La population active autochtone est nettement sous-représentée dans les domaines de la gestion, des affaires et de la finance.

Les Autochtones affrontent de nombreux obstacles pour obtenir un emploi

WINNIPEG — Lorsque Kevin Chief a terminé ses études universitaires, il ne savait pas comment décrocher son premier vrai emploi.

Le vice-président du Business Council of Manitoba et ancien ministre du gouvernement néo-démocrate, qui a grandi dans le quartier de North End, à Winnipeg, a constaté les obstacles auxquels nombre de ses amis autochtones étaient confrontés.

Les compétences de M. Chief en basketball lui ont permis d’entrer à l’université, mais il n’avait pas de contacts pour trouver un emploi. Lorsqu’il a franchi les portes du Centre de développement des ressources humaines autochtones, tout a changé.

Le centre l’a mis en contact avec un conseiller en emploi, qui l’a préparé à des entrevues et l’a aidé à se bâtir un CV.

Un nouveau rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) sur l’emploi et les compétences au Canada démontre que les peuples autochtones se heurtent encore à de nombreux obstacles. Mais cela change quand il y a des programmes dirigés par des Autochtones, comme celui qui a aidé M. Chief.

Selon le rapport, les peuples autochtones sont plus susceptibles d’occuper des emplois moins bien rémunérés, tels que l’enseignement, la vente au détail ou le travail social. Bien que plus de 25% de la population active autochtone travaille dans les secteurs de la vente et des services, elle est nettement sous-représentée dans les domaines de la gestion, des affaires et de la finance.

Au Canada, le taux de chômage des peuples autochtones est nettement supérieur à celui des non autochtones. Le rapport indique que les écarts de participation au marché du travail entre les peuples autochtones et non autochtones sont particulièrement importants au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest, en Saskatchewan et au Manitoba.

Parmi les facteurs contribuent à ce phénomène, il y a le faible taux de diplomation, l’accès limité à la formation professionnelle, ainsi que la précarité des soins des enfants et du logement. Mais même lorsque les peuples autochtones et non autochtones ont le même niveau d’éducation, ils ne connaissent pas le même succès, selon le rapport de l’OCDE.

Selon Marileen Bartlett, directrice générale du Centre for Aboriginal Human Resources Development, a fait valoir qu’investir dans les peuples autochtones, c’était investir dans l’avenir.

On estime à 350 000 le nombre de jeunes autochtones qui auront 15 ans entre 2016 et 2026 - ce que l’OCDE a qualifié d’occasion sans précédent de combler la pénurie de main-d’oeuvre au Canada.

Le centre d’emploi du Manitoba a beaucoup évolué et changé depuis sa création en 1974, en fonction des besoins du marché du travail et des besoins de leurs clients, a indiqué Mme Bartlett. Parfois, un client a besoin d’un peu plus d’éducation et de formation. D’autres peuvent avoir une bonne possibilité d’emploi, mais ils ne peuvent pas obtenir de services de garde. Beaucoup de clients ont besoin des deux.

«Nous cherchons toujours sur le marché du travail pour voir où nous pouvons obtenir des emplois décents et un salaire minimum vital pour nos gens», a-t-elle soutenu.

«Si nous voulons avoir cette classe moyenne autochtone, nous devons aider les gens à continuer à gravir les échelons dans leur éducation et leur formation afin de continuer à avoir de meilleures occasions pour eux-mêmes.»

Le rapport met en évidence le centre manitobain et trois autres centres gérés par des autochtones à travers le Canada, soulignant l’importance de disposer d’un personnel autochtone.

«Cela est essentiel pour créer un climat de confiance avec les demandeurs d’emploi autochtones potentiels, qui recherchent souvent un accompagnement et des conseils en matière de compétences de vie, ainsi que d’autres mesures de soutien préalables à l’emploi, afin de leur permettre de conserver leur emploi une fois qu’ils l’ont trouvé», indique le rapport.

L’OCDE a formulé huit recommandations à l’intention du gouvernement fédéral, notamment l’octroi d’une plus grande autonomie aux communautés autochtones pour la gestion de leur marché du travail et le soutien à des programmes ciblés d’expérience professionnelle.

Ottawa élabore actuellement un nouveau programme de formation aux compétences et à l’emploi des Autochtones pour le mois d’avril prochain, qui devrait rapporter plus de 400 millions $ par an pour réduire les écarts d’emploi entre les peuples autochtones et non autochtones.

Josh Bueckert, un porte-parole du gouvernement fédéral, a affirmé que cela était conforme aux recommandations de l’OCDE et avait été mis au point avec des partenaires autochtones.

Mme Bartlett est optimiste quant au nouveau programme du gouvernement, d’autant plus qu’il permettra au centre manitobain de travailler avec des enfants plus jeunes. Il semble également supprimer certaines formalités administratives.

Elle espère également que le centre élargira la marge de manœuvre nécessaire pour créer des partenariats avec le monde des affaires local.