Bill Morneau a présenté son énoncé économique à la Chambre des communes, mardi, à Ottawa.

Les familles et les PME sortent gagnantes

Le gouvernement Trudeau dépensera le tiers de ses nouveaux revenus pour les familles, les travailleurs et les PME au cours des cinq prochaines années financières. L’énoncé économique du ministre des Finances, Bill Morneau, ne contient toutefois aucune annonce sur un éventuel retour à l’équilibre budgétaire.

«C’est clair qu’avec le bon niveau de croissance, on peut être responsable, mais en même temps on peut faire des choses pour améliorer la situation des familles canadiennes de la classe moyenne tout en ayant une bonne situation économique», a affirmé M. Morneau en point de presse, mardi.

L’économie canadienne se porte bien, mieux que ce que le gouvernement avait prévu lors du budget de 2017. Le ministre s’attend à une diminution graduelle de l’endettement du gouvernement en fonction du PIB à un niveau qui n’a pas été atteint depuis 40 ans.

Il voit là le signe que la stratégie des libéraux marche. Une stratégie gagnante qu’il n’hésite pas à répéter avec de nouvelles dépenses pour la classe moyenne.

«Non seulement notre plan fonctionne-t-il - il fonctionne encore mieux que prévu», a souligné M. Morneau dans son discours à la Chambre des communes.

Cette situation favorable engendrera de nouveaux revenus de 8,9 milliards $ en 2017-2018. En tout, le gouvernement prévoit recevoir 46,6 milliards $ supplémentaires jusqu’en 2021-2022 qui seront générés par la croissance économique.

Il utilisera le tiers de cette somme, soit 14,9 milliards $, pour financer une série de mesures. La plus coûteuse est l’indexation de l’Allocation canadienne pour enfants qui sera effectuée dès juillet 2018, soit deux ans plus tôt que prévu. Cette dépense, qui peut représenter quelques centaines de dollars supplémentaires par famille annuellement, coûterait en tout 4,2 milliards $ jusqu’en 2021-2022.

Le gouvernement ciblera également les travailleurs à faible revenu en bonifiant la Prestation fiscale pour le revenu de travail de 500 millions $ annuellement dès 2019, ce qui permettra d’augmenter le montant des prestations individuelles et le nombre de personnes qui en bénéficieront. Ce programme vient en aide aux Canadiens démunis qui ont un emploi et incite les autres à réintégrer le marché du travail. Le coût de cette nouvelle mesure serait de 1,6 milliard $ jusqu’en 2021-2022, selon les prévisions actuelles.

La baisse d’impôt pour les petites entreprises déjà annoncée la semaine dernière coûtera quant à elle 1,7 milliard $, de son entrée en vigueur le 1er janvier 2018 jusqu’à l’année financière 2021-2022. Le gouvernement Trudeau prévoit diminuer leur taux d’imposition de 10,5 pour cent à 10 pour cent en 2018 et à 9 pour cent l’année suivante.

Malgré ces mesures dispendieuses, le gouvernement dispose d’une marge de manoeuvre qui lui permettra de réduire le déficit chaque année. Celui-ci, qui s’élevait à 25,5 milliards $ selon les prévisions du budget de 2017, sera finalement de 19,9 milliards $ selon l’énoncé économique. Le déficit diminuerait ainsi annuellement jusqu’à atteindre 13,9 milliards $ en 2021-2022, soit 2 milliards $ de moins que prévu.

«Un exercice de diversion»

Les partis d’opposition accusent les libéraux d’avoir préparé un exercice de relations publiques plutôt qu’un véritable énoncé économique pour détourner l’attention de la controverse entourant M. Morneau sur la réforme fiscale et les allégations de conflit d’intérêts.

Celui-ci s’est finalement résigné à annoncer la semaine dernière qu’il placerait les actions de son entreprise familiale Morneau Shepell dans une fiducie sans droit de regard.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, rappelle que les libéraux avaient promis en campagne électorale de retourner à l’équilibre budgétaire durant l’année financière 2019-2020.

«Les déficits ne créent pas de prospérité, a-t-il affirmé. Les déficits n’aident pas les familles. Ils représentent les augmentations de taxes futures.»

Bien qu’il estime que l’indexation au coût de la vie de l’Allocation canadienne pour enfant est une bonne chose, le Nouveau Parti démocratique (NPD) soutient que les libéraux auraient pu faire encore mieux.

«C’est une goutte dans l’océan, a remarqué le porte-parole néo-démocrate en matière de finances, Alexandre Boulerice. Ça ne fait pas une grande différence pour les familles et ça fait des années que les libéraux parlent d’un programme national de garderie. Ça, ça ferait une vraie différence dans la vie des gens. Ça créerait des places abordables pour leurs enfants, ce qui n’est pas du tout le cas en ce moment.»

Le Bloc québécois croit pour sa part que les revenus générés par la croissance économique auraient dû être retournés aux provinces.

«Plutôt que d’augmenter les transferts aux provinces pour la santé, ils disent «on va se servir de cette marge de manoeuvre-là pour redorer l’image de notre ministre des Finances»», a dénoncé le député bloquiste, Gabriel Ste-Marie.