Ontario Premier-designate Doug Ford meets with industry representatives to discuss ongoing NAFTA negotiations and Ontario's business competitiveness in Toronto on Wednesday, June 13, 2018. THE CANADIAN PRESS/Tijana Martin

Le Québec surveille Ford de près

TORONTO — Le nouveau premier ministre de l’Ontario est déterminé à tenir sa promesse électorale de mettre fin au système « désastreux » de plafonnement et d’échange de droits d’émission et de lutter contre une taxe fédérale sur le carbone, a indiqué un porte-parole de Doug Ford.

La promesse de M. Ford est préoccupante pour le Québec, qui a instauré un système de plafonnement et d’échange en 2013 et qui participe à une « bourse du carbone » avec l’Ontario et la Californie.

M. Ford, dont les progressistes-conservateurs ont remporté la majorité des sièges à l’Assemblée législative de l’Ontario la semaine dernière, rencontre actuellement son équipe de transition pour choisir son cabinet et se préparer à prêter serment le 29 juin.

La ministre de l’Environnement du Québec, Isabelle Melançon, attend de voir qui deviendra son homologue au sein du gouvernement Ford et entend bien lui démontrer les avantages du système de plafonnement et d’échange.

Selon elle, le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, n’a pas soulevé la question lors de sa rencontre avec M. Ford il y a quelques jours, mais les deux chefs de gouvernement se retrouveront de nouveau en juillet lors du Conseil de la fédération, une réunion annuelle des dirigeants provinciaux et territoriaux.

Un porte-parole de M. Ford affirme que le chef progressiste-conservateur est également déterminé à lutter contre les règles fédérales qui devraient entrer en vigueur l’année prochaine et qui obligeront les provinces à instaurer une tarification du carbone – des mesures déjà contestées par les gouvernements de la Saskatchewan et du Manitoba.

« Doug Ford s’est engagé à mettre fin à la taxe sur le carbone de Justin Trudeau et à sortir l’Ontario du système de plafonnement et d’échange désastreux, a déclaré Jeff Silverstein. Doug Ford a fait campagne sur cette promesse et il tiendra parole pour la population de l’Ontario. »

La bourse du carbone
Le système de plafonnement et d’échange vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre en imposant des limites à la quantité de pollution que les entreprises de certaines industries peuvent émettre. Si elles dépassent ces limites, elles doivent acheter des quotas lors des ventes aux enchères trimestrielles ou auprès d’autres entreprises qui, elles, respectent leurs limites.

Le plafond diminue d’environ quatre pour cent chaque année jusqu’en 2020 et, à mesure qu’il diminue, les gouvernements participants espèrent que les entreprises seront davantage incitées à réduire leurs émissions.

L’Ontario a réalisé une série de ventes aux enchères de près de 3 milliards $ depuis la mise en place du système l’an dernier.

Une perte de revenus
Doug Ford s’est toujours opposé à la tarification du carbone et a été critiqué pour ne pas avoir expliqué comment il pourrait compenser la perte de revenus que l’Ontario en tire.

Si M. Ford se débarrasse du système de plafonnement et d’échange, les mesures fédérales sur le carbone entreront en vigueur, rappelle Trevor Tombe, professeur d’économie à l’Université de Calgary.

Celles-ci comprennent une taxe sur le carbone qui touchera les factures de chauffage et le prix payé aux pompes à essence, et une taxe distincte pour les pires pollueurs qui sont essentiellement les mêmes entités que celles couvertes par le système de plafonnement et d’échange de l’Ontario.

Les entreprises qui détiennent des permis de conformité en Ontario en vertu du système de plafonnement et d’échange pourraient les utiliser dans le cadre du système fédéral, a-t-il ajouté.

« En termes de calendrier, il y a des façons plus graduelles de le faire qui pourraient minimiser le fardeau administratif, et c’est de temporiser la transition pour qu’elle coïncide avec l’expiration du lot actuel de permis », ce qui se produira après 2020, a expliqué M. Trombe.

Le nouveau premier ministre ontarien pourrait toutefois adopter une approche intermédiaire et simplement éliminer la partie du système de plafonnement et d’échange qui s’applique aux distributeurs de carburant, ce qui ferait baisser le prix de l’essence – un engagement central de la campagne de M. Ford.

Doug Ford appuiera Justin Trudeau... sur le commerce

Même s’il pourrait parfois être à couteaux tirés avec le premier ministre Justin Trudeau sur des questions comme la tarification du carbone, Doug Ford affirme qu’il se tiendra aux côtés du gouvernement fédéral lorsque viendra le temps de protéger les emplois canadiens.

Le premier ministre désigné de l’Ontario a souligné mercredi la nécessité de présenter un front uni au milieu de négociations commerciales complexes, tout en réaffirmant son intention de retirer l’Ontario du système de plafonnement et d’échange de droits d’émissions de gaz à effet de serre – la « Bourse du carbone ».

Le chef progressiste-conservateur comprend que le président américain, Donald Trump, se tienne debout pour son pays et ses compatriotes. Mais M. Ford estime qu’on ne résoudra pas les désaccords commerciaux entre les deux pays avec des « insultes ».

M. Trump a qualifié Justin Trudeau de « faible et malhonnête » sur Twitter, samedi, après que le premier ministre canadien a réitéré ses critiques à l’endroit de la Maison-Blanche concernant les tarifs américains sur l’acier et l’aluminium.

Le chef du Parti progressiste-conservateur a déclaré que sa priorité absolue était de protéger les emplois des travailleurs ontariens et qu’à ce chapitre, M. Trudeau pourrait compter sur lui.