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L'effervescence du monde sans alcool

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
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Février est synonyme de sobriété. En vue du Défi 28 jours sans alcool, La Voix de l’Est se penche sur les boissons sans alcool qui gagnent de plus en plus de terrain.

L’offre de boissons sans alcool prend de l’ampleur au Québec. Et plus que jamais, les consommateurs sont au rendez-vous. 

Lorsqu’il a lancé trois bières sans alcool, il y a un an, Carol Duplain de la Brasserie Vrooden, à Granby, savait qu’il répondait à un besoin. Depuis, il a ajouté une stout pour porter cette gamme au nombre de quatre. Pas moins de 20 % de sa production se concentre désormais sur cette catégorie de bière. Et les graphiques de ventes ne font qu’augmenter chaque mois. 

La microbrasserie Bockale, à Drummondville, a longtemps dominé le marché au Québec. Mais de plus en plus, l’offre tend à se multiplier. 

« Avant, c’était un marché surtout accaparé par les grosses brasseries allemandes, parce que les Allemands se sont les meilleurs au monde pour les bières sans alcool », explique M. Duplain, dont le but est de faire des bières de spécialités, de temps à autre, afin de se démarquer des grosses compagnies. « On a une ale blonde, mais c’est un produit qui se fait aussi par de gros brasseurs. Ce qui veut dire qu’il faut se battre avec eux. »

Lorsqu’il a lancé trois bières sans alcool, il y a un an, Carol Duplain de la Brasserie Vrooden, à Granby, savait qu’il répondait à un besoin sur le marché.

Aux yeux du copropriétaire de la microbrasserie Farnham Ale & Lager Hugues Ouellet, il est indéniable que la demande pour les bières sans alcool est bien présente. Il travaille d’ailleurs sur une IPA sans alcool depuis cet automne. Elle devrait voir le jour en février, à temps pour le Défi 28 jours sans alcool. Un mouvement qui gagne de plus en plus de participants chaque année. 

Qualité et variété

Karl Magnone, copropriétaire des boutiques Tite Frette, spécialisées en bières de microbrasseries, est lui aussi catégorique : il y a un réel engouement pour les produits sans alcool. Lorsqu’il a lancé sa première succursale, il y a deux ans, il avait remarqué que la sélection sans alcool était extrêmement limitée. 

« On avait accès à deux microbrasseries : Bockale et Glutenberg. Mais avec les années, des techniques plus simples ont été élaborées et la demande a grandi. » 

Si bien qu’aujourd’hui chaque boutique comprend une section dédiée exclusivement aux bières québécoises sans alcool. D’ailleurs, le choix de bières s’est accentué au même rythme que la qualité. « Avant, on avait la blonde, la IPA et la surette. Maintenant, on voit de la rousse, de la blanche, des blondes fruitées, des surettes aux fruits », énumère M. Magnone. 

À Montréal, l’entreprise Bière Sans Alcool, fondée il y a huit mois, se consacre uniquement à ce créneau. « On sentait qu’il allait y avoir cette tendance. Durant les huit derniers mois, on a eu un bon départ, ce qui confirme qu’il y a une demande », affirme l’un des trois associés, Yann Carrière. 

Les amateurs de leurs trois bières pourront se réjouir, puisqu’une quatrième sera en vente en février, et ce, dans plus de 650 points de vente.

« Nous, on a pris le statement d’être big and bold et d’être clair : de s’appeler Bière Sans Alcool et de faire uniquement ça. On a voulu prendre cette place-là, qui selon nous, était manquante », insiste M. Carrière. Leur slogan « Pas boire is the new boire » en témoigne d’ailleurs.

« On a décidé de se dissocier des codes actuels qui parlaient à une autre génération et d’aller chercher une clientèle plus jeune et plus conscientisée », relève l’un des trois associés de la compagnie Bière Sans Alcool, Yann Carrière, en soulignant que la mention « bière sans alcool » est bien visible sur les canettes.

Un segment de marché en croissance

Cette effervescence se reflète aussi du côté des spiritueux sans alcool, un segment de marché quasi inexistant il y a cinq ans. 

Valérian Roy, fondateur du HP Juniper, un spiritueux sans alcool aux aromates de gin, ne s’attendait pas à une telle réception lorsqu’il a lancé le tout premier gin sans alcool québécois, en septembre dernier. 

« Ça a été une réception unanime. Comme c’est un nouveau segment de marché, on n’avait aucune référence en fonction des ventes et de la demande. On est agréablement dépassés et on a le goût d’amener ça plus loin pour faire rayonner le Québec », souligne-t-il. 

Il laisse d’ailleurs entendre que d’autres produits sont en développement. «L’engouement n’a pas freiné notre imagination. Les gens étaient prêts pour ça, et beaucoup plus qu’on le pensait!» 

Valérian Roy, fondateur du gin HP Juniper, un spiritueux sans alcool aux aromates de gin, ne s’attendait pas à une telle réception lorsqu’il a lancé le tout premier gin sans alcool québécois, en septembre dernier.

À Saint-Hyacinthe, la Distillerie Noroi s’apprête à lancer un spritz, un gin et un rhum sans alcool, alors que son gin tonic 0,5 % en canette figure déjà sur les tablettes de la SAQ. Selon son président et fondateur, Jonathan Robin, le marché est fin prêt à recevoir ce type de produit. « Ça fait des années qu’il n’y a rien qui évolue. »

Pour les jeunes?

Par ailleurs, il semble difficile de dégager le profil typique du consommateur de produits sans alcool. Mais tout porte à croire que ce sont les plus jeunes qui en sont les plus fervents. 

Père de quatre enfants, dont certains entrent à l’université, Jean Roy, responsable de la maîtrise en administration, concentration communication marketing à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke et membre de l’Observatoire de la consommation responsable, n’est pas étonné d’apprendre que les boissons sans alcool ont la cote. 

« Cette tranche d’âge de jeunes consommateurs est différente. Il y a une cassure : les jeunes s’entraînent, font attention à leur santé, certains sont même véganes. » Souvent, poursuit M. Roy, une multitude de facteurs, additionnés l’un à la suite de l’autre, expliquent la croissance d’une classe de produits.

Chez Bière Sans Alcool, une clientèle âgée entre 18 et 40 ans, urbaine et en grande partie féminine constituerait la cible de l’entreprise. « On a décidé de se dissocier des codes actuels qui parlaient à une autre génération et d’aller chercher une clientèle plus jeune et plus conscientisée », relève M. Carrière, en soulignant que la mention « bière sans alcool » est bien visible sur les canettes.

Tite Frette, qui a réalisé une bière en collaboration avec le Cégep de Granby, avait d’ailleurs sondé la population avant de la lancer. « On s’est rendu compte qu’il y avait un phénomène, le soberism, c’est-à-dire qu’il y a des jeunes qui prétendent avoir plus de plaisir sobre, mais qui, pour faire partie de la game, s’intéressent aux produits sans alcool. Ils ont moins l’impression de se faire juger », détaille M. Magnone.

Le constat est le même du côté de la Distillerie Noroi. « Avant, quelqu’un qui ne prenait pas de bière avec ses chums, c’était moins cool. La mentalité n’était pas pareille. Maintenant, quelqu’un qui ne boit pas, c’est responsable et ça paraît bien », croit M. Robin.

À Saint-Hyacinthe, la Distillerie Noroi s’apprête à lancer un spritz, un gin et un rhum sans alcool, alors que son gin tonic 0,5 % figure déjà sur les tablettes de la SAQ. On voit ici son président et fondateur, Jonathan Robin.

Aux yeux du fondateur du HP Juniper, ne pas consommer d’alcool ne devrait pas limiter nos rencontres. « Tu n’as pas envie de te faire exclure, ou de ne pas te faire inviter à un souper parce que l’hôte n’a rien à t’offrir. La présence de quelqu’un est plus importante que sa consommation », réfléchit M. Roy qui a créé un spiritueux sans alcool pour offrir une alternative intéressante, sans brimer le plaisir de trinquer. 

À la Brasserie Vrooden, M. Duplain a réalisé plusieurs études de marché dans les six derniers mois afin de cerner le consommateur type qui se procure ses bières sans alcool. Il en est venu à la conclusion que ce sont les personnes âgées entre 35 et 50 ans qui les consomment. « Ce sont des gens qui sont des connaisseurs de bières, mais qui veulent finir leur soirée avec une bière sans alcool. Mais on a aussi ceux qui veulent prendre soin de leur santé », relève le brasseur. Ses bières sans alcool contiennent d’ailleurs 220 calories, ce qui équivaut à la moitié d’une bière normale.

Ce souci pour le mieux-être n’est pas étonnant. En novembre dernier, une enquête sur la consommation d’alcool des Québécois depuis le début de la période de confinement, menée par CROP pour le compte d’Éduc’alcool, nous apprenait que ceux qui ont réduit leur consommation pour des raisons de santé ont doublé depuis le printemps, passant de 10 à 19 %.

« Les gens font attention à leur santé et font surtout attention sur les routes pour ne pas consommer. C’est un nouveau style de vie », croit M. Duplain.