Les changements fiscaux adoptés par le Congrès américain, entérinés par le président Donald Trump avant Noël, ont réduit le taux d’imposition des entreprises à 21 % depuis lundi, comparativement à 35 % précédemment.

Les baisses d’impôt aux États-Unis devraient profiter à des sociétés canadiennes

Certaines sociétés canadiennes qui réalisent une importante partie de leur chiffre d’affaires aux États-Unis pourraient grandement profiter de la forte baisse du taux d’imposition des entreprises aux États-Unis, affirment des experts de l’industrie.

New Flyer (TSX:NFI) et Boyd Group Income Fund (TSX:BYD.UN), dont plus de 80 % des ventes sont réalisées au sud de la frontière, devraient être parmi celles qui en profiteront le plus, a estimé la firme AltaCorp Capital dans un rapport publié cette semaine.

Selon l’analyste Chris Murray, dans le secteur des firmes d’ingénieurs et de construction, Stantec (TSX:STN) et WSP Global (TSX:WSP) devraient jouir de l’«incidence favorable» des changements fiscaux et des dépenses à venir dans le secteur américain des infrastructures.

«Nous nous attendons à ce que l’entrée en vigueur de nouvelles règles fiscales serve de catalyseur pour une accélération de l’activité d’acquisition, puisqu’un certain nombre de vendeurs y verront une occasion de se défaire de certaines de leurs activités pour profiter des changements, ce qui encouragera les stratégies de croissance par acquisition», a-t-il écrit dans le rapport.

Les changements fiscaux adoptés par le Congrès américain, entérinés par le président Donald Trump avant Noël, ont réduit le taux d’imposition des entreprises à 21 % depuis lundi, comparativement à 35 % précédemment.

Le brasseur Molson Coors, dont le siège social est divisé entre Denver, au Colorado, et Montréal, n’a pas voulu préciser comment ces changements l’affecteraient avant le dévoilement de ses prochains résultats financiers trimestriels, le 14 février. Cependant, 70 % des revenus de l’entreprise proviennent des États-Unis, a indiqué son porte-parole Colin Wheeler.

Brittany Weissman, de la firme Edward Jones, s’attend à ce que Molson Coors profite des changements, même si elle perdra une partie des avantages fiscaux liés à son acquisition de Miller Coors pour plusieurs milliards de dollars.

«Cela semble en voie de représenter un avantage net, en tenant compte de tout (...), mais il est encore trop tôt pour dire dans quelle mesure», a-t-elle expliqué lors d’un entretien.

Mme Weissman croit aussi que le producteur de fromages Saputo (TSX:SAP) tirera avantage des changements parce que près de la moitié de ses activités sont situées aux États-Unis.

Cependant, a-t-elle ajouté, le fabricant montréalais de vêtements Gildan (TSX:GIL) profite déjà d’un très faible taux d’imposition puisqu’il est domicilié à la Barbade.

Plusieurs entreprises canadiennes, incluant la pharmaceutique Valeant (TSX:VRX) et la Compagnie des chemins de fer nationaux du Canada (TSX:CNR), disent étudier les changements fiscaux aux États-Unis.

«Nous évaluons l’incidence de la réforme et son impact potentiel sur la société, tant à court terme qu’à long terme», a affirmé la porte-parole de Valeant, Lainie Keller, dans un courriel.

Des gagnants et des perdants

Dans un rapport publié avant l’adoption de la réforme fiscale américaine, RBC Marchés des capitaux avait estimé que d’importantes réductions d’impôts pourraient entraîner des changements dans les listes des gagnants et des perdants.

«Nous croyons qu’elles pourraient avoir un impact profond et positif sur la performance du TSX, compte tenu de son inclinaison cyclique», a écrit Matthew Barasch le 26 septembre.

Cependant, a-t-il averti, la plupart des entreprises canadiennes et américaines en activité au sud de la frontière paient déjà un taux d’imposition réel inférieur à celui prévu par la loi, ce qui pourrait atténuer les perspectives de gains.

«Même si une comparaison des taux d’imposition prévus par la loi (incluant tous les impôts des États et des villes) laisse croire que les taux d’imposition sont bien plus élevés aux États-Unis que dans d’autres pays, une comparaison entre les taux d’imposition réels dresse un tout autre portrait.»

PricewaterhouseCoopers a pour sa part noté que les répercussions de la loi fiscale sur les entreprises de propriété canadienne pouvaient être importantes.

«Les diverses provisions peuvent être bénéfiques ou néfastes. Ainsi, il est important d’accorder une attention minutieuse aux répercussions propres à ses activités afin que la valeur puisse être préservée lorsque possible», a écrit la firme à ses clients après l’adoption de la loi.

M. Barasch a souligné que certains secteurs canadiens, comme ceux des producteurs de pétrole et de gaz naturel, des télécommunications, des épiciers et des détaillants comme Dollarama (TSX:DOL) ne seraient vraisemblablement pas touchés, tandis que d’autres, comme ceux des banques canadiennes et des assureurs, verraient leurs profits grimper.

La plupart des sociétés immobilières ne devraient pas être touchées directement en raison de leur structure de fiducie de revenu, mais celles pour qui ce n’est pas le cas, comme FirstService et Colliers International Group (TSX:CIGI), avec une importante empreinte aux États-Unis, devraient en profiter de façon significative.

Il est difficile de quantifier l’impact de la réforme fiscale pour l’exploitant de dépanneurs Alimentation Couche-Tard (TSX:ATD.B), a cependant affirmé M. Barasch, même si près de 70 % de ses revenus proviennent des États-Unis.