Des agriculteurs d’ici préviennent que si les gens ne changent pas leurs habitudes de consommation, «ça peut devenir vraiment difficile pour l’agriculture en général».

Les agriculteurs québécois ressentent déjà les effets des changements climatiques

Le plus récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) n’est pas une surprise pour des agriculteurs et producteurs québécois qui vivent déjà les bouleversements des changements climatiques au quotidien.

Matthieu Gosselin, qui élève des pintades des champs à Rigaud, en sait quelque chose. Cette année, il a songé à fermer son entreprise, en raison des inondations à répétition suivies d’intenses épisodes de sécheresse en quelques semaines.

Ses pâturages sont à sec, alors il doit nourrir ses oiseaux avec des d’autres aliments qui coûtent plus cher. «Cette année, soit on arrêtait, soit on investissait. Puis, on s’est dit: si on arrête, comment est-ce qu’on va s’alimenter dans le futur?» s’est demandé le propriétaire de la ferme Plume des Champs.

Il a donc décidé de prendre les grands moyens pour lutter contre les intempéries causées par les changements climatiques.

M. Gosselin estime qu’il a investi cette année quelque 70 000$ – une somme considérable pour l’entreprise familiale – pour faire construire des installations plus résistantes au vent et aux coups de chaleur. À cela s’ajoutent des puits à creuser pour des épisodes de sécheresse et des fossés de drainage à l’occasion de futures inondations.

«Ce qui nous affecte, ce sont des situations toujours nouvelles auxquelles il faut toujours s’adapter», acquiesce Anne Fleury, de la ferme Aux Solstices à Namur, en Outaouais.

La productrice maraîchère fait pousser environ une cinquantaine de légumes différents pour des paniers qu’elle vend ensuite à des familles chaque semaine.

Pour être capable de poursuivre son dur labeur, Mme Fleury est d’avis qu’il va falloir «beaucoup d’éducation qui se fasse pour qu’on change notre façon de s’alimenter», en consommant davantage de fruits et de légumes, mais aussi favoriser les aliments locaux et de saison.

«Si ces changements-là ne sont pas faits, ça peut être vraiment difficile pour l’agriculture en général», illustre-t-elle.

Le GIEC prévient dans son rapport, rendu public jeudi, que les citoyens devront changer leur alimentation afin qu’elle soit largement végétarienne pour limiter les bouleversements climatiques. La nourriture animale, elle, devrait être produite de façon durable.

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Même s’il vend de délicieuses pintades, M. Gosselin est d’accord qu’il faut cesser de «manger des quantités phénoménales de viande». Et si on en consomme, il faut se demander d’où elle provient et dans quelles conditions les animaux ont été élevés.

Ce changement drastique devra se faire plus tôt que tard.

«Pour l’instant, les gens ne s’en rendent pas compte parce que les magasins sont pleins, mais c’est une question de temps avant que le bouleversement climatique nous rattrape. L’adaptation va être très difficile», prévient M. Gosselin.