Le patron d’Air Canada se montre optimiste malgré les tensions commerciales

Le patron du plus grand transporteur aérien du pays ne s’inquiète pas d’un éventuel ralentissement économique mondial, alors que ses passagers d’affaires ont aidé son entreprise à surpasser les attentes des analystes au plus récent trimestre, même si les prix du carburant et les taux de change l’ont entraîné dans le rouge.

«Malgré tout le bruit qui entoure les craintes d’une récession et des guerres commerciales, nous voyons un marché assez vigoureux et haussier», a affirmé vendredi le chef de la direction d’Air Canada, Calin Rovinescu, lors d’une conférence téléphonique avec des analystes.

La direction a également estimé que le Brexit ne constituait pas une menace depuis la signature d’un accord aérien entre le Canada et le Royaume-Uni, en décembre.

Par ailleurs, la chef des affaires commerciales, Lucie Guillemette, a indiqué que la capacité entre le Canada et la Chine avait été réduite «en raison de problèmes géopolitiques ainsi que de pressions concurrentielles permanentes», puis réaffectée à l’Atlantique.

Les voyageurs en classe affaires ont généré des revenus en hausse de 92 millions $ au quatrième trimestre, par rapport à la même période en 2017, soit une hausse de 12,5 pour cent.

Leur nombre a augmenté de plus de neuf pour cent, a précisé Air Canada, ce qui a entraîné une hausse de 11 pour cent des revenus passagers totaux par rapport à l’an dernier, pour atteindre un nouveau record de 3,8 milliards $ pour le trimestre, malgré une concurrence accrue.

«Nous continuons d’observer une pression accrue de la concurrence et de la capacité de la part de transporteurs nationaux à très bas prix sur le marché, et plus particulièrement sur les routes régionales de l’Alberta, où nous sommes relativement peu présents», a souligné Mme Guillemette, faisant référence au principal rival national d’Air Canada, WestJet Airlines.

L’expansion récente de Flair Airlines, le lancement prochain de Canada Jetlines et le transporteur à très bas prix Swoop, de WestJet, encombrent le même espace aérien que le transporteur à bas prix Rouge, d’Air Canada lancé en 2012.

WestJet veut également défier la domination transatlantique d’Air Canada. Trois des Boeing 787 Dreamliner du transporteur de Calgary devraient ce printemps commencer à effectuer des vols sans escale entre Calgary et Dublin, Paris et l’aéroport de Gatwick de Londres.

«Ils vont s’en prendre à Air Canada sur des itinéraires clés. Et il ne s’agit pas que de voyages d’agrément; ils veulent également une part du trafic d’affaires et de l’Europe», a observé Robert Kokonis, président de la société de conseil torontoise AirTrav.

M. Rovinescu a réitéré ses inquiétudes concernant la législation fédérale qui réglemente le temps passé par les compagnies aériennes sur le tarmac et prévoit des pénalités dans le cadre d’une révision en profondeur de la réglementation des transports.

«Je pense que l’une des conséquences pourrait en effet être la répercussion de certaines de ces dépenses. Une conséquence inattendue de ce projet de loi C-49 va être une hausse des prix», a fait valoir M. Rovinescu.

Entre-temps, la société a indiqué qu’elle demanderait à ses actionnaires leur autorisation ce mois-ci pour faire passer le seuil de propriété étrangère de 25 pour cent à 49 pour cent, conformément aux modifications apportées récemment à la Loi sur les transports au Canada.

Résultats plombés par les taux de change

La volatilité des prix du carburant reste une préoccupation constante. Air Canada a dépensé 244 millions $ en carburant au plus récent trimestre, soit 29 pour cent de plus que l’an dernier, en raison de la hausse des prix et de la faiblesse du dollar canadien.

Air Canada a affiché une perte nette de 231 millions $, ou 85 cents par action, pour son quatrième trimestre clos le 31 décembre. Pour la même période un an plus tôt, elle avait réalisé un bénéfice net de 8 millions $, ou 2 cents par action.

Le bénéfice ajusté d’Air Canada, qui exclut l’impact des taux de change, s’est chiffré à 54 millions $, ou 20 cents par action, en baisse par rapport à celui de 60 millions $, ou 22 cents par action, un an plus tôt.

Les revenus du transporteur aérien montréalais ont grimpé à 4,24 milliards $, comparativement à ceux de 3,82 milliards $ du même trimestre un an plus tôt.

Les analystes tablaient en moyenne sur un bénéfice net ajusté de 15 cents et sur des revenus de 4,2 milliards $, selon les prévisions recueillies par Thomson Reuters Eikon.

Pour l’ensemble de l’exercice, Air Canada a gagné 167 millions $, contre 2,03 milliards $ pour l’exercice 2017. Les coûts du carburant pour les jets ont bondi de 36 pour cent par rapport à l’exercice précédent, pour atteindre 3,97 millions $.

Sur une base ajustée, le bénéfice par action a diminué de 40 pour cent par rapport à l’année précédente, passant de 4,11 $ en 2017 à 2,45 $ en 2018.

Les revenus annuels ont augmenté de 11 pour cent pour atteindre 18,07 milliards $, alors que les produits auxiliaires ont augmenté de 13 pour cent, surpassant la croissance des revenus passagers. Les frais de bagages et les surclassements ont ouvert la voie, suivis de la sélection des sièges et des privilèges préférentiels.

À la Bourse de Toronto, l’action d’Air Canada a progressé vendredi de 1,17 $, soit 3,7 pour cent, à 33,15 $.