Le nouveau visage du bioalimentaire

Les temps changent. Le secteur bioalimentaire québécois n’y échappe pas. Depuis exactement un quart de siècle, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation publie Bioclips. Il s’agit d’un bulletin hebdomadaire de veille économique. La publication recense les tendances lourdes et les mouvements de fond dans ce secteur névralgique de l’économie québécoise. Est-il nécessaire de rappeler que l’industrie bioalimentaire est une affaire de 25 milliards $ qui fait travailler près d’un demi-million de personnes dans 80 000 entreprises. «Est-ce qu’un lecteur de la première heure s’y retrouverait dans le monde bioalimentaire d’aujourd’hui?», pose Bioclips dans sa première édition de 2018. Le bulletin relate les transformations survenues dans l’industrie depuis 1993. Le Soleil a décidé de vous livrer une tranche des constats faits par les professionnels du MAPAQ.

Une assiette transformée

Les choix alimentaires des Québécois ont changé au cours des 25 dernières années. 

Les portions de fruits et de légumes, de volaille et de produits céréaliers ont augmenté depuis un quart de siècle tandis que celles des viandes rouges, du sucre et des boissons gazeuses ont diminué. 

Plus instruite qu’auparavant — la proportion des personnes de 25 ans et plus ayant une scolarité postsecondaire a grimpé de 43 % à 68 % entre 1993 et 2016 — la population n’a plus à être convaincue des liens unissant l’alimentation et la santé. Elle est sensibilisée aux aspects nutritionnels, aux modes de production, à la provenance des aliments et aux enjeux rattachés au développement durable. 

Bioclips note, par ailleurs, «que la présence accrue des femmes sur le marché du travail et les impératifs de la gestion du temps ont notamment mené, au sein des ménages, à une redistribution des tâches et des décisions en ce qui a trait aux choix alimentaires. Dès lors, il y a eu un essor des solutions simples et pratiques pour préparer les repas.» 

Par ailleurs, les choix alimentaires des Québécois ont aussi été influencés, au cours des 25 dernières années, par la diversification de la population de la Belle Province. «L’offre de produits alimentaires s’est enrichie.»

Révolution à la ferme

«Qui, en 1993, pouvait se douter que près de 4700 fermes au Québec auraient recours aujourd’hui au système de localisation GPS dans leurs activités?», pose Bioclips.

En l’espace d’un quart de siècle, la ferme québécoise a changé de poil.

En moyenne, en 1993, une ferme valait 591 000 $. En 2015, sa valeur affichait près de 2,7 millions $.

Le revenu brut par ferme, selon le MAPAQ, a bondi de 146 000 $ à 460 000 $ au cours de la même période.

Ce que l’on produit sur la ferme a aussi changé.

«Les productions végétales engendraient 38 % des recettes monétaires provenant du marché en 2016, par rapport à seulement 24 % en 1993.

 À cet égard, les productions végétales sont aujourd’hui aussi importantes que les secteurs soumis à la gestion de l’offre au Québec, c’est-à-dire le lait, la volaille et les œufs», souligne Bioclips.

De Steinberg à Amazon

Qui se souvient des épiceries Steinberg ? À son zénith, la chaîne comptait 115 succursales et 10 000 employés.

En 1992, une faillite emporta l’empire de Sam Steinberg. Il s’en est suivi, dans l’univers du commerce de détail des produits alimentaires, une vague de concentration, de consolidation et d’acquisition.

Bioclips fait état d’une «pancanadianisation» des principaux détaillants. «Loblaw (Provigo) et Sobeys (IGA) sont des entreprises respectivement ontarienne et néo-écossaise à l’œuvre au Québec, tandis que l’entreprise québécoise Metro est présente en dehors du Québec.»

Impossible de passer sous silence la place grandissante occupée par Walmart et Costco. Et il y a Amazon et Alibaba qui s’en viennent à vitesse grand V.

«Nous évaluons qu’un cinquième des produits alimentaires dans le commerce de détail au Canada est désormais vendu dans des magasins qui ne sont pas des commerces d’alimentation traditionnels», rend compte le bulletin hebdomadaire de veille économique du MAPAQ. Metro, Sobeys et Loblaw ont répliqué en diversifiant leur offre commerciale, notamment par l’acquisition de pharmacies.

 Le secteur du commerce de détail des produits alimentaires est aussi engagé dans une course à l’innovation technologique pour satisfaire une clientèle qui a «faim» de nouveautés dans l’espoir de rendre l’expérience de «faire l’épicerie» plus conviviale.

Nourrir le monde

Alors que l’avenir de l’ALENA est incertain et que l’Accord de partenariat transpacifique est dans la poche, le Québec ne cesse de pénétrer de nouveaux marchés pour vendre ses produits bioalimentaires.

En effet, au cours des 25 dernières années, les exportations internationales de produits bioalimentaires québécois ont quadruplé. Elles sont passées de 2 milliards $ en 1993 à plus de 8 milliards $ en 2016.

Et le Québec n’exporte plus seulement chez nos voisins du sud ou chez les cousins français. En effet, la proportion des exportations bioalimentaires internationales du Québec vers d’autres marchés que les États-Unis, le Japon et l’Union européenne est passée de 13 % en 1995 à plus de 20 % entre 2007 et 2014. «Qui aurait pu envisager, en 1995 que la Chine, qui comptait à l’époque pour seulement 1 % des exportations bioalimentaires du Québec, deviendrait sa deuxième destination internationale en importance en 2016, devant le Japon et l’Union européenne?», fait remarquer Bioclips.

La Belle Province a vu naître également ses géants. Saputo et Agropur trouvent leur place parmi les principales entreprises laitières sur la planète. Dans la liste des 20 plus importantes entreprises porcines en Amérique du Nord, le nom d’Olymel y apparaît.

D’autres faits marquants...en vrac

+ L’année 1996 marque l’apparition du label «Aliments Québec» qui facilite la reconnaissance des aliments produits au Québec. Ce label apparaît maintenant sur plus de 20 000 produits vendus en épicerie.

+ Jadis marginale, la culture de la canneberge a fait des pas de géant au cours du dernier quart de siècle. Idem pour l’offre des vignobles, des producteurs artisanaux de boissons alcoolisées et des fromageries. Et que dire du phénomène de l’agriculture urbaine ou encore de celui de la culture en serre sur le toit des immeubles ?

+ Les ventes des restaurants à service rapide ont presque triplé depuis 1988. Elles constituent maintenant désormais 38 % des ventes de l’industrie de la restauration commerciale.

+ La poussée du secteur de la transformation alimentaire a affiché une croissance plus élevée que le secteur manufacturier. La valeur des livraisons de la transformation des aliments — principalement des viandes et des produits laitiers — a connu une croissance de 60 % en comparaison à 29 % pour le secteur manufacturier dans son ensemble.